//Ne pas vouloir d’enfants : un choix dérangeant

Ne pas vouloir d’enfants : un choix dérangeant

Par Ioana Brassard

Vous êtes-vous déjà demandé si vous désiriez fonder une famille ? Oui, probablement. Connaissez-vous des gens qui répondraient assurément non à cette question ? Peut-être.  En 2016, dans une société qui a évolué en partie grâce au féminisme, le choix de ne pas avoir d’enfants ne nous vaut plus les visites intrusives du curé qui, complaisamment, ne manquerait pas de faire la morale concernant la bonne utilisation de notre appareil reproducteur. Il existe encore des préjugés concernant les gens (les femmes, surtout) qui ont choisi librement de ne pas devenir parents.

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Source: http://grist.org/article/2010-03-30-gink-manifesto-say-it-loud-im-childfree-and-im-proud/

D’ailleurs, le mouvement childfree ˗ à ne pas confondre avec childless, qui  désigne une personne qui veut des enfants mais qui est contrainte de ne pas en avoir à cause de son infertilité ˗ est né aux États-Unis d’activistes qui revendiquaient pleinement leur choix de ne pas avoir d’enfants tout en étant respectés. Métaphoriquement, on peut dire que les childfree sont stériles de leur pleine volonté. On entend souvent que les femmes qui refusent la maternité sont amères, qu’elles n’aiment pas la vie et les enfants ou, pire encore, qu’elles sont égoïstes.

Le triste article de Bianca Longpré dans le Huffington Post, intitulé T’as pas d’enfants, tu m’en dois une ! démontre pleinement les préjugés que les non-parents peuvent essuyer dans la société. Ils sont dépeints, dans cet article, comme des gens égoïstes qui devraient donner davantage à la société puisque leur choix nuit à cette dernière. Or, Mme Longpré n’a pas tenu compte des gens qui sont infertiles ou encore de ceux qui n’ont pas trouvé la bonne personne, et ce, malgré leur désir d’enfanter. Ce genre de préjugés est très lourd à porter. Ainsi, voici cinq mythes que l’on entend à propos des childfree et que j’ai démystifiés pour vous.

1.      «Les personnes qui ne veulent pas d’enfants sont égoïstes.

En fait, les personnes qui font ce choix controversé sont plutôt altruistes, car si elles écoutaient ce genre d’arguments et succombaient à la pression, il y a fort à parier que leurs enfants ne seraient pas heureux. Un enfant non désiré (et qui le sait) a rarement eu une bonne relation avec ses parents.

2.      «Ces gens finiront assurément par changer d’avis !

Il est tout à fait possible qu’ils changent d’avis et il n’y a aucun mal à ça. Cependant, nous ne sommes pas tous faits pour avoir des enfants et ceux qui ne s’en sentent pas capables ont toutes les raisons de s’abstenir. Pour ma part, j’ai toujours su que je n’en voulais pas et je n’ai pas changé d’avis. D’ailleurs, dire à une personne childfree qu’elle changera d’avis est intrusif puisque cela signifie que la personne ne se connaît pas ou qu’elle n’est pas assez mature pour décider de ce qui est le mieux pour elle.

3.      «Ne pas vouloir d’enfants relève d’un épisode traumatisant.»

Si certains childfree ont en effet vécu des situations qu’ils ne souhaitent pas faire vivre à des enfants, d’autres n’ont tout simplement pas envie de procréer, et ce, même s’ils n’ont pas un vécu difficile qui les influence.

4.      «Ils devraient payer davantage de taxes. Ils sont inutiles.»

Les childfree contribuent à la société par d’autres moyens. D’ailleurs, ils paient les taxes scolaires et tous les autres services destinés à faciliter la vie des familles ˗ des services dont ils n’auront jamais besoin. De plus, plusieurs entrepreneurs n’ont pas donné d’enfants à la société, mais des emplois. D’autres personnes ont donné de leur temps à des causes qui leur tenaient à cœur.

5.      «Une femme, c’est conçu pour se reproduire.»

Les femmes childfree sont certainement victimes de réactions plus violentes que les hommes childfree. Comme ce sont elles qui donnent naissance, il est difficile pour bien des gens de comprendre qu’une femme qui a un système reproducteur fonctionnel ne veuille pas donner la vie. Aujourd’hui, donner la vie n’est plus un passage obligatoire dans la vie d’une femme, mais une option.

Pour terminer, il est tout à fait honnête de vouloir des enfants, mais il faut faire preuve d’ouverture d’esprit et respecter les gens qui refusent la maternité et la paternité.

Ce texte a été publié originalement dans le Griffonnier No 114