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Promenons-nous dans les bois

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Au Saguenay-Lac-St-Jean, c’est bien connu nous sommes adeptes de plein-air, de nature et de grands espaces. Nous escaladons vertigineusement les bleus sommets de St-Fulgence, glissons sur le fjord en kayak sous une pluie battante et dormons dans des tentes sur les glaces du lac-St-Jean presque à la belle étoile! Des mordus de l’action en nature; de la chasse en passant par la rando, pour autant que le corps s’active et que nous y rencontrons de nombreuses épreuves physiques. La nature, comme tout autre espace social de notre époque, se voit être le théâtre du dépassement de soi mais aussi de la performance et de la compétition avec soi-même et avec les autres. Peut-être même une source de stress finalement? Je me souviens qu’à une certaine époque lorsque je me baladais en forêt, je rencontrais davantage de marcheurs contemplatifs que de coureurs athlétiques, iPod accrochés aux bras, à la recherche d’endorphines. Non, loin de moi l’envie de sous-estimer les effets positifs des sports surtout ceux se pratiquant au grand air! Mais peut-être devrions nous repenser la façon dont nous utilisons nos espaces sauvages, ces dernières terres de liberté? Peut-être devrions nous rentrer en contact avec le milieu naturel qui nous entoure plutôt que de calculer notre vitesse de croisière lors d’une course, aveuglés par la seconde à rattraper? Peut-être passons-nous à côté de quelque chose?

chanterelles
http://environnement.ecole.free.fr/chanterelles-.htm

Lorsque j’ai découvert la cueillette en 2008, j’étais en deuil, mon père venait de nous quitter, je me retrouvais souvent dans les bois question de faire le point. J’appréciais déjà les grandes ballades dans la nature cependant je cherchais davantage à grimper un sommet rapidement, sans essoufflement en maintenant le cap vers mon seul et unique but : le sommet tant attendu avec vue sur la mer, loin de la douleur. En chemin pourtant, je ratais quelque chose. Même si les girolles brillaient dans leurs moulantes robes dorées, je passais près d’elles aveugle à leurs dentelles. Même si les élégantes marguerites tournoyaient avec le vent dans une douce symbiose, je n’entendais pas le bruit de leur amour. Heureusement, à ce moment de ma vie, mon copain détenait des connaissances insoupçonnées sur les plantes sauvages : comment les identifier, leurs différentes composantes, la manière de les cueillir, comment les apprêter et j’en passe. Dans la forêt en sa compagnie, j’ai été initié à un rythme de marche beaucoup plus lent facilitant ainsi la reconnaissance de ces plantes énigmatiques pour le néophyte mais si agréable en bouche. À moi se révéla les joies de la gloutonnerie paresseuse, de la marche buissonnière et surtout de la pleine conscience du présent. Ces étés-là, notre table à manger s’est littéralement courbée sous le poids des tonnes de champignons colorés qu’elle a supportées.

Et je n’ai pas passé à côté de quelque chose. Au contraire, j’ai découvert quelque chose et  c’est la force brute de la vie prenant les allures de mousses vertes luxuriantes ou de quatre-temps rouges sang pour simplement que je m’intéresse à elle. Je l’ai trouvé, belle, plutôt intéressante puisqu’elle m’a donné l’envie d’y revenir lentement à chaque saison pour la cueillir comme pour mieux la connaître. Ce quelque chose à découvrir, lorsque nous nous imprégnons de la nature seulement un court instant, c’est aussi une rencontre authentique avec soi-même en dehors du rythme accéléré quotidien et des standards industriels. Promenons-nous alors dans les bois, souvent et les yeux ronds comme des soleils pour ne pas passer à côté de sa propre individualité.