//« Dawson a fait changer les choses »

« Dawson a fait changer les choses »

Deux dates sombres attirent l’attention cette semaine. Quinze ans ont passé depuis septembre 2001. Et aujourd’hui marque le dixième anniversaire de la fusillade du Collège Dawson, le 13 septembre 2006.

Difficile d’évaluer à quel point de tels événements, devenus plus fréquents depuis sous nos latitudes, ont pu changer notre perception du monde. Ils ont marqué les cœurs et les esprits. Personne n’a tellement envie d’imaginer, en cette mi-septembre, tranquille début de session, qu’un tireur actif vienne menacer les lieux qu’on fréquente quotidiennement. Pour les services de sécurité, c’est pourtant un exercice nécessaire. Le dosage entre la sécurité et ses effets sur la vie privée des personnes devient rapidement politique et social, beaucoup plus large qu’un plan d’urgence.

Nous avons parlé à M. Réjean Chatigny, superviseur aux opérations (protection publique et prévention) pour l’UQAC. Selon lui, les pratiques sécuritaires ont certainement évolué depuis 10 ans. Cependant, aucune standardisation n’est encore établie. Ce qui pourrait être fait, par exemple, par le biais du code du bâtiment pour les édifices publics. Ceci a pour effet de rendre les organisations hésitantes lorsque vient le temps de choisir et d’installer, à grand prix, les technologies à utiliser. De telles standardisations existent déjà aux États-Unis.

Le collège Dawson, en des jours plus paisibles, 1946. Source: Facebook MyDawsonCollege
Le collège Dawson en des jours plus paisibles, 1946. Source: Facebook MyDawson College

S’il n’y a toujours pas de normes claires au Canada, dans la foulée des événements de Dawson le gouvernement fédéral a exigé des établissements scolaires et publics l’amélioration des plans d’urgence. On a par exemple prêté attention au système de notification d’un événement tel que la présence d’un tireur.

Par ailleurs, la formation des agents de sécurité a été modifiée au courant des années 2000. La création du Bureau de la sécurité privée (BSP) a changé les façons de faire dans la certification des agents en devenir. Une formation de 70 heures est maintenant obligatoire et le processus a été revu pour favoriser un meilleur contrôle des candidats. Cette formation de base obligatoire inclus notamment un volet sur les troubles mentaux et sur les mesures d’urgence, ce qui comprend les incendies mais aussi la problématique d’un tireur actif. D’autre part, les grandes agences de sécurité offrent maintenant à leurs employés une formation continue plus pointue sur plusieurs thèmes. C’est une exigence de plus en plus demandée par leurs clients.

« Polytechnique nous a fait prendre conscience du problème. Dawson a fait changer les choses. »

Arrivé en poste au tournant des années 2000, M. Chatigny se rappelle la réaction locale en cette matinée de septembre 2001. « Je me souviens que c’était un peu irréel. On a d’abord cru à un accident, puis le deuxième avion est arrivé. On regardait ça à la télé…  à l’époque, il n’y avait pas vraiment eu de réflexe, d’action entreprise ici. » En contraste, plus de dix ans plus tard, la réaction avait été fort différente lors de la fusillade sur la colline parlementaire à Ottawa, en octobre 2014. « Des partenaires externes me consultaient pour évaluer le degré de risque local. On me disait que les cibles étaient plutôt politiques et fédérales. Mais nous avons la Gendarmerie Royale du Canada comme voisins immédiats. Un pavillon de l’université, le Centre de technologie de l’aluminium affilié au Conseil national de recherches Canada est lui aussi sous juridiction fédérale. » Le rapport de proximité envers l’événement a donc bien changé depuis 2001.

Les écoles et les lieux publics sont des cibles de choix pour les tueurs de masse. Dans le champ de la sécurité publique et privée, la dimension des droits de la personne se mêle aux décisions politiques, à la technologie, au financement et à la standardisation des systèmes. La société civile s’est beaucoup penché sur cette question complexe et elle continue à le faire. La voie législative a été privilégiée, mais rien n’est simple. La saga, toujours en cours, des registres sur les armes à feu en fait foi.

Pour Réjean Chatigny, le changement des mentalités, s’il n’est pas à terme, est très certainement engagé. « Polytechnique nous a fait prendre conscience du problème. Dawson a fait changer les choses. » En effet, le projet de loi 9, dite loi Anastasia du nom de la victime de Dawson, est venue restreindre la présence d’armes à feu dans les lieux publics.