//Comment vivre au quotidien avec son coloc français : petit traité sur l’indignation sociale

Comment vivre au quotidien avec son coloc français : petit traité sur l’indignation sociale

Comme tous les matins, depuis déjà 7 (interminables) mois, je déjeune avec mon coloc français, Théo. Alors que mon cerveau a dû mal à choisir entre les céréales aux petits fruits rouges des champs et les céréales aux petits fruits rouges et bleus des montagnes, mon coloc me bourre la cervelle d’informations politiques!manifestations

Adossé à la table de cuisine, entre deux bouchées de tartines au délicieux goût de chocolat à l’huile de palme et de déforestation équatoriale, mon cher cousin français s’exclame furieusement (il est 6 heures, le matin) :

« Ah mais c’est pas possible! Les salauds! Ils s’attaquent directement aux conditions de travail! Bordel! Non, mais ça ne va pas du tout! En plus, le premier ministre utilise la 49.3! Marie, t’as entendu parler de la grosse réforme de la Loi sur le travail en France? Moi, ça me donne envie de leur péter la gueule. » Euh oui! J’ai vu dans mon fil d’actualité Facebook que les gens commençaient à s’indigner sauf que comme nous disons au Québec : « les maudits Français toujours en train d’argumenter pis de critiquer pour rien ». Sauf que, l’indignation de mon coloc était telle que je n’ai pas pu résister à l’envie de comprendre ce qui soulevait la France en ce moment.

Une réforme de la Loi travail adoptée par la force

La loi sur le travail en France c’est en fait le Code du travail des salariés et des employeurs qui détaille les droits de tout un chacun au sein des entreprises, bref un labyrinthe de règlements. Alors depuis mars 2016 le gouvernement français restructure la Loi Travail pour en faire un projet où  « le plus » est partout : « plus d’emplois, plus de libertés, plus de protections », dit-on. D’emblée, ce slogan d’assurance vie laisse présager une qualité de vie enviable pour tous les Français même un monde meilleur où les libertés se multiplient! Mais en réalité, le projet de Loi mis sur table ne faisant même pas l’unanimité à l’assemblée, le gouvernement a décidé de mettre fin aux  débats et modifications de la Loi par les députés en utilisant l’Article 49.3 de la constitution française forçant par le fait même l’adoption de la dite Loi. Cohérence complète avec la promesse d’un « plus de libertés » promues par la ministre du Travail Khomri. Rappelons-nous que ce n’est pas la première fois que le gouvernement français s’appuie sur l’Article 49 alinéa 3 pour faire passer une loi rapidement. En effet, depuis 1958, cette loi a été utilisée seulement que quatre-vingt-quatre fois, déjouant les processus démocratiques de la République française.

Évidemment, outre cette adoption forcée, les milliers de Français mobilisés quotidiennement sont dans la rue pour contester les multiples modifications de la Loi sur le travail et surtout l’Article 2.

878761-des-salaries-en-greve-devant-la-raffinerie-total-de-feyzin-le-23-mai-2016-pour-protester-contre-la-lGrossièrement, les citoyens français souhaitent que l’article soit modifié puisqu’ils y voient une réelle inversion de la hiérarchie des normes.

Actuellement, en France, les conditions de travail sont régies par différentes ententes soit les accords d’entreprises, les accords de branches (accord entre les représentants des salariés et des employeurs d’entreprises d’un même secteur d’activité) et le Code du travail. Cependant, voilà que les changements apportés à l’article place le pouvoir entre les mains des entreprises (par les accords d’entreprises), et ce au niveau de la durée de travail principalement. Ainsi, tout ce qui touche aux nombres d’heures quotidiennes et hebdomadaires maximum, au temps de repos, aux congés payés, etc. seront désormais du domaine de l’employeur en primauté. Par exemple, l’employeur pourra organiser voire allonger le temps de travail des travailleurs et travailleuses afin de rentabiliser sa société ce qui pourra par le fait même accentuer la concurrence entre les diverses entreprises. Loin de protéger les salariés, la transformation de la Loi Travail devient plutôt la pierre angulaire d’un projet ou la croissance économique est au centre de la société au détriment des besoins des citoyens.

La loi sur le travail n’a sûrement pas fini de faire parler, déranger, mobiliser, crier (insérer tout autre verbe d’action) chez nos cousins français, car pour l’instant le premier ministre, Valls, reste sur sa position : « il n’y aura ni retrait, ni remise en cause » de l’Article 2 sur les accords d’entreprise. Alors mon cher coloc français, même si tu es reparti chez toi dans l’Hexagone, tu as laissé chez moi ton indignation et ta colère qui germent dans mon coeur comme un goût de liberté.

À suivre

Pour s’informer plus en profondeur, je vous propose quelques liens  :

http://www.lemonde.fr/videos/video/2016/04/02/la-loi-travail-expliquee-en-patates_4894397_1669088.html

http://loitravail.lol/