//LA PÊCHE À LA PÊCHE

LA PÊCHE À LA PÊCHE

On a cousu des paumes hypocrites à mon dos le même jour où on a lié mes pieds en haut des escaliers.

des fois
on me dresse
d’une soie blanche
et

on me boucle
les cheveux
ou la bouche
et

 on tresse
mes cils
à mes lèvres

«On dirait
que tu es
belle
des fois»

Et il mouille dans la classe mais pas dehors ou l’inverse ou l’averse par la fenêtre je ne sais plus c’est embué de stress.

Les éducatrices nous montrent comment bien nous tenir devant les auditrices, mais ce qui rend triste, c’est qu’on nous pousse du haut des édifices jusqu’aux creux des précipices.

On pousse doucement en nous disant qu’on est belles dorénavant.

Ainsi, on me pêche les mots de la bouche pour les remettre à l’eau parce qu’on a pitié de mes mots à la bouche et ensuite on me dit de faire trente minutes devant trente pêcheurs pécheurs qui puent la sueur.

Autrement, c’est de faire un oral devant toute la vie avec des gens qui s’en crisse de ta vie.

Mon amour, j’ai des choses à te dire, mais mon débit déboule debout devant toi, du haut des escaliers, et tes oreilles ont d’autres bouches à entendre que la mienne.

Au fil des pêches, on apprend à parler devant des camarades qui vous regardent, les yeux fermés, le dos tourné.
Au fil des vents, on nous apprend à se taire derrière nos camarades, le dos courbé, les yeux mouillés.

Ça semble facile d’être belle avec une pêche dans la gorge.

Parfois, je me dis belle et monte par moi-même sur la chaise et on m’enroule un fil de pêche autour du cou avec des mains qui poussent sur mes cannes.

On me dit encore que je suis belle, mais pas de la même façon cette fois.

La gorge pleine de peine, je déclare: «mon amour,

j’ai des choses à te dire, mais mon débit déboule debout devant toi, du haut des escaliers, et tes oreilles ont d’autres bouches à entendre que la mienne.»

Tu sais je serai célèbre avec une seule auditrice qui vaut le poids de trente pécheurs dans une chaloupe.

Dieu sait que c’est lourd un pécheur au coeur lourd «trop pêché seigneur j’ai trop péché.»

Elle ne coulera pas.
Je ne coulerai plus.

Elle me répètera sans cesse: «ma belle, ne laisse pas les autres te poser de trop lourds manuels dans ton sac d’école. T’as des sacs d’école plein de devoirs sous les yeux, et tes iris sont des marais d’eaux polluées, où la pupille est fatiguée de ramer.»

Je serai belle parce que tu ne poseras plus les yeux sur moi.

Et une pêche à l’hameçon, je serai célèbre;

empêchée
du haut
des escaliers
du monde
par un fil
autour du cou.

Auteure : Mélina Gagnon (Étudiante en études littéraires françaises à l’UQAC)