//Nirliit : Et ça faisait longtemps qu’un roman ne m’avait pas émue comme ça

Nirliit : Et ça faisait longtemps qu’un roman ne m’avait pas émue comme ça

Par Ann-Élisabeth Pilote

« T’as-tu quelque chose à me conseiller comme lecture Ann? J’aimerais ça lire quelque chose de bon en ce moment, quelque chose que t’as aimé. » Puisque j’étudie en littérature, il arrive souvent que mes amis, avides de découvrir de nouvelles facettes de l’existence humaine, me demandent conseil. Aux prises avec ma propre subjectivité, je sais rarement quoi leur proposer : il y a tant d’œuvres et je lis beaucoup, et je ne lis pas assez.

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Nirliit aux éditions La Peuplade

Pourtant, même si tout cela m’étourdit, une œuvre reste parfois gravée en moi plus longtemps que les autres, elle s’attache même si, comme d’habitude, j’ai senti ses pages une dernière fois, j’ai inscrit mon nom à l’intérieur et je l’ai rapidement rangée dans ma bibliothèque pour en commencer une autre. Et occasionnellement, je me surprends à voir cette œuvre ressurgir lorsque je me brosse les dents. Les sourcils froncés, je vois mon reflet dans le miroir – j’ai l’air un peu bête − et je me demande ce que j’aurais fait à la place de tel ou tel personnage. En voiture, je regarde la route défiler, je repense aux descriptions et j’admets que quand même, on s’attache beaucoup à la narratrice. Et couchée dans mon lit le soir, juste avant de m’endormir, je me dis « oui, admettons-le, ce roman fonctionne bien sur le plan affectif».

Parce que c’est surtout ça, la littérature qu’il faut lire et qui vaut la peine d’être lue : c’est celle qui réussit à impliquer affectivement la lectrice et à s’emparer d’une partie d’elle-même. Nirliit, c’est ce roman que l’on traîne partout jusqu’à ce qu’il soit terminé, dont on lit les dernières pages pendant le cours de méthodologie, quitte à ne jamais savoir utiliser le logiciel EndNote; c’est ce bouquin qui est beau et qui sent bon et qui raconte une histoire à nous faire pleurer, à nous donner des frissons et à s’y reconnaître. Juliana Léveillé-Trudel m’a fait pleurer. J’ai aimé sa façon de parler du Grand Nord et de ses habitants autochtones, mais aussi son jugement critique sur elle-même et sur les Blancs.

L’auteure nous transmet les drames shakespeariens des quatre étés qu’elle a passés à Salluit. S’improvisant ethnologue, elle dresse un portrait bien à elle des lieux, de la mort et du chagrin, mais aussi des rapports entre les humains qui y vivent. La lectrice se surprend à ressentir un espoir très vif pour ces jeunes aux cœurs brisés. N’ayant jamais eu de réel contact avec les autochtones mis à part dans les livres d’histoire, je ne savais pas, je n’avais pas idée de ce que pouvait être leur réalité. Dans Nirliit, on vit et on meurt dans les yeux d’une narratrice qui s’implique dans un environnement beau et glacé. Oui, voici l’œuvre que je conseille en ce moment.

Éditions La Peuplade

Ce texte a été publié dans Le Griffonnier 115