//Indian Time : donner la parole

Indian Time : donner la parole

Dans le cadre de l’inauguration du Pavillon de la culture des peuples autochtones, le long-métrage documentaire Indian Time sera projeté vendredi à l’UQAC. Il s’agira d’une première diffusion pour le film, hors des communautés autochtones où il a été tourné. Le réalisateur saguenéen Carl Morasse est venu dans nos studios pour discuter de cette œuvre nécessaire.

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Photo: Courtoisie

Si Indian Time est l’œuvre d’un blanc, le documentaire est soutenu par la volonté de laisser les protagonistes, tous autochtones, s’exprimer : laisser le temps, donner la parole, observer les gestes, les visages, le paysage et le territoire. Tourné sur une période de cinq ans, alors que le cinéaste, professionnel de recherche à la Boîte Rouge Vif, allait à la rencontre de l’ensemble des peuples présents sur le territoire québécois, le film résulte d’une démarche respectueuse, effacée.

« En tant que cinéaste, je suis beaucoup plus un médiateur. Je ne fais pas des films sur l’autochtonie, où Carl Morasse dirait ce qu’il pense des autochtones. J’essaie de transmettre une réalité, en faisant valider ce que je fais par les gens qui sont dans les images. Ils nous indiquent quoi filmer, quels gens filmer et quels discours aller chercher. En tant que médiateur culturel, je ne prends jamais vraiment position. Je voulais que les spectateurs aient le temps de rencontrer et d’écouter ce que les gens ont à dire. »

Notre entrevue avec Carl Morasse

Le pari du cinéaste est des plus réussis. Indian Time est constitué d’un maillage entre des scènes impressionnistes, souvent très belles, sensuelles, et des rencontres avec des protagonistes issus de plusieurs nations. On voyage entre les langues, les tonalités, les thèmes aussi : fierté identitaire et culturelle, nourriture, savoir-faire, humour… le film ne cherche pas à donner de leçons mais à transmettre les choses qui sont chères à ceux qu’il laisse s’exprimer.

Le meilleur exemple de cette approche est peut-être l’évocation des abus sexuels subis par de nombreux autochtones. Ici, pas de revendication ni même de témoignage. Seulement une scène montrant une cérémonie où les membres de la communauté de Mani-Utenam se préparent à incendier un lieu où se sont déroulés de nombreux abus. Cette image fixe et pudique, les chants, les pleurs, en disent bien plus que des mots.

«  Je ne voulais pas en faire un film pamphlétaire. Je ne cherchais pas à être un porte-parole ou un défenseur de l’autochtonie. Je ne voulais pas instaurer un sentiment de culpabilité. Pour moi, ce qui est important et politique, ce sont les gens qui portent le discours et non le discours en soi. »

Le Peuple invisible

Cette expression, que l’on doit à un documentaire de Richard Desjardins et Robert Monderie, s’applique également à celui de Carl Morasse. Avec sobriété, le film permet d’aborder un nombre impressionnant de sujets et de visiter une foule de lieux. Ce qui frappe le spectateur allochtone, c’est à quel point ces lieux, ces gestes et ces activités lui sont invisibles. La forêt, le nord ne sont pas des déserts. Le territoire est occupé, les occupants sont actifs, mais toute cette réalité lui échappe. Par ignorance, par manque d’intérêt, par une vision étroite du territoire et des cultures qui le façonnent, les blancs passent à côté d’une richesse que les peuples autochtones sont prêts à partager. Ce sentiment est très présent tout au long du film.

L’objectif de Carl Morasse était de susciter des liens, une curiosité entre allochtones et autochtones. En ce sens, le film et son approche sont nécessaires et des plus efficaces. Comment des pratiques si anciennes ont-elles pu rester si longtemps invisibles, ignorées? Indian Time parvient à en invoquer tout un pan.

«  Le territoire est aussi immense que la méconnaissance des québécois de leur propre terrain. Que les spectateurs se rendent compte que le territoire est immense, c’est politique. »

Le film se termine sur une invitation à rencontrer, à visiter les nations qui peuplent le Québec. Selon le cinéaste, les occasions de le faire sont nombreuses. Les Premières Nations multiplient aujourd’hui les contextes de rencontre, que ce soit par le biais de festivals culturels ou encore de sites de villégiature.

Carl Morasse sur l’hospitalité autochtone

Carl Morasse poursuivra dans les mois qui viennent sa tournée des communautés autochtones du Québec pour y présenter son documentaire. Le film a été très bien reçu dans celles qu’il a déjà visitées, les spectateurs autochtones s’y reconnaissent et s’entendent sur la nécessité de sa diffusion, notamment auprès des blancs. Ce qui est le but ultime de l’opération. Aujourd’hui plus que jamais, Indian Time est l’un de ces films que tout le monde devrait voir.

Indian Time, vendredi 25 novembre à 13h, P0-5000, entrée libre.

Notre dossier sur l’inauguration du Pavillon de la culture des peuples autochtones:
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