Parce qu’au Saguenay on se soucie de l’environnement

Ce qu’on a de plus cher dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est l’environnement naturel (un véritable paradis sur terre), qui d’ailleurs attire de nombreux touristes tout au long de l’année. En hiver comme en été, la région offre une riche panoplie de sports et d’activités au sein de la nature, le tourisme d’aventure constituant ce que le Saguenay a de plus attrayant. Cependant, des espaces aussi vastes attirent forcément les grandes entreprises, et pour ces machines économiques la nature est le dernier des soucis.

Par Amira Ben Rejeb

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Source: http://www.borealisation.org/borealisation-soppose-au-projet-de-port-methanier-energie-saguenay-2/

Toutefois, l’entreprise GNL Québec propose une opération qui menace toute la région : le projet Énergie Saguenay. Il s’agit de construire d’abord une centrale de liquéfaction de gaz qui aurait pour capacité de produire 11 millions de tonnes par année, puis il faudrait ensuite transporter le méthane liquéfié en Europe à bord de trois paquebots chaque semaine. D’après ma source Adrien Guibert-Barthez, vice-président aux affaires externes du MAGE-UQAC, les responsables du projet sont des Américains et des Canadiens de l’Ouest et ce projet ne générerait aucun profit économique réel pour les gens de la région. De nombreux organismes se sont positionnés contre le projet, qui menace autant l’environnement que l’économie du tourisme au Saguenay. Parmi ceux-ci, on retrouve le MAGE-UQAC, qui rassemble plus de six mille membres. Ainsi, notre association n’a pas hésité à montrer son désaccord avec le projet Énergie Saguenay. Adrien Guibert-Barthez s’occupe de ce dossier et va pouvoir nous éclairer sur la question.

Quel est l’intérêt principal de ce projet et qui sont les principaux propriétaires?

Le projet Énergie Saguenay vise à apporter du gaz de l’Ouest canadien et américain. Ce serait principalement du gaz de schiste qui serait exporté en Europe, puisque les Européens se cherchent un nouveau partenaire en énergie suite à la complication des relations géopolitiques avec la Russie, qui était leur fournisseur essentiel en ce qui concerne cette ressource. Cependant, vu que le prix du pétrole et du gaz va en diminuant, l’intérêt économique de cette opération semble peu convaincant pour le Canada.

Y aura-t-il des avantages pour la région, économiquement parlant ?

Au niveau de la création d’emplois, ça reste très flou, et si on suit la revue de presse on retrouve trois chiffres différents (publiée dans la « communication des officiers »). L’entreprise annonce 4000 postes liés à la construction de l’usine en 2018, mais ce ne seraient pas des emplois à plein temps. Les postes seront assurés par des entreprises qui se trouveront peut-être à l’extérieur de la région, puisqu’il s’agit d’une usine hautement sophistiquée à laquelle il faut une main d’œuvre spécifique. Rien ne garantit donc que des entreprises locales seront engagées.

L’équipe du projet annonce sur son site qu’elle a des spécialistes en environnement qui travaillent à limiter les risques. Jusqu’à quel point peut-on se fier à ce travail et quelles en sont les limites?

Les risques environnementaux dans un pareil projet ne peuvent pas tout simplement être limités, même avec la meilleure intention du monde. Les raisons sont multiples :

D’abord, le produit est hautement toxique et polluant pour l’atmosphère. Pour donner des chiffres, le méthane serait 23 fois plus polluant que le CO2.

Ensuite, il y a un risque toujours présent dans la manière d’extraire le gaz de schiste des couches sous-terraines. Des produits hautement toxiques sont injectés dans le sol afin de fracturer les roches et en extraire le gaz de schiste. Il y a donc souvent des émanations de gaz, ce qui influe sur l’eau et la terre.

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Gasland, un documentaire américain sur la fracturation hydraulique. L’eau devient inflammable à cause de la présence du gaz de schiste. Source: http://www.20minutes.fr/planete/577633-20100612-planete-gasland-documentaire-choc-tombe-mal-industrie-petroliere

Alors, avec tout ça, le gazoduc qui sera construit devra traverser le parc des Laurentides et plusieurs cours d’eau importants. Par la suite, si le gazoduc est créé, il est fort probable qu’on en crée un autre pour le pipeline (une option dont le projet ne parle pas encore, ce qui peut mettre en doute la transparence de l’équipe).

Au niveau de l’usine de liquéfaction, il faut refroidir le méthane à -60 et plus en utilisant des produits beaucoup plus polluants que le CO2, comme l’azote liquide, qui est extrêmement toxique pour la faune, la flore, l’eau et l’air.

Cette usine serait construite sur le bord du port de Grande-Anse au Saguenay et le roulement quotidien de l’usine produira beaucoup de pollution sonore. Non seulement le bruit de l’usine gênera tous les habitants du voisinage, mais aussi il aura des impacts sur le Cap-Jaseux, une entreprise qu’on considère comme un joyau de la région et qui attire beaucoup de touristes. Le voisinage est constitué essentiellement de villégiatures, de chalets, d’activités de kayak de mer, d’escalade et d’arbre-en-arbre; avoir une usine pareille à proximité ainsi que trois paquebots par semaine qui vont et qui viennent menace ces activités et la réputation du Saguenay en tant que région touristique.

De plus, il faut rappeler que Saguenay possède un parc marin où se trouvent des espèces rares de baleines (des bélugas) et, en ce moment, il y a une demande en cours à l’UNESCO pour placer le site comme réserve mondiale. Alors, d’une part on essaie de resserrer les règles pour protéger cette faune unique et de l’autre on a GNL Québec qui propose ce projet contradictoire à la requête environnementale.

Pour en finir avec tous les risques qui peuvent toucher notre région, il y en a un autre géographiquement et géologiquement incontestable : c’est que le Saguenay est une zone sujette aux tremblements de terre. En cas de séisme, le gazoduc et le pipeline ne tiendront pas, ce qui peut conduire à une catastrophe environnementale importante.

Mais quelles sont les positions des organismes environnementaux de la région?

La population n’est pas encore très informée, car il y a très peu d’articles de journaux sur le sujet, le projet en étant encore qu’à ses tous débuts. La décision pour l’approuver se prendra dans un an et demi, soit en 2018, et la construction devrait commencer en 2021.

Le projet de construction est prévu pour 2018. Comment comptez-vous manifester votre désaccord avec le projet Énergie Saguenay et empêcher son implantation ?

Au niveau du MAGE-UQAC on vise surtout à faire des campagnes d’information et de sensibilisation. D’abord sur le campus, puis on contactera les organismes du tourisme d’aventure. Il faut dire que le maire est favorable au projet tandis que Mireille Jean (la députée de Chicoutimi) se pose encore beaucoup de questions à son propos. Il y a eu un projet similaire par le passé (le projet Rabaska d’importation de gaz) qui a été refusé par la volonté de la population locale qui le jugeait très dangereux. En tout cas, il n’y a personne qui peut être aussi bien placé pour prendre position que la population directement touchée : après tout, elle est la seule à récolter les conséquences de telles mesures plus tard.

Si le projet passe, aura-t-on la possibilité de mettre sur pied un comité qui représenterait ceux l’ayant refusé, et ce, pour défendre l’environnement?

Pour être clair, le seul moment où on peut dire oui ou non au projet, c’est maintenant. Pire encore, si jamais le projet passe cela ouvrirait la voie à d’autres projets dangereux pour la région. L’entreprise pourrait non seulement se passer de l’avis de la population, mais elle pourrait aussi créer un autre pipeline sur le même tracé sans passer par le BAPE. Pour vous rassurer, si les gens sont assez informés et qu’ils disent NON à Énergie Saguenay, ça ne pourra pas passer, suivant la loi de l’environnement (à travers le BAPE).

Merci à Adrien d’avoir accordé du temps au Griffonnier afin de diffuser l’information et de contribuer à la prise de conscience de notre communauté étudiante. Il faut espérer que la population va agir contre ce projet dangereux pour notre région.

Ce texte a été publié dans Le Griffonnier 116

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