Coup de foudre: une conscience dépouillée

Par Valérie Lefebvre

L’absurde, c’est la raison lucide qui constate ses limites.

˗  Albert Camus, Le mythe de Sisyphe

Après réflexion, je me suis dit qu’il valait mieux en rire qu’en pleurer… Rire à en pleurer ou, plutôt, rire pour ne pas pleurer…

J’étais assise sur le sofa avec mon amoureux, nous filions le parfait amour, nous regardant dans le blanc des yeux jusqu’à la profondeur de nos âmes qui s’arrimaient. C’était une fin de soirée parfaite ; enfin, jusqu’à ce que la voix de Mathieu Baron retentisse à mes oreilles, disant : « Bonsoir tout le monde et bienvenue à l’émission Coup de foudre ».  Prise de curiosité, j’ai prêté une oreille distraite aux propos qui se tenaient dans ce carnage humanitaire d’une durée de 30 minutes (une éternité).

coupdefoudre
Sur le plateau de Coup de foudre, à V-Télé, l’animateur est pieds nus dans ses Adidas Photo: Courtoisie

Des questions profondes et songées y sont posées, du genre : «décris-nous ton premier french», ou encore : «pourquoi avoir choisi cette photo comme photo de profil Facebook ? »  Après avoir entendu les réponses, je me suis soudainement sentie embarrassée devant ce trop-plein de malaises qui se déroulait sous mes yeux. Mes oreilles frisaient et mon cœur saignait, j’aurais voulu me fondre dans le plancher. Je regardais la télévision puis revenais au doux visage de mon amoureux, dont les traits se durcissaient devant ce spectacle. Nous étions tous deux ébahis par la situation grotesque qui se passait devant des centaines de spectateurs, tous témoins et participatifs. Pour ma part, j’ai arrêté d’écouter et j’ai ressenti un mal-être énorme devant cette bouffonnerie, cette mauvaise blague à laquelle je m’efforçais de rire pour ne pas pleurer.

Merde, merde et merde… C’est complètement absurde ! Quel divertissement incroyable que de constater la bêtise humaine en HAUTE DÉFINITION. Quelle est la limite de l’acceptable en matière de « divertissement » ? Ne s’agit-il pas toujours d’un éternel recommencement ? En quoi suis-je censée y trouver mon compte ?  Est-ce que le fait d’entendre des excentricités sortir de la bouche d’individus devrait me conforter dans l’absurdité de notre valeureuse existence humaine ?  Je ne ris pas.

Éric Salvail me fait rire, quand en toute connaissance de cause, il met à son service des acteurs qui se prêtent au jeu de l’autodérision au service du divertissement. Je n’ai pas honte de choisir l’option «soirée télévision» et de rire de bon cœur devant Les recettes pompettes. C’est même très bien que, parmi les tracas quotidiens et les excès de conscience parfois difficile à gérer, la télévision nous permette de nous distraire un peu.  Cependant, je n’encourage en rien les spectateurs qui se portent garants de la stupidité humaine à travers le biais d’émissions qui sont, selon moi, aussi inutiles que le H dans le mot Hawaii.

Ce texte a été publié dans le Griffonnier 114

Laisser un commentaire