//Recherche en région: négligée mais féconde

Recherche en région: négligée mais féconde

Le magazine Découvrir, de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), publiait en novembre un dossier sur la recherche en région. Le professeur Pierre-André Tremblay de l’UQAC, qui a codirigé ce dossier, nous en présente les grande lignes.

Les réalités de la recherche diffèrent selon qu’on se trouve dans un grand centre ou en région périphérique. Chaque université développe des créneaux qui correspondent généralement à leur milieu. Ainsi, les thématiques de recherche se distinguent, tout comme les méthodologies. Le dossier de Découvrir met notamment de l’avant une certaine perméabilité au milieu extérieur à la recherche, impliquant davantage de collaborations et de partenariats.

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Photo: Guylain Doyle / UQAC

« La façon dont on va devoir travailler quand on est en région nous incite fortement à collaborer avec le milieu. On est dans des ensembles où il y a finalement assez peu de gens. Les universités à l’extérieur des grandes villes sont plus difficilement des tours d’ivoire. On est très perméables au milieu environnant. Il est très difficile pour des universitaires de se refermer sur eux-mêmes et d’oublier qu’ils font partie d’un milieu qui les pénètre. »

Les chercheurs sont donc poussés à développer des approches collaboratives plus ouvertes, jusqu’à reconnaître volontiers une expertise aux acteurs du terrain. Par ailleurs, les réalités régionales comptent des défis spécifiques, que l’on pense à la revitalisation économique, à la dépopulation ou à l’accès au marché du travail.

Notre entrevue avec Pierre-André Tremblay

« Ce qui fait que la recherche en région est souvent très orientée vers la solution de problèmes. Ce qui ne veut pas dire qu’on travaille comme des myopes, mais ça veut dire qu’il est plus difficile de travailler à la connaissance pour la connaissance. »

Concentration des financements de la recherche

La recherche moderne demande généralement des moyens considérables, soutenus par de grandes équipes. Il est plus rare de trouver de telles équipes en région, où l’on trouve moins d’étudiants et de professeurs. Une étude récente de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) faisait état d’une tendance à la concentration des financements dans les grands centres. Suite à cette publication, le doyen de la recherche et de la création à l’UQAC, Stéphane Dallaire, se disait inquiet même si la recherche se porte encore plutôt bien au Saguenay. Pierre-André Tremblay décrit ce mécanisme :

« Lorsqu’on regarde l’orientation des grands fonds de recherche, en particulier fédéraux, on se rend compte que la lourdeur des sommes impliquées et demandées est telle que ça ne peut pas se faire avec deux pelés et un tondu; ça demande de grosses équipes. Et voilà où le bât blesse : de grosses équipes, il y en a assez peu en région. De plus petites équipes auront plus de difficulté à compétitionner à armes égales avec les grandes villes. Il n’y a pas de mauvaise volonté de la part des organismes subventionnaires, mais quand la recherche demande plusieurs dizaines de millions de dollars, il est évident qu’il faut une masse critique de chercheurs et d’infrastructures pour utiliser ces sommes-là. »

Quant à la participation de l’entreprise et du privé aux activités de recherche, Pierre-André Tremblay constate que si elle est plus visible, elle n’est pas typique des périphéries. Un plus petit nombre d’entreprises impliquées rend leur présence plus sensible. Mais les grandes universités multiplient également ces partenariats avec le privé. Une tendance que Paul-André Tremblay a vu s’installer pendant ses 40 années de fréquentation du milieu universitaire.

Un dossier très riche

Le dossier du magazine Découvrir met en valeur le travail de nombreuses équipes de recherche oeuvrant en région. Les directeurs du dossier s’étaient donné comme objectif de couvrir un large territoire. Les différents textes présentés prennent plusieurs formes, que ce soit des entrevues, la présentation de problématiques de recherche ou des études de cas. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean les directeurs ont sollicité une présentation du groupe ÉCOBES du Cégep de Jonquière, dont l’expertise dans le champ de la persévérance scolaire dépasse les frontières de la province

« L’intention était de montrer qu’il se fait de la recherche dans les diverses régions du Québec, en lien avec le milieu, et que les universités ne sont les uniques partenaires de ces recherches. Il y a toujours des collaborations extrêmement étroites avec les cégeps locaux. S’il y a peu d’universités au Québec, il y a un très grand nombre de cégeps, où l’on ne fait pas que de l’enseignement en classe. On y fait bien plus de choses. Ceci n’est pas unique aux régions, mais c’est certainement qualitativement plus remarquable en région que dans les grands centres. »

Dossier Régions de la revue Découvrir

Rapport de l’INIS L’Innovation en recherche universitaire: austérité et arrimage aux intérêts du secteur privé