//Une plongée dans les fontaines bourbeuses

Une plongée dans les fontaines bourbeuses

La compagnie de théâtre Les Têtes Heureuses est de retour sur les planches après une longue absence. Avec Les Anges des fontaines bourbeuses, Joyce, Balzac et Pirandello sont réunis pour traiter de l’argent, de l’amour et de la mort. Rodrigue Villeneuve, metteur en scène et cofondateur de la compagnie qui fête ses 35 ans, nous parle de cette nouvelle création, de l’évolution de la compagnie et de sa vision du théâtre.

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Christian Ouellet et Rodrigue Villeneuve en répétition. Photo: Patrick Simard Le Photographiste

Écoutez notre entrevue intégrale avec Rodrigue Villeneuve

Pour Les Têtes Heureuses, le texte a toujours été un point de départ. Le texte comme témoin d’une époque, comme jalon d’une culture mais surtout le texte comme chemin vers la pleine incarnation du corps sur scène. On serait également tenté de dire que la compagnie se nourrit d’une douce mégalomanie tant ses artisans se sont attaqués à des monuments littéraires. On se souviendra, par exemple, d’une adaptation folle du Capitaine Fracasse de Théophile Gauthier, de productions autour de Jean Genet, de Tchekhov, de Claudel et de combien d’autres… Ainsi, la nouvelle création de la compagnie se situe en toute cohérence dans la démarche des débuts.

En plus de grands auteurs, Les Anges des fontaines bourbeuses réuni une partie de la petite famille des Têtes Heureuses, que ce soit au niveau des comédiens ou des concepteurs. Sara Moisan, Martin Giguère, Christian Ouellet, Patrick Simard et Éric Renald composent une distribution d’habitués dont la plupart des membres ont été les étudiants de Villeneuve. Des artistes qui ont tous essaimé dans leur pratique et qui incarnent aujourd’hui la vitalité du théâtre dans la région et au-delà.

« Avec cette idée (portée par la compagnie) que tout se pouvait, les acteurs qui font du théâtre avec nous, ils goûtent à ce « tout » là. Ils savent qu’ils vont faire du théâtre, pour vrai, quelque chose qui aura du sens là, maintenant, pour eux mais aussi pour les gens qui vont les regarder, même si le texte a 300 ans. Les Têtes Heureuses n’ont jamais eu de problème de recrutement. Autour d’eux, il n’y a pas beaucoup de compagnies qui leur permettent de faire ça. »

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Sara Moisan, alias Nora Joyce Photo: Patrick Simard Le Photographiste

Après des décennies de création au sein de l’UQAC, où la compagnie jouissait d’excellentes conditions de création, un divorce a été prononcé après la retraite de l’enseignement de Rodrigue Villeneuve. Si les Têtes Heureuses se sont par la suite retrouvées en difficulté, un peu perdues hors de leur cadre, hors de « leur » salle, elles retrouvent en fait l’itinérance et la souplesse de leurs débuts.

« Les Têtes Heureuses sont nées comme ça : avec l’idée qu’on pouvait jouer n’importe où. Et elles ont joué n’importe où. Moi j’ai adoré ça, jusqu’à ce qu’à un moment où on s’est dit Hélène (Bergeron, cofondatrice) et moi que monter des estrades au troisième étage d’une ancienne discothèque, peut-être que là, vraiment, ça suffisait. »

On a souvent reproché à la compagnie un certain élitisme, une sorte de classicisme, sa tension vers la Culture avec un grand C. Une posture qui correspondait peu à l’époque qui l’a vu naître, alors que le théâtre québécois apprivoisait sa langue, son joual, que les troupes se voulaient engagées dans les luttes sociales. Après cette absence de la scène théâtrale, on se rend compte que Les Têtes Heureuses ont manqué au public et au milieu. Et si ce qu’on leur reprochait était ce qui fait aujourd’hui toute leur valeur?

À 70 ans, Rodrigue Villeneuve ne cache pas ses doutes, ni le sentiment d’être d’une autre ère. Le texte, cette matière qui lui est si chère, ne reçoit plus la même considération dans les pratiques actuelles.

Le théâtre selon Rodrigue Villeneuve

« L’ultime vérité du théâtre c’est le corps, ça j’en suis absolument persuadé. Mais c’est le texte qui conduit à ça. C’est comme ça que je vois les choses, maintenant beaucoup plus clairement. Évidemment, ça a l’air d’un discours de vieux. Je dirais que le théâtre m’intéresse moins. Quand on dit ça, on n’est pas loin de dire qu’il est moins intéressant. Mais à l’âge que j’ai, je sais que ce n’est pas vrai. »

On ne peut certainement pas reprocher aux Têtes Heureuses de manquer de vision, de cohérence ou de pertinence. Il sera possible de le constater jusqu’au 23 octobre, au studio-théâtre du pavillon des arts.

Les Anges des fontaines bourbeuses

Du 13 au 23 octobre, les jeudi, vendredi et samedi à 20h et les dimanche à 14h

Réservations :  418-545-5011 poste 5297