//Les mythes de l’égalité homme-femme

Les mythes de l’égalité homme-femme

Par Noémie Simard

La bataille qu’ont livrée nos grands-mères est loin d’être gagnée.

1940.

L’année où les femmes québécoises ont finalement obtenu le droit de vote. L’année où elles devenaient les égales des hommes, l’année qui marquait leur importance dans la société.

Bullshit. Si elles avaient maintenant le droit de vote, elles se rendaient compte que le mot «égalité» n’était qu’un terme superficiel qui ne venait nullement avec le droit nouvellement acquis.

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Rosie la riveteuse, par J. Howard Miller, 1943

Depuis longtemps, les femmes du monde entier – ainsi que les femmes québécoises – militent pour obtenir l’égalité ainsi que l’émancipation auxquelles elles ont droit naturellement. Alors qu’en 2016, au Québec, une grande partie de la population croit que la bataille est gagnée – donc que le sexisme, les stéréotypes et la discrimination envers les femmes sont éradiqués – je remarque qu’en fait, bien qu’ayant parcouru une bonne partie du chemin depuis 1940, un long voyage et un grand travail attend encore les femmes d’aujourd’hui.

Je suis femme. Je suis fière d’être une femme. J’ai des buts, des aspirations, de l’ambition. J’ai du potentiel. Je suis jeune, j’ai le temps et la vie devant moi, l’énergie avec moi. Seul hic à tout ça (surtout socialement) : mon sexe.

Avant de poursuivre, voici quelques définitions du dictionnaire Antidote qui nous mettront sur la même longueur d’onde :

Le sexisme est une «attitude discriminatoire envers les personnes du sexe opposé, particulièrement envers les femmes.»

Toujours selon Antidote, le machisme est une «idéologie prônant la suprématie de l’homme sur la femme.»

J’ajoute ici que le machisme peut se traduire par un commentaire ou un comportement discriminatoire envers la femme visant à l’assujettir en la rappelant à son rôle (préconçu) de femme-objet au sein d’une société donnée.

En bref, le machisme est un dérivé du sexisme.

Lorsque j’ai essayé de parler de ce mythe de l’égalité homme-femme avec mon entourage, un malaise s’est installé parfois. Pourtant, c’est un combat qui se doit d’être discuté, surtout puisque du sexisme, j’en ai vécu plusieurs fois ; surtout puisque le sexisme, toutes les femmes en vivent, à un moment ou à un autre de leur vie, que ce soit au Québec ou ailleurs dans le monde. Malheureusement pour eux, les hommes qui ont essayé de me discriminer se sont vus réduits au silence devant ma répartie.  Ils ont alors remarqué leur irrespect et leur machisme. Ils se sont frottés à une femme connaissant sa valeur et ses droits alors que ce n’est pas toujours le cas. Parfois, certaines permettent des commentaires ou des comportements déplacés à leur égard. Je crois que leur passivité face à de tels événements peut s’expliquer par l’imprégnation du stéréotype de la femme-objet dans leur inconscient, si présent dans notre société phallocentrique et ce, depuis si longtemps. Il faut que ça change. Si on laisse un acte sexiste ou machiste se produire à notre égard sans réagir, cela entraîne une banalisation de ce genre de comportement et contribue à la pérennité du sexisme et d’une société patriarcale bien installée.

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Les stéréotypes de la femme-objet, encore bien présents de nos jours, provoquent un système de valeur ayant pour conséquence la discrimination des femmes, et ce, dans plusieurs situations.

Le droit de s’habiller comme on le veut

On entendra des : «Regarde-la, on voit son soutien-gorge. Quel manque de classe!» ou encore : «Ce chandail col roulé la grossit, comme elle est moche et coincée!» Je présente ici deux extrêmes (mais entendus ici et là à certains moments de ma vie) qui montrent que, peu importe comment elle s’habille, la femme sera sujette au jugement et à la discrimination. Qu’elle soit grosse ou mince, petite ou grande, il y aura toujours un commentaire négatif proféré à son encontre : pas de quoi se demander pourquoi ces dames font des régimes, s’entraînent de façon maladive ou restent une heure devant leur garde-robe afin de savoir quoi se mettre sur le dos! Par ailleurs, en ce qui concerne le soutien-gorge, eh bien oui messieurs, les dames ont des seins et elles mettent des brassières pour cacher cette partie sexualisée de leur corps. Devons-nous également sexualiser ce qui les cache? On voit tous les jours à la télé des gens qui meurent – décapités, explosés, etc. – sans que cela vienne nous affecter d’une quelconque manière et, ensuite, on perd tous nos moyens parce qu’on aperçoit l’armature du soutien-gorge d’une fille qui marche dans la rue? De toute évidence, cette logique est illogique. Il faut que ça change.

Le droit de dire «non»

J’entamerai ce nouveau propos en parlant du mythe de la fameuse «friendzone». N’ayant pas d’équivalent féminin, cette expression classe le gars s’étant fait éconduire par la fille qu’il convoite comme étant juste un «ami», n’ayant aucune chance du côté amoureux avec celle-ci. Well, ça sent la frustration à plein nez! Ce n’est pas parce que tu es super gentil, super attentionné – super parfait, comme tu le crois – que la gent féminine ne peut pas te rejeter. Certes, elle a une raison de le faire et cette raison ne te regarde pas. Il n’y a pas de «friendzone» : la seule vérité, c’est qu’elle se respecte assez pour refuser de sortir avec toi si elle n’en a pas envie. Est-ce juste? Pas nécessairement. Mais elle en a le droit. Renversons la situation : si un gars refuse d’embrasser ou de sortir avec une fille, elle sera probablement déçue, mais jamais elle ne parlera de friendzone. Est-ce juste, qu’elle se fasse ainsi rejeter? Pas nécessairement. Mais c’est le droit de l’homme de refuser de s’engager émotionnellement avec elle et elle ne remet pas ce droit en doute. A contrario, certains gars éconduits parleront de la friendzone comme si à la base, la femme lui devait quelque engagement émotionnel en retour du bon traitement qu’il lui octroie. Pourtant, ce bon traitement de la femme devrait être naturel, sans provoquer une quelconque attente en retour! En résumé, l’homme peut dire «non», mais pas la femme. Il faut que ça change.

Le droit d’être féministe

Tout comme les islamistes radicaux qui pervertissent les concepts fondamentaux de l’Islam par une lecture subjective du Coran et par des actions terroristes qu’il est inutile d’énumérer ici, les féministes radicales se sont approprié le féminisme en une version qui ne représente en rien l’idéologie de départ encore prônée par la majorité des femmes aujourd’hui. Selon Perspective.usherbrooke.ca, le féminisme est un «mouvement politique qui prône l’égalité réelle entre les hommes et les femmes dans la vie privée et dans la vie publique. Au sens large, le féminisme inclut l’ensemble argumentaire qui dénonce les inégalités faites aux femmes et qui énonce des modalités de transformation de ces conditions. Il comprend des réflexions théoriques, des études empiriques et des propositions politiques et sociales.»

Suivant ces définitions, il faut préciser que le féminisme ne prône pas la suprématie de la femme sur l’homme (comme a pu le faire croire le féminisme radical), mais plutôt son égalité vis-à-vis de ce dernier. Vivre dans une communauté sans discrimination entre les sexes serait un avantage, non seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes! Ainsi, comme l’a si bien dit Justin Trudeau: «We shouldn’t be afraid of the word feminist. Men and women should use it to describe themselves any time they want.»

Alors, une femme ne devrait pas être victime de sexisme à cause de ses idées féministes. Au lieu de se sentir menacés par le mouvement (peur causée par une ignorance du véritable but de l’idéologie), les hommes devraient plutôt y adhérer  ˗ après tout, il y a des injustices de leur côté également, comme le droit de montrer ses émotions, par exemple. Heureusement, tel Justin Trudeau, quelques-uns se considèrent déjà comme étant féministes et le clament haut et fort avec fierté.

En conclusion, il nous reste encore du travail à faire pour atteindre cette utopie qu’est l’égalité homme-femme, mais je ne perds pas espoir. L’important, c’est de prendre conscience de ce problème social et de ne point le banaliser si, un jour, nous voulons changer les choses et instaurer un nouvel ensemble de valeurs qui permettrait l’égalité des sexes.

Ce texte a été publié originalement dans le Griffonnier No 114