//DU GRAND MOZART

DU GRAND MOZART

Chut ! Tu siffles un air quelconque, une symphonie inventée pour un bonheur futile. Chut! Ce bonheur me regarde et me ri aux yeux, mes oreilles se plaignent de ces notes faussement prononcées, de ce bordel de sifflement qui n’en fini plus. Qui n’en fini plus de vouloir tout camoufler, un malaise, un mal être, une note envoyée en l’air, et d’avoir l’air heureux, faussement heureux.

Ça siffle, ça chantonne, un refrain, un éternel refrain sur mode « repeat ». Entre temps, on parle du nouveau dentifrice, que dire de cet élan de fraicheur instantané qu’il laisse en bouche. Rien à redire. Cette découverte est merveilleuse ! Enfin, un dentifrice efficace, pas trop mentholé, juste assez pour procurer une bonne haleine, de longue durée. C’est merveilleux ! Et ça chantonne l’air de rien, l’air de rien…  Sur une note de rien, note à vide, et pourtant,  le silence est si retentissant.

Chut !!! Merde de merde ! Le silence vibrant, celui des fous, toujours plus fort, toujours plus enterré, relégué, un vacarme voilé. Il faut suivre la cadence, 1,2,3,4,1,2,3,4,1,2,3,4, garder le rythme sur cet air concentrique. On trace des cercles et des cercles et des cercles, traçant des contours qui se chevauchent en une seule et même ligne continue. Cercles de convulsions marquées par la répétition, ça tourne et ça tourne, en vrille en rond, les dents serrés, mains dans la main au rythme de cette cadence concentrique. Souriez, on vous regarde sur la piste, et la musique est sans fin, sans fin. C’est le son de la mort qui retentie, celle des morts-vivants reliés à une machine, c’est la vie artificielle. Bip. Bip. Bip. Bippppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppp. C’est la fin. La musique continue. Ton sifflement dans mes oreilles, je l’emmerde, je te dis; Réveille, merde, Réveille !

Tu es vivant, et moi morte. Morte de trouille de vivre ainsi dans ce tourbillon, dans cette vie qui m’a choisit. Et si on parlait météo ? Parle-moi, toi qui connais cette science, toi et météo média, dite-moi, dite-moi comment va la Terre aujourd’hui?  Le soleil de feu qui nous tombe sur la tête va-t-il bientôt disparaître ? Peu importe, aujourd’hui il fait beau, une journée à tout casser, une journée pour se prélasser.  Tu me dis; cette hiver aura été miraculeux, nous avons battus le record de l’hiver le plus froid depuis 150 ans. Nous avons de quoi être fières, toi et moi et tous les autres autant se réjouir de cette superbe nouvelle parmi tant d’autres. Tu fredonnes toujours cet air, « la complainte du phoque en Alaska». Je suis toujours aussi enragée et je cris de te taire, de te taire à tout jamais tant qu’à faire…! Et je ris, je m’esclaffe, je n’en peu plus de rire. Je suis folle. Parle-moi encore de météo, celle qui fait tourner le monde, qui fait fondre les glaciers et mourir les pauvres phoques d’Alaska. La météo, celle du peuple, qui se mêle  à cet éternel refrain, celui que tu réinventes chaque jour avec un air de «nouveauté» celui d’aujourd’hui et de demain.

Je suis absence, absente, je regarde et je prends des notes dans un vieux cahier, j’écris des notes qui prennent vie, j’écris des mots qui parlent. La musique des fous couché, relégué sur papier, puis enfermé, c’est celle de la nouveauté. Je ne vais pas parler, je te demande de la fermer. Je suis assise sur mon divan et je ne peux plus penser. Tu me bombardes de questions dont je connais les réponses. Non, je n’ai pas essayé le nouveau dentifrice que tu as acheté. Je n’ai aucune espèce d’idée de la température horrible que nous avons eue cette nuit et qui caractérise nos hivers québécois. Je ne m’entends plus penser, je t’ai écouté, mais par pitié va tu la fermer cette cavité infernale qui plonge le monde dans un gouffre sans fin. Tu repars, l’air abattu, chantonnant le même refrain, celui sans fin qui t’éloigne de la fin du monde, l’air de rien… La fin du monde, l’apogée d’un ultime et même refrain.

Je ferme les yeux et prend une grande respiration, un refrain en tête qui m’inspire puis, je me remets à écrire, portée par les notes de Mozart qui m’accompagne dans cet éternel tourbillon. Vivre, folle, mais heureuse de vivre.

Auteure : Valérie Lefebvre (Étudiante à la maîtrise, études littéraires françaises à l’UQAC)