TU T’ÉTEINS

«Black is all I feel, so this is how it feels to be free»
– Layne Staley

La boucane m’aveugle, deux, trois branches se consument. Une big ten qui m’assomme, tout le monde autour, tout le monde trop loin qui consomme. J’ai l’œil accroché aux parois du fjord, dans l’invisible, dans le clair obscur d’un soir de feu de palette. Ta voix qui coupe le crépitement des flammes, la confusion de l’ivresse.

 — Pourquoi tu te fais ça?

 J’alimente en silence les flammes, je me grise au goulot d’une quille de bleu dry, trop dry. L’escarpement amer, le vent, la fumée qui m’enveloppe, une tope à tes lèvres comme seul ancrage de ma soirée.

 — Tu me réponds jamais. Tu parles jamais. Jamais de toi, j’veux dire.

 Je ne rêve pas d’une mort sublime et romantique comme me jeter du haut des parois du Saguenay. Je ne rêve peut-être même pas d’une mort, peut-être juste d’une latence, d’un silence. Tout s’est allégé, jusqu’au verre brunâtre qui est le prolongement de ma main. Autour c’est la cacophonie des individualités qui se heurtent au cœur de la brosse. Il y a toi aussi.

 — Tu donnes jamais de signes, on sait jamais ce que tu penses vraiment.

 Les vagues flattent, érodent, les rochers millénaires, là à deux pas. Je tangue. L’œil hésitant, se baladant sur les falaises disparus de l’autre côté. Les portes s’ouvrent alors même qu’il n’y a plus rien à voir. Tu t’éloignes de moi.

 — T’es compliqué.

 Y’a de la musique qui joue, pour moi, dans le bois muet. Le feu s’éteint, t’es là quelque part dans l’enchevêtrement des voix, avec quelqu’un de bien. Moi grisé, moi itinérant, je cherche une meilleure place pour fuir. Tout s’est éteint autour. Mes doigts greffés sur une grosse bière, comme soudés à l’étain. J’erre même si je pense à toi.

Écrivain : Paul Begin Duchesne (Étudiant en études littéraires françaises – UQAC)

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