//Boycott des internats en psychologie: un point de vue local

Boycott des internats en psychologie: un point de vue local

La semaine dernière, nous dressions un portrait des revendications des internes en psychologie, qui lançaient un boycott de leurs internats, pour protester contre leur non-rémunération. Afin de mieux connaître la situation au niveau local, nous avons rencontré Kevin Brassard, de l’Association des doctorant.e.s en psychologie de l’UQAC.

Kevin Brassard
Kevin Brassard, porte-parole de l’Association des doctorant.e.s en psychologie de l’UQAC photo: courtoisie

Initialement, à l’invitation de la Fédération interuniversitaire des doctorant.e.s en psychologie (FIDEP), un vote favorable au boycott a été tenu en novembre 2015 à l’UQAC, à l’instar des six universités québécoises impliquées. Ce boycott concerne les internats d’une dizaine de doctorant.e.s qui devaient s’intégrer au réseau public cet automne, ainsi qu’une dizaine de stagiaires. La quasi-totalité des internes de l’UQAC respecte le moyen de pression.

En contact quasi quotidien avec la Fédération, Kevin Brassard précise l’état des lieux :

« On sent que le mouvement est solide. Les stages sont boycottés en appui à ceux qui ne rentrent pas faire leur internat pour compléter leur formation cette année. Il y a un manque de psychologues dans le réseau public. Il y a 12 000 patients qui ne seront pas vus cette année à cause du boycott. On dit au gouvernement : répondez à la pression, répondez aux exigences et reconnaissez la formation de psychologue dans son ensemble. Rémunérez-nous à la hauteur de ce que les autres internes reçoivent au Canada et en Amérique du nord. La moyenne canadienne de rémunération est d’environ 31 000$. Nous on n’a pas un sou.»

Pour entendre l’entrevue intégrale avec Kevin Brassard:

Rappelons que selon la FIDEP, les internes en psychologie effectuent 80% des tâches d’un psychologue professionnel. Ils constituent un rouage essentiel du système, à une époque où les services publics sont malmenés. La majorité des internats s’effectue dans les centres hospitaliers ou dans les CLSC, où une pratique multidisciplinaire avec d’autres professionnels de la santé est possible.  Certains peuvent également être affectés dans les écoles. Il s’agit de milieux stimulants pour les internes, mais la rétention post-formation est basse puisque les conditions dans le système public sont largement moindres qu’en pratique privée.

Parallèlement aux semaines de 35 heures requises pour les internats, les doctorant.e.s doivent dans la plupart des cas travailler le soir à temps partiel pour subvenir à leurs besoins de base. Une « aberration » selon Kevin Brassard. C’est qu’à cette étape ultime de leurs huit années de formation, ils ont souvent atteint la limite de l’aide financière aux études. Par l’application du boycott, les doctorant.e.s sont prêts à retarder leur arrivée sur le marché du travail.

« Ça va diminuer l’accès aux soins pour les patients. Ce qui n’est évidemment pas notre objectif principal. Ça fait au-dessus de dix ans qu’on se bat pour la reconnaissance de la formation. Le momentum est là. C’est maintenant ou jamais. On pense que cette reconnaissance devrait être à l’agenda du gouvernement pour que les gens les plus vulnérables aient, à terme, un meilleur accès aux soins en santé mentale. »

Une pétition a circulé à travers les différents milieux touchés. Elle a atteint, à quelques signatures près, l’objectif fixé de 20 000 noms. Elle sera déposée demain mercredi, à l’Assemblée Nationale, par la députée péquiste Diane Lamarre. Les appuis à la démarche de la FIDEP sont nombreux. La Fédération poursuit néanmoins sa recherche d’alliés, notamment chez les ailes jeunesse des différents partis politiques, ou encore du côté des comités d’usagers des services de santé.

« Avec l’Université, le département, les principaux responsables au niveau de l’administration, que ce soit le comité de programme ou à la clinique (la Clinique de psychologie de de l’UQAC, qui ne prendra pas de nouveaux patients cette année. NDLR), la communication est excellente. On sent que les enseignants ne veulent pas nous mettre de bâtons dans les roues. Ils veulent qu’on réussisse à avoir gain de cause. Ils sont d’accord avec la rémunération des internes en psychologie et ils font tout ce qu’ils peuvent avec les contraintes qu’ils ont pour nous appuyer le plus possible. »

Après le dépôt de la pétition, le mouvement devra attendre le rapport de Luc Granger, dont le dépôt est prévu pour le 17 octobre,  avant de voir les autorités bouger. Commandé par la Ministre responsable de l’éducation supérieure Hélène David, ce rapport devrait contenir des pistes de solution qui, comme l’espère Kevin Brassard, iront dans le sens des revendications des internes.

« Les différentes études au cours des années démontrent toutes à quel point la situation est déplorable. Ultimement ça peut paraître comme si on demandait ça pour avoir de l’argent. Mais je tiens à rappeler que c’est vraiment une question d’accessibilité aux soins dans le réseau public, où les gens sont plus vulnérables et n’ont pas les moyens d’aller vers le privé, où les prix sont plus élevés. C’est vraiment ça notre objectif. »