//Jimmy Larouche présente son ami Dino

Jimmy Larouche présente son ami Dino

Le dernier film de l’almatois Jimmy Larouche, Mon ami Dino, est à l’affiche ce soir au Ciné-Club de Chicoutimi. Nous avons parlé de cette œuvre atypique, saluée par la critique, et des aléas de la production indépendante avec le réalisateur de La Cicatrice et d’Antoine et Marie.

dino1
Son ami Dino (Tavarone) Photo: Courtoisie

Mon ami Dino, c’est un film qui mélange à merveille le documentaire et la fiction. On y suit l’acteur Dino Tavarone, ami de longue date de Larouche, dans un quotidien qui prendra une tournure des plus dramatiques à mesure que le film avance. Le vrai du faux deviennent très difficile à départager tant la vérité du jeu du « héros » Tavarone est époustouflante. C’est là l’intention originale de Larouche : non pas brouiller les pistes et confondre le spectateur, mais faire surgir cette incroyable vérité dans un dispositif laissant toute la liberté aux acteurs.

En effet, pour le réalisateur, le jeu entre réalité et fiction n’est pas un piège tendu aux protagonistes ou aux spectateurs. Autant d’intimité peut rendre mal à l’aise, il en est bien conscient.

« La différence que je vois avec un documenteur, c’est qu’il y a un réel mélange entre les deux pôles. Un documentaire, c’est biaisé quand même, tu choisis ce que tu montres, comment tu le montres, tu agences tout ça. Tout le monde sur le plateau savait ce qui était vrai ou faux. J’ai donné toutes les clés dans le film et dans toutes les communications autour du film. Je n’ai rien à me reprocher du point de vue éthique. »

Car Mon ami Dino ne se base pas sur un scénario traditionnel ni sur des dialogues écrits. « J’avais un scène à scène qui comprenait l’action principale et les lieux. C’était comme une boîte dans laquelle les acteurs devaient évoluer. À partir de là, 100% des dialogues ont été improvisés » raconte-t-il au bout de la ligne, quelques heures avant de s’envoler pour Winnipeg où il accompagne le film.

« Je voulais filmer la vie de Dino, qui est un ami depuis 12 ans. Ce qui m’a fasciné, c’est à quel point il était vrai dans la fiction. C’est un grand comédien, il n’avait qu’à se laisser aller. Il a fait pleurer tout le monde sur le plateau à deux ou trois reprises. Il a rendu tout le monde vrai, même les non-acteurs, comme une oncologue qui apparaît dans le film. Elle m’a demandé ce qu’elle devait faire. Je lui ai dit de suivre Dino. Très vite elle a repris ses habitudes professionnelles tant il était crédible. »

dino-2
Acteur et réalisateur vont main dans la main: Tavarone et Larouche lors de la tournée de promotion du film Photo: Courtoisie

Un jeu aussi intime et généreux a un prix. Larouche raconte que Tavarone s’est tellement investi dans le film, dormant très peu, jouant avec tant d’intensité et sans se protéger, qu’il est tombé malade suite au tournage.

L’aventure de la production indépendante

Jusqu’ici, tous les films de Jimmy Larouche ont été produits grâce à la générosité d’amis et d’investisseurs. Il jouit ces jours-ci d’une première subvention en scénarisation en vue de son prochain projet, une adaptation du roman Mãn de Kim Thuy. Si la production indépendante donne un plein contrôle et beaucoup de liberté au réalisateur, elle comporte aussi beaucoup de difficultés. Il ne cache pas avoir accumulé des « dettes considérables » pendant la production de ses longs métrages. Mais le succès est au rendez-vous.

« Je suis arrivé au bon moment, (Xavier) Dolan venait de le faire. Je pense qu’il faut avoir fait ses devoirs. L’adage voulant qu’on n’ait pas une deuxième chance de produire une bonne impression s’applique ici. J’avais fait près d’une dizaine de courts métrages, des dizaines de publicités et des vidéos corporatives…  J’ai appris mon médium. Il faut beaucoup de temps, d’énergie, d’argent, et ne pas sauter les étapes. Avec les moyens de production actuels, on peut être tentés de se jeter trop tôt dans un projet de long métrage. Il faut prendre le temps de se faire connaître. »

C’est comme ça que Larouche a pu fédérer, pour chacun de ses films, des acteurs chevronnés et volontaires.

« Les acteurs sont comme les cinéastes : ils ont envie de faire des films. S’ils aiment le projet, ils sont prêts à certains sacrifices. Mes deux premiers films ont été tournés à Alma. Ça ne les a pas empêchés d’accepter. Ils savent que mes projets mettent en valeur les comédiens. »

Avec son approche atypique, Jimmy Larouche est un personnage intéressant du milieu cinématographique québécois. Mon ami Dino emmène son œuvre dans une direction nouvelle. On peut parier que ce n’est pas la dernière surprise que nous réserve le réalisateur.

Projection Lundi 17 octobre au Ciné-Club de Chicoutimi