//UNE OIE-YADE

UNE OIE-YADE

Je suis boisée des plus belles pétilles de l’automne et l’eau tonne sous les fontaines que clignent les centaines de peines pour oublier que les vœux sont des grenouilles qui te glissent entre les doigts.

La pluie fait pendre les pieds sur les pierres au peignoir mousse-vert et ma tête de verre en lampe sans génie se fendille en trois vœux qui s’envolent en l’air.

Trois vœux,

de plumes
sans oie
coulent
l’étang
d’eau

et une oie
(noie)
s’étend
au dos.

Je crie des oies qu’on tire à la carabine.

Et on s’envoie en l’air mais tu poses des bombes sur mes lèvres qui explosent les becs que je t’offre dans un petit coffre de feuilles déjà mortes.

J’étais crue-nue entre tes dents mais j’ai cru être dans la mire de tes yeux pour que tu tires tu sais comme Cupidon tue les amoureux à petits feux, parce que l’amour est une mort par gorgées d’essence que tu prends à petites doses inflammables pour pas qu’on suspecte une mort à débit trop rapide.

Tes yeux portent des balles qui s’envoient en l’air comme des coups de plumes en poussière, j’espère, que tu en feras des nuages un peu plus sages pour les dernières feuilles que j’ai à te rougir avant de me couvrir.

Et mes cils aux feuilles d’automne tombent de mes écorces paupières et j’attends les hivers pour me chauffer de neige.

Qu’on m’oublie pour mieux faire.

Mieux faire.
Toujours mieux faire,
le pire.

J’ai pris les balles de tes yeux entre mes dents pour les avaler tout doucement et t’écrire des doigts qu’on appuie sur les gâchettes.

Puis je crie des oies qu’on tire à la carabine mais mes doigts ne savent rien mieux faire que d’appuyer sur les gâchettes.

Mélina Gagnon (étudiante en études littéraires françaises – UQAC)