//Les nombrils, ou «comment étudier et avoir des enfants»

Les nombrils, ou «comment étudier et avoir des enfants»

Par Andréanne Gagné

Ce matin, je me suis réveillée avec mon nombril du monde. On est si bien ensemble.

Ce matin, je n’avais rien d’autre à faire que de m’occuper de lui. Alors, après le déjeuner, mon nombril et moi sommes partis pour le bureau. Nous avons tellement de projets, d’activités et de plans, mon nombril et moi! En plus, j’ai eu tout le loisir pour lui faire une beauté. Et ce soir, avant de sortir, je pourrais lui en faire une autre si ça m’chante. Parce que je peux sortir le mardi ou le mercredi avec mon nombril. J’peux le traîner partout, quand j’veux, quand ça m’tente; il ne me contrarie jamais.

Et puis ce matin, comme ça, j’ai pensé à toi.

Woman juggling domestic obligations
Source: Pablo Blasberg via Getty Images

À toi qui a partagé ton nombril. À toi qui, chaque matin, chaque soir, dois t’occuper de trois autres nombrils parce qu’ils dépendent de toi. Et tu fais de ton mieux pour leur offrir ce qu’il y a de meilleur, pour leur montrer comment aller dans le monde et s’en sortir. Alors quand je suis bien assise avec mon nombril autonome et indépendant devant mon ordinateur, mes livres et ma liste de travaux à rédiger d’ici la fin décembre, je pense à toi qui dois en faire de même avec trois enfants. Pis j’ai eu envie qu’on s’en parle.

En quelques mots, comment résumerais-tu ton parcours depuis le début de tes études ?

J’ai travaillé durant cinq ans en milieu de garde avant d’entamer des études universitaires à temps partiel en 2005 dans le domaine de la petite enfance à l’UQAM. J’étais alors technicienne en éducation à l’enfance à temps plein et je faisais un certificat en pédagogie en même temps, lequel s’est finalement transformé en baccalauréat puis en maîtrise ! À travers tout ça, j’ai eu mes trois enfants.

Entre ton baccalauréat et ta maîtrise, tu es déménagée avec ta famille à Saguenay; tu travailles aussi maintenant à ton compte, il me semble ?

En effet, j’ai démarré en 2011 une entreprise de coaching familial (soutien parental). Je travaille encore sur ce projet.

Et comment arrives-tu à arrimer tout ça ?

L’organisation ! En fait, les choses se placent assez bien d’elles-mêmes. Pour être franche, je ne me suis jamais demandé comment faire pour étudier et avoir des enfants… Je voulais fonder une famille; mon conjoint et moi étions, disons, rendus là. Au départ, je ne faisais qu’un certificat, puis tout ça est devenu un projet de maîtrise. Les cours de soir et les cours par correspondance, avec des enfants, c’est génial. Ça aide beaucoup pour s’organiser et concilier travail-études-famille.

Comment ça se passe  pour les travaux et les séances d’étude?

J’étudie quand les enfants sont couchés. Même quand je suis plus fatiguée, je m’installe et je le fais. Pour les travaux d’équipe, c’est plus compliqué parfois de planifier les rencontres en raison de mon horaire chargé (parce que, oui, avec trois enfants dont deux vont maintenant à l’école, je suis assez occupée (rire)). Mais en ayant une routine stable mais malléable, il est plus facile de s’organiser.

Et tes enfants, ils trouvent ça comment que maman aille à l’école ?

Les enfants tripent ! J’ai toujours été très présente; sauf un soir par semaine. J’arrive aussi à faire mes lectures et mes travaux quand les enfants sont là. Ils sont aussi très curieux : ils fouillent dans mes livres, me posent des questions. Je crois que cela les éveille au désir d’apprendre et à la curiosité surtout. Est-ce que c’est ça qui joue un rôle? Je ne sais pas, mais ils m’ont toujours vu faire… alors maintenant qu’ils vont à l’école, ils ont envie de faire comme maman (rire). Il nous arrive même de faire nos « devoirs » ensemble !

Qu’aurais-tu envie de dire à ceux et celles qui aimeraient avoir des enfants pendant leurs études?

Attachez vos tuques ! Sérieusement, si tu t’arrêtes et te dis : « comment je vais faire ? », tu vas trouver mille raisons de ne pas le faire. On est jamais tout à fait prêt… mais tout est faisable. Je dirais qu’il faut savoir s’organiser, oui, mais surtout qu’il faut savoir lâcher prise, dans le sens où tout ne sera pas parfait. Il se peut que le ménage ne soit pas fait une semaine, ou encore que le linge propre ne soit pas plié. Je voulais fonder une famille, que ce soit en travaillant à temps plein ou en étudiant. Alors comment on fait pour étudier et avoir des enfants ? On se débrouille. On ne fait pas pitié, au contraire ! Je suis franchement heureuse d’avoir mes trois enfants et mes projets d’études. Je ne dirai jamais que c’est facile, mais ce n’est pas difficile non plus. Il faut savoir aussi que le train de vie avec enfants est bien différent ! L’expérience étudiante sera donc elle aussi différente.

Enfin, que penses-tu d’un projet comme celui de la Halte-garderie?

Je crois que, ne serait-ce que pour les rencontres de travaux d’équipe, ce projet aidera les parents-étudiants. Cela facilitera certainement la conciliation travail-études-famille. J’ai aussi entendu parler dernièrement de la Journée Parents-Enfants qui me semble être une activité intéressante. Je n’ai pas plus de détails à te donner pour le moment, je vais me pencher là-dessus (clin d’œil).

Julie Lachapelle est maman, étudiante et coach familial chez les Poppins.

Page Facebook Les Poppins 

Ce texte a été publié dans Le Griffonnier 115