Pierre au cerf-volant d’or ou Pierrot, cerf-volant, dors («Guide-le comme tu le veux»)

Il fut un cerf-volant trop lourd pour voler.
Il fut un cerf-volant trop sourd pour siffler.
Il fut un cerf-volant, au jour, pour briller;

d’or.

(Avant de quitter)

:

J’ai soufflé mon dernier cerf-volant sous tes paupières, pour ne pas faire frissonner la lune durant ton sommeil.

J’ai aussi sifflé la dernière note de ma voix vers le creux de tes puits, pour qu’elle raisonne comme une berçeuse qui ne sait se taire.
(Qui ne sait se taire.)

Au Clair de Lune, j’ai pianoté de mes doigts engourdis, un Debussy à l’échine de tes rêves, qui s’étouffe aux nuages de ta nuque.

Ma gorge a déversé une encre de chine qui raconte une histoire sur tes plumes. Ne lave pas mes derniers coups d’ailes au savon de tes larmes, les becs ont toujours un amour à réciter.

Puis j’ai récolté les dernières lucioles de mes yeux pour t’en faire une veilleuse. C’est un pot masson que tu poseras sur ta table de nuit pour balayer tes poussières de jour.

Le ruisseau de mes larmes d’or s’est écoulé à l’étang de ta paume, pour que tu moules l’ange de mon cou, qui, autrefois, se lovait aux couvertures de tes lèvres.
(Chaudes)

Et tes doigts, je les ai goutés comme un lait chaud avant de se coucher. Comme un lait chaud d’enfant cajolé. Comme un lait chaud.

Je t’ai ainsi couvert d’un tricot de laine aux derniers celsius de mon corps, pour que ta peau ne grelotte plus sous mes lèvres déjà bleues.

(Afin de quitter)

:

J’ai étendu mon cerf-volant sur ton torse-volcan, comme une petite bête entache une ligne jaune, qui ronfle son dernier soupir.
(Qui gronde son dernier soupir.)

et son dernier soupir,
et son dernier soupir,

souffle,

le dernier vent chaud
de mon coeur-congélateur
à tes oreilles de fourneaux

:

«Bonne nuit, mon Pierre haut, dors. »
«Bonne nuit, mon Pierrot d’or. »

Écrivaine : Mélina Gagnon (étudiante en études littéraires françaises à l’UQAC)

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