//Être policier … être au-dessus des lois?

Être policier … être au-dessus des lois?

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Avec la décision de ne pas déposer d’accusations contre le policier ayant tiré sur un jeune noir à Ferguson, les débats raciaux vont bon train. Personnellement, ce que je vois dans ce verdict, ce n’est pas le fait qu’un policier blanc ait tiré sur un jeune noir et n’ait pas été accusé. C’est qu’encore une fois, un policier s’en sort sans accusations. Est-ce que les policiers sont au-dessus des lois aujourd’hui? C’est ce qu’il me semble…

Plus près de nous, le jeune garçon de 5 ans qui est décédé de ses blessures suite à un accident causé par une voiture conduite par un policier de la Sûreté du Québec. On a appris au cours des derniers jours que ce policier ne répondait pas à un appel d’urgence, il était en filature, à 122 km/h dans une zone limité à 50 km/h. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) avait décidé de ne pas déposer d’accusation contre le policier. Seulement après que la consternation ait fait son chemin dans la population et avec l’intervention de la ministre de la Justice Stéphanie Vallée, il a été décidé qu’un groupe de procureurs indépendants se penchera sur le dossier.

Si cette intervention n’avait pas eu lieu, il est fort probable qu’encore une fois un policier s’en serait sortie avec toutes ses plumes. Le blogue de Stéphane Berthomet du Journal de Montréal a présenté quelques statistiques concernant les enquêtes « indépendantes » sur les services policiers dans les dernières années.

« On pourrait remonter loin comme ça, car sur 416 enquêtes indépendantes menées au Québec entre 1999 et juin 2013 (celles qui conduisent à la mort ou a des blessures graves de citoyens), à la date du mois de septembre 2013 les résultats étaient les suivants :
–  379 n’ont menées à aucune mise en accusation.
–  34 n’ont pas été complétées.
–  3 mises en accusation ont été décidées par le DPCP.
Moins de 1% de l’ensemble des 416 enquêtes de départ.
Au-delà des chiffres il y a la souffrance des victimes, l’incompréhension des familles et le sentiment d’avoir affaire à une justice à deux vitesses. Au-delà d’un système qui ose dire ouvertement que personne n’est responsable quand un policier tue un enfant en roulant à 122km/h au lieu de 50km/h, il y a cette idée d’une chaine police/justice dont les maillons se tiennent bien serrés les uns aux autres et peu importe si cela étrangle de temps en temps un citoyen. » (Berthomet, 2014)

On en a même vu un exemple dans le Quotidien ce matin, 26 novembre. Un agent de la sécurité publique de Saguenay a tenté de monnayer une faveur à l’accusé, soit 2000$ en échange desquels il ne témoignerait pas contre lui. Encore une fois, qu’est-ce qu’on a pu lire : « Les services policiers auraient décidé de ne pas déposer le dossier au directeur des poursuites criminelles et pénales. » Pourquoi cette décision? C’est un policier, alors peut-être est-ce pour ne pas ternir la réputation du corps de police. Si c’est le cas, à mon avis, c’est pire que bien. La confiance en notre système judiciaire est en déclin, et ça n’a rien de surprenant.

Peu importe qui l’on est et ce qu’on fait dans la vie, personne ne devrait être au-dessus de la loi. Espérons que les parents du jeune garçon de 5 ans auront une conclusion satisfaisante à cet épisode dramatique. Toutefois, j’en doute…

 Audrey-Anne Maltais – Rédactrice web – CEUC

Source : http://blogues.journaldemontreal.com/stephaneberthomet/justice-et-societe/policiers-blancs-comme-neige/