//Poire au thé sans louper sa faim

Poire au thé sans louper sa faim

«Le Loup lui cria en adoucissant un peu sa voix: Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le Petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s’ouvrit.»

-Charles Perrault

«ll y eut dans tes baisers, cette écume salée de loups affamés.»

Il y avait une part de poire dans le thé et une part de soir dans l’été. J’avais de la terre noire sous les pieds  et une serre qui poussait en s’abreuvant de la tisane de mes larmes. Aussi, il y avait les cris des loups qui cassaient mes nuits en éclats d’échardes.

Qui te plongent dans la peau pour ne plus jamais en sortir.

Des cauchemars de grands sapins noirs qui me saupoudrent de leurs épices, pour mieux me piquer de leurs épines. Une forêt où le vent y est tellement puissant qu’il en détache le ruban de mes cheveux, pour y boucler mes doigts de branches mortes qui cassent sous tes souliers. De légers frissons qui pincent un peu partout ma peau, comme des moustiques qui te piquent pour te faire gonfler de  douleur.

Puis je me réveillais, en sueur. Ma grand-mère me servait une tasse de réconfort dans les pleurs. Ses bouts de doigts au Benadryl faisaient dormir les démangeaisons de mes joues. Il y avait la douceur d’une poire en sa présence.

-Ouvre ta porte, la petite lampe te veille de l’autre côté du cadre. Tu sais, les monstres se cachent à la lumière, de peur d’être découverts. Alors fais de beaux rêves, mon ange. Pas de puce, pas de punaise.

J’avais les pieds nus en roche et je toussais à en faire éternuer les montagnes. La lune était portée disparue depuis une nuit des temps et on l’affichait sur les cartons des pintes de lait. C’était froid-frigidaire et la lumière s’est éteinte en refermant la porte.

-Ouvre la porte, s’il te plaît.
(Le loup qui ment songe bien à la jouissance qui l’attend.)

Et mon corps s’est colorié seul d’une craie d’un bleuet dégonflé. J’ai vu des billes lumineuses bercées aux branches des saules et c’était beau; on aurait dit deux lunes. Les lunes se sont gonflées pour souffler un vent chaud.

Un vent chaud.
Il y eut dans tes baisers, cette écume salée de loups affamés.

Ta belle gueule a déversé un flot de bave qui s’émoussait à mes pieds. Tu m’as grondé de tes plus belles bêtises à la cerise sur le sundae. Tu as fait des taches sur ma robe de nuit blanche, mais je me suis dégonflée pour te le dire.

Je me suis dégonflée,

sous tes crocs de couteaux dans du jello. Je goûtais la framboise bleue et ma robe ressemblait à de la framboise rouge. Tes lames me coulaient dans les veines. Tes larmes me coupaient dans les veines. C’est ce que ça fait d’être envie.

Le sommeil n’a fait qu’une bouchée de moi. Une anesthésie qui construit une amnésie des douleurs antérieures. Se sentir flotter comme une part de poire dans le thé. Ainsi.

-Mamie, ferme la porte, s’il te plaît…

Écrivaine : Mélina Gagnon (étudiante en études littéraires françaises – UQAC)