Itinéraire d’une radicalisation

Adolescent, Maxime Fiset a ressenti un certain malaise social. Sa découverte fortuite des idéologies néo-nazies, à la fin de son secondaire, l’a engagé sur la pente de la radicalisation. Devenu militant d’extrême droite, le jeune adulte de Québec a fondé la Fédération des Québécois de Souche (FQS). Cet engagement l’a éventuellement mené au bord du gouffre. Après avoir frôlé l’irréparable et connu des démêlés avec la justice, Maxime a décidé de faire marche arrière. Il témoigne aujourd’hui de son expérience dans la radicalisation et du chemin parcouru pour en sortir.

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AP Photo / Tamas Kovac Source: https://sputniknews.com/europe/201603061035860581-uk-eu-brexit/

Maxime Fiset accompagnait le professeure Aurélie Campana lors de sa conférence de la semaine dernière sur le terrorisme et la radicalisation, organisée à l’UQAC par le CELAT. La raison de sa présence était de témoigner de cette réalité de l’intérieur. Ce genre de témoignage est une nouveauté pour l’étudiant en Sciences politiques qui débute une collaboration avec le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV).

Notre entrevue avec Maxime Fiset

Pour lui, la radicalisation prend sa source dans un malaise social et dans une souffrance ressentie par le radicalisé en devenir. Tout jeune, il était préoccupé par des questions d’éthique et de philosophie. Élève brillant cherchant des réponses à ses interrogations, désirant comprendre pourquoi le monde était si loin de son idéal, il a trouvé dans les idéologies d’extrême droite un prêt-à-penser accessible qui lui a permis, temporairement, de résoudre son malaise.

« Ces questions m’ont amené à trouver des réponses qui sont inacceptables en société, mais qui étaient disponibles, faciles, et qui cadraient idéologiquement avec le milieu nationaliste, indépendantiste et classe moyenne dont je suis issu. Dès que le malaise et les questions sont là, tout dépend des réponses qu’on trouve. C’était très séduisant comme idéologie parce que c’est simplificateur, très manichéen, et ça répondait de manière très claire et affirmée à des questions qui n’ont probablement pas de réponse. »

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Source: Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence

La personnalité de Maxime ne cadrait pas dans le rôle du skinhead de rue, pratiquant la violence littérale au quotidien, désignée par l’euphémisme « action directe ». Ceux-ci se méfiaient plutôt de cet intellectuel. Il a donc trouvé sa place dans l’organisation, le discours, la propagande. C’est ce qui l’a mené à fonder, au milieu des années 2000, le forum FQS, dont l’objectif était de fédérer sur une même plateforme la pléthore de groupuscules d’extrême droite au pays et ailleurs.  Dans la foulée de la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, le site a connu une exposition médiatique qui a eu pour conséquence l’arrestation de Maxime Fiset pour propagande haineuse.

« La Sûreté du Québec, escouade de la lutte contre le terrorisme, a obtenu un mandat d’arrestation. Ils sont venus me chercher à l’école et en plus, j’avais un poing américain dans mes poches. À l’école. Ce qui en dit long sur la violence de la mentalité d’extrême droite, même si elle ne s’affiche pas comme telle. Ça a été un énorme vecteur de radicalisation pour moi. »

En effet, cette arrestation a imposé des situations qui ont eu pour effet de l’isoler davantage. Les portes se fermaient, les dos se retournaient. L’accès à internet lui était interdit et il a dû quitter son emploi. La FQS est passée entre d’autres mains. Dans cette isolation, ses idées ont trouvé une réverbération qui a contribué à accélérer le processus de sa radicalisation.

« Quand on tourne le dos au reste du monde, nos propres idées nous semblent plus claires, plus intelligentes et profondes. Chaque petit événement vient prouver que tu as raison. Jusqu’au point où j’étais profondément déprimé et où j’envisageais de poser un acte violent pour mettre fin à ma vie et à celle d’autant de personnes que possible que j’aurais jugé coupable de crime contre la nation, ou de n’importe quelle niaiserie comme ça. »

Pour Maxime Fiset, cette étape de la radicalisation est comparable à un gouffre. Il faut en avoir entrevu le fond pour ressentir un déclic. Vient un moment où il faut choisir entre plonger tout au fond ou reculer. S’il n’arrive pas à identifier le moment où il a décidé de se désengager de cette pente dangereuse, Maxime a néanmoins entrepris un processus de déconstruction idéologique. Pour ce faire, il n’existe pas de solution miracle, d’approche globale. Il faut continuer à questionner le malaise qui est à l’origine du processus de radicalisation, mais en augmentant les sources d’information et les paramètres de réflexion. Surtout, selon Maxime Fiset, il faut éviter les sophismes.

Éthique et philosophie

Avec le recul, Maxime Fiset réalise à quel point les idéologies d’extrême droite reposent sur des sophismes souvent volontaires. Maintes fois démontés, leurs arguments ont la vie dure et continuent à se répandre même s’ils sont tronqués. Par exemple, s’il témoigne aujourd’hui, c’est entre autre pour démentir la perception que la violence politique soit associée aux musulmans. À ses yeux, les groupes d’extrême droite qu’il a fréquenté sont largement plus violents et dangereux. Mais leurs actes ne sont pas nécessairement identifiés comme crimes haineux.

À plusieurs reprises pendant son passage au Saguenay, comme il l’avait fait à la Conférence de l’UNESCO sur le terrorisme tenue à Québec au début novembre, Maxime Fiset a prôné un enseignement éthique et philosophique dès l’école primaire. Une telle approche permettrait à des jeunes vivant un malaise social de trouver des réponses ailleurs que dans les sophismes des idéologies extrémistes, de se défendre face à la propagande et au mensonge. Toute la société, toutes les interactions bénéficieraient selon lui d’une telle formation à l’esprit critique. Il travaille présentement à définir ce projet avec le CPRMV.

Après être retourné aux études et avoir connu la paternité, Maxime Fiset espère devenir une force positive. Il constate qu’il était très confortable de s’isoler des autres cultures et des autres idéologies. Mais aussi que la vraie force se trouve dans l’ouverture et le vivre-ensemble.

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