//La conquête de l’Atlantique Nord à la nage : rencontre avec Heidi Levasseur

La conquête de l’Atlantique Nord à la nage : rencontre avec Heidi Levasseur

Heidi_PortraitLes explorateurs des siècles derniers, à la recherche d’un ailleurs idyllique, ont suivi la route de l’Atlantique, bravés des conditions de vie effroyablement rudes, des tempêtes et des attaques de corsaires pour simplement se diriger vers ce quelque chose dont on ne connait pas la nature jusqu’alors, l’inconnu. Tout comme ses prédécesseurs, Heidi Levasseur connue dorénavant sous le nom de la « Sirène du Québec », s’apprête à parcourir l’Atlantique, faisant littéralement corps à corps avec l’océan puisque c’est à la nage, poussée par le Gulf Stream, qu’elle franchira une distance de 5000 km. Marquant les prémisses de son grand voyage par un entrainement intensif, c’est au Saguenay-Lac-St-Jean que l’aspirante au titre de première femme à traverser l’Atlantique à la nage lance son grand défi 2018. Rencontre avec Heidi Levasseur celle pour qui la nage est une source intarissable de dépassement de soi.

Heidi, tu es en région pour faire le tour du Lac-St-Jean et descendre la rivière Saguenay à partir de la ville d’Alma jusqu’à Tadoussac à la nage. Ces deux défis sont les prémisses d’un tout autre défi, un peu fou, soit celui de traverser l’Atlantique à la nage. En quoi ton expérience dans les eaux du Lac-St-Jean et de la rivière Saguenay t’aidera-t-elle dans ta traversée transatlantique?

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En fait, chaque expérience en eau libre est quelque chose qui s’ajoute à mon bagage. Même si j’ai fait le tour du Lac-St-Jean à la nage en 2010, l’expérience en eau libre demeure toujours de l’inconnu, car un plan d’eau bouge beaucoup en fonction des vents, des vagues et de la température. C’est toujours une bonne pratique. En ce qui concerne la rivière Saguenay, je vais tomber en eau froide et de plus en plus froide jusqu’à Tadoussac alors je vais pouvoir tester ma résistance à certaines températures. Je vais également tester de nouveaux équipements ce qui me permettra de vérifier s’ils pourront être utilisés à ma traversée de l’Atlantique.

Comment se déroulera ton parcours de Roberval à Tadoussac?

Pour le tour du Lac St-Jean et la descente de la rivière Saguenay, je vais nager entre 25 à 35 km par jour comptabilisant 300 km au total. Cet itinéraire quotidien devrait me prendre entre 6 et 8 heures de nage pour se compléter en 10 jours. Durant mon parcours, je serai suivie par un guide ayant 35 ans d’expérience, Mario Fortin et nous aurons une chaloupe, fournie par l’organisation de la traversée, pour assurer un encadrement sécuritaire. Ensuite, Heidi_enfantà chaque fois que je vais arriver dans les municipalités, je serai reçue soit par une organisation ou encore par les gens des camps de jour. C’est pourquoi je prévois souvent de partir assez tôt pour être en contact avec les jeunes. Fidèle à ma mission, celle d’inspirer le dépassement de soi et la réalisation de ses rêves, je leur ferai faire des activités en collaboration avec les animateurs et les animatrices des camps. Par exemple, ils vont pouvoir écrire leurs noms sur des petites écailles, que je ramasserai à chaque halte dans les municipalités, qui pourront être collées sur la reproduction de mon logo, une sirène, afin de faire une belle œuvre collective. Je souhaite aussi que les jeunes écrivent leurs rêves sur des bouts de papier que j’apporterai dans une boîte à la mer pour que leurs souhaits se réalisent. Je fais des actions de ce genre afin d’être un modèle pour la jeunesse, pour susciter l’espoir aussi et surtout pour voir briller dans leurs yeux une multitude de rêves et le désir d’accomplir de grandes choses. C’est une partie qui me nourrit beaucoup.

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Photo © Sylvain Mayer

Plusieurs d’entre nous ne connaissent pas du tout le milieu de la nage en eau libre et ses défis. On pense tout de suite à l’aspect physique, mais il y a aussi l’aspect psychologique (la solitude par exemple). Comment te prépares-tu à affronter de si grands défis physiques et mentaux?

En fait, c’est principalement mes expériences positives de nage en eau libre qui me donnent confiance en moi pour les défis futurs. Ce qui aide aussi c’est d’affronter les éléments un jour à la fois. Je m’assure aussi d’être entourée d’une bonne équipe et de m’assurer d’avoir toujours mes repères dans l’eau en suivant la personne qui navigue. J’ai confiance qu’elle va me donner des indices sur les comportements du plan d’eau, c’est qui me rassure et c’est ce qui me permet de passer au travers. Puis, à la fin de la journée, j’ai une équipe qui me traite physiquement, on me masse et on détend mes muscles. Oui, c’est physique sauf que ça m’aide aussi psychologiquement; quand le corps est détendu, l’esprit se repose mieux.

J’imagine qu’une grande partie de ton emploi du temps est consacré à la nage. En dehors de cette passion, qu’est-ce qui te fait vibrer et que fais-tu pour décrocher?

J’aime beaucoup la musique, faire le vide dans mon esprit et prendre des marches avec mon copain. Je suis assez intellectuelle aussi, j’ai toujours gardé un pied à l’université; j’ai un baccalauréat en biochimie et en psychologie et en ce moment je termine un certificat en administration. Donc, si on veut ce sont d’autres passe-temps qui me permettent de décrocher de la nage et ça m’accroche à d’autres choses.

Tu sembles avoir une vie assez occupée, comment fais-tu pour conserver ton équilibre à travers la nage, tes études, ta vie sociale et amoureuse?

Je pense que j’ai trouvé mon équilibre en m’ouvrant à différents domaines qu’ils soient sportifs intellectuels ou artistiques. C’est cette diversité qui crée justement une belle harmonie. C’est lorsque je me concentrais sur une seule chose ou un seul travail que je perdais un peu mon équilibre. Alors, l’important pour moi c’est d’avoir plusieurs intérêts et de me divertir à l’extérieur de mon sport.

Souvent, on oublie que chez les sportifs de haut niveau, il arrive aussi de tomber et de ne pas atteindre ses objectifs. Comment fais-tu pour continuer malgré l’adversité et replonger après coup?

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Photo © Stéphane Lessard

Oui, j’ai eu des déceptions et oui ça n’a pas toujours fonctionné comme j’aurais voulu. D’ailleurs, j’ai arrêté de nager pendant une dizaine d’années, car je ne croyais plus en moi. Oui, ça été de grosses épreuves, mais j’ai réussi à évoluer en m’ouvrant; j’ai alors modifié mes objectifs et j’ai revu mes forces. Plus jeune, je participais à des championnats de natation même en longue distance cependant je n’ai jamais vraiment été attiré par la compétition. Le meilleur de moi n’était pas là. Éventuellement, j’ai réfléchi là-dessus puis je me suis dit pourquoi ne pas faire moi-même mes projets de nage? Pourquoi je ne ferais pas quelque chose de différent? J’aime nager, j’aime nager longtemps et c’est ça ma force. En jasant avec des amis, je me suis dit que je pourrais peut-être descendre la rivière St-Maurice à la nage, la diviser en sections et le faire en plusieurs jours. Je pense qu’il est important de réviser ses objectifs et travailler avec ses forces pour réussir. On ne peut pas vraiment changer, on est unique, mais on naît tous avec des talents. Il nous suffit d’exploiter au meilleur ces talents-là et non pas d’essayer de ressembler à quelqu’un d’autre. Au lieu de se concentrer excessivement sur ce que l’on veut, on peut plutôt se demander ce que l’on peut réalistement faire.

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http://bit.ly/29U7KkJ

Après l’Atlantique Nord, comment envisages-tu ta carrière sportive et ta vie en général?

Actuellement, il m’est difficile d’avoir une vision claire. Il y a plusieurs visons de ce qui peut se passer, mais c’est en faisant mon défi 2018 et en voyant le dénouement que la suite va se dévoiler à moi. Après la traversée, j’aimerais faire des conférences, partout au pays et partout dans le monde. J’ai aussi l’intention de donner des cours privés pour permettre l’apprentissage de la natation pouvant durer plus d’une semaine avec un groupe de personnes. Un de mes objectifs est de faire la promotion de la natation afin que plus de monde apprenne à nager et que les piscines publiques du Québec soient plus utilisées. Chaque été, il y a beaucoup trop de noyades, il est crucial que les gens soient plus sensibilisés au danger de l’eau. Même moi lorsque je nage en eau libre dans une rivière ou un lac, je ne m’aventure jamais seule.

La traversée de l’Atlantique à la nage demande un support financier considérable. Heidi et son équipe invitent alors toute personne ou toute entreprise désirant encourager cet exploit  à communiquer avec eux. Pour plus d’information : www.heidilevasseur.ca.