//Centres d’amitié autochtone : combattre la stigmatisation

Centres d’amitié autochtone : combattre la stigmatisation

Plusieurs instances issues du monde autochtone étaient présentes la semaine dernière à l’UQAC pour l’inauguration du Pavillon de la culture des peuples autochtones. Parmi les invités, on trouvait mesdames Tanya Sirois, directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtone du Québec (RCAAQ) et Édith Cloutier, directrice du Centre d’amitié autochtone de Val d’Or. Nous avons profité de leur présence pour discuter des barrières rencontrées par les membres des premières nations en contexte urbain, et plus particulièrement de la situation qui oppose des femmes autochtones de Val d’Or à la Sûreté du Québec.

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Édith Cloutier et Tanya Sirois à l’UQAC le 24 novembre dernier Photo: Courtoisie RCAAQ

Pour Tanya Sirois, l’inauguration d’un pavillon dédié aux activités culturelles et éducatives conçues pour les autochtones tombe à point, alors que le RCAAQ est en consultation avec le Ministère de l’éducation. L’une des premières raisons pour lesquelles les jeunes quittent les réserves est l’éducation. Le regroupement se penche donc particulièrement sur cette dimension afin de permettre une véritable participation des Premières nations au développement socio-économique. Madame Sirois définit l’importance d’un tel lieu :

« Comment mettre en place tous les éléments pour favoriser non pas une intégration, mais une inclusion des élèves autochtones dans la société québécoise et canadienne? Les autochtones ont envie d’avoir un lieu où ils se sentent bien, reconnus, où ils peuvent exprimer leur fierté, et où ils pourront recevoir des services qui sont culturellement pertinents et sécurisants pour eux. »

Notre entrevue avec Édith Cloutier et Tanya Sirois

Ce sentiment de sécurité et d’être à sa place est important à cultiver, puisque selon Tanya Sirois, le racisme est le principal défi que rencontrent les autochtones lorsqu’ils quittent leur communauté d’origine. Une certaine méfiance existe, qu’il faut arriver à surmonter. Que ce soit pour trouver un logement ou un emploi, pour accéder aux services en éducation, en santé ou dans le système de justice, les obstacles sont nombreux et peuvent être lourds. Les Centres d’amitié autochtones veulent créer des ponts et sensibiliser la population allochtone à ce racisme considéré comme systémique.

Racisme systémique

On parle d’un problème systémique lorsqu’il s’est immiscé en profondeur dans les habitudes et les préconceptions des personnes et des institutions. Ces habitudes peuvent être si ancrées qu’une personne de bonne foi peut les perpétuer sans même en prendre conscience.

Dans la dernière année, Édith Cloutier a été confrontée à cet aspect alors que de nombreuses femmes d’origine autochtone de Val d’or, auxquelles elle prête sa voix et son soutien, voient leurs témoignages remis en cause. Elle attribue à l’avocate Fannie Fontaine l’apparition dans le débat public de cette notion de racisme systémique.

« Le DPCP, l’instance des procureurs, a finalement abouti à la conclusion que sur 37 dossiers à Val d’or, 100% n’ont pas de suite. On comprend que les gens ne savent pas ce qu’est le racisme systémique. On a un apprentissage collectif à faire pour cerner cette réalité, en saisir la portée: une culture, des pratiques, des politiques publiques teintées d’une vision coloniale face aux autochtones. On a cet héritage au Québec qui vient teinter les actions gouvernementales et institutionnelles. On a lancé un grand débat qui doit aller au fond des choses. On a franchi une étape importante, qui était de nommer cette réalité-là. Maintenant il faut l’étudier, d’abord dans le contexte de l’autorité policière, et possiblement dans le système de justice. »

Si Édith Cloutier salue l’effort de la Sûreté du Québec pour trouver des solutions aux problèmes, telles que l’établissement d’un poste mixte communautaire annoncé la semaine dernière, elle milite pour que les problématiques soient étudiées en profondeur avant d’improviser des pistes de solution. Ces projets peuvent s’avérer coûteux. Ils pourraient également rater leur cible si les analyses ne sont pas faites et si les personnes concernées sur le terrain ne sont pas consultées. C’est pourquoi plusieurs voix se font entendre pour réclamer une commission d’enquête indépendante sur le sujet. Tanya Sirois précise :

« Ce n’est pas populaire de dire qu’une société est raciste envers ses premiers peuples. Mais il faut se questionner, et une fois les choses dites, on peut tous travailler ensemble en tant que société pour voir ce qu’on peut mettre en place pour que les gens puissent faciliter leur inclusion dans la société. Le rapprochement entre les peuples, ce n’est pas de tracer une ligne avec les Premières nations d’une côté et les québécois de l’autre. On a tous à gagner de la culture de l’un et l’autre. Il n’y en a pas une meilleure que l’autre. »

Fierté autochtone

Lors de son passage à Chicoutimi, Édith Cloutier a reçu la Médaille de l’UQAC, une importante distinction qui n’avait pas été remise depuis 2004. Attribuée à madame Cloutier ainsi qu’à Clifford Moar et Jacques Newashish, la médaille vise à souligner la contribution exceptionnelle de ces personnes au développement social et culturel de leur communauté. Pour Édith Cloutier, cette reconnaissance est surtout l’occasion d’une prise de parole. Dans son discours lors de la cérémonie de jeudi dernier, elle a tenu à saluer le courage des femmes de Val d’Or qui ont dénoncé les abus dont elles disent avoir été victimes. Tanya Sirois croit que les choses changent pour la jeune génération autochtone.

« Dans les années 80-90 et même avant, ce n’était pas nécessairement une fierté de dire qu’on venait d’une première nation. On le cachait pour se protéger du racisme et du jugement des gens. La nouvelle génération est une belle génération. Les jeunes sont fiers et ils ont besoin de lieux comme ici au pavillon pour exprimer cette fierté-là. Il faut leur donner les outils et les moyens pour rendre cette fierté possible. »

Notre dossier sur l’inauguration du Pavillon de la culture des peuples autochtones:
Inauguration du Pavillon de la culture des peuples autochtones

Un pavillon pour les cultures autochtones

Rassembler les services aux Premières nations

Indian Time: Donner la parole