//La dépendance affective

La dépendance affective

Pourquoi tombons-nous en amour avec quelqu’un que nous ne connaissons qu’à peine? Nous sommes attirés par une personne qui, souvent, a les mêmes manques amoureux que nous. L’autre personne nous complète, nous unifie. Il faut toutefois faire attention avec notre façon d’exprimer notre amour, le danger étant la dépendance affective. D’un côté, il y a des dépendances qui sont saines, ce sont celles que l’on connaît le plus. Elles contribuent au développement ou au recouvrement de la santé (physique, psychologique ou autre) et au bonheur. De l’autre côté, il y a des dépendances qui sont nocives, elles sont plus méconnues, mais pas moins populaires. Elles sont reconnues surtout au niveau des problèmes de toxicomanie comme étant l’interaction excessive ou compulsive envers une substance pour éviter de ressentir des émotions intenses, des problématiques psychiques ou encore de l’inconfort liés au sevrage. La dépendance malsaine est aussi possible dans les relations amoureuses.

Par Marie-Ève Larrivée

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Photo: Volkan Olmez / unsplash.com

Ce qui suit manifeste des exemples excessifs des comportements dépendants. Ne vous en faites pas, si vous correspondez à certains critères, votre dépendance n’est pas nécessairement mauvaise.

Il y a deux axes importants dans la dépendance affective, soit la plus connue, la dépendance fusionnelle, et la plus méconnue, la dépendance solitaire. Même si fondamentalement elles sont différentes, elles partagent le même but: trouver chez l’autre son centre de gravité, sa raison de vivre, son bien-être existentiel.

La dépendance fusionnelle

Elle se manifestera souvent par un comportement dit «envahissant». Souvent, la personne fusionnelle s’attachera à des personnes inaccessibles et ne saura pas bien déceler les signes d’un désir (ou d’un non-désir) d’attachement par quelqu’un d’accessible. C’est le genre de personne qui dira que tout le monde essaie de la séduire alors que ce ne sera pas nécessairement le cas. Cette dépendance cache bien souvent une faible estime de soi, une peur du jugement. Cette personne n’aura pas l’impression d’exister sans l’autre, que ce soit dans une relation amicale ou amoureuse. La personne fusionnelle aura, bien souvent, de la difficulté à reconnaître ses propres besoins. Elle se consacrera presque uniquement au bien-être de l’autre et elle devra tout faire pour plaire. Elle consacrera une part significative de sa vie à la réussite de l’autre. C’est aussi la personne qui évitera les conflits par peur de déplaire, qui évitera les confrontations et qui aura besoin constamment de donner de l’amour pour se sentir aimée en retour. Elle culpabilisera souvent lorsqu’elle se fera plaisir (sortira avec ses amis sans son conjoint, par exemple), parce qu’elle aura l’impression d’avoir blessé l’autre. Ainsi, elle aura tendance à se priver beaucoup et sera très patiente.

Tous ces comportements cachent un être fidèle à l’extrême, une crainte criante d’abandon, mais surtout un être profondément blessé.

La dépendance solitaire

La personne dépendante solitaire démontrera une grande autonomie et semblera n’avoir besoin de personne. C’est souvent la personne qui dira qu’elle n’a pas besoin de s’attacher. Au fond, l’attachement lui fait peur, mais elle n’osera jamais l’avouer. Cette personne admettra peu ses torts, ses erreurs, et cachera ses faiblesses, ses vulnérabilités. Elle fuira ses responsabilités, ne fera pas facilement de compromis. En fait, lorsqu’elle se sentira menacée, elle usera de son pouvoir de manipulation pour arriver à ses fins. Cette personne a peur d’être engloutie, voire de se perdre dans une relation amoureuse. Elle ne voudra pas être blessée. Elle sera grandement impatiente, se fâchera pour un rien et accusera les autres d’être la raison de ses malheurs. Elle méprisera, dévalorisera et même rabaissera les autres, souvent de façon très subtile. Elle se sentira incapable de souffrir et fera d’ailleurs tout pour éviter la moindre souffrance (comme s’attacher à quelqu’un). C’est la personne idéale pour celui ou celle qui a besoin d’une figure d’autorité comme conjoint.e…

Qu’ont-elles en commun?

Les deux dépendances, bien qu’opposées, se ressemblent sur plusieurs points. Le vide intérieur est grand pour les personnes dépendantes et souvent dû à des manques affectifs lors de l’enfance. De plus, les deux se considèrent comme inintéressantes si elles sortent de leur rôle. Ainsi, comment j’ai été aimé par le passé en dit donc long sur ce que je suis devenu aujourd’hui.

Le pendule de la dépendance affective

Si vous vous reconnaissez dans l’un ou l’autre des portraits, sachez que ce n’est pas grave. Prenez la dépendance comme un pendule. Chacune des positions représente un extrême, mais on ne reste pas constamment au même endroit. Dans une relation, on peut être fusionnel et dans l’autre être solitaire. Pourquoi? Simplement parce que l’expérience nous fait changer. Combien parmi vous avez déjà entendu un.e ami.e dire que de toute façon, tous les gars ou toutes les filles sont des cons ou des connes, alors que cette personne était totalement dévouée à l’autre une semaine plus tôt? L’important, au bout de la ligne, c’est de laisser le pendule se stabiliser entre les deux extrêmes, et ce, le plus possible. Il est très rare que ce soit le cas, mais ne vous en faites pas. Ce n’est qu’avec l’expérience et le temps que ça viendra.

Ce texte est paru dans Le Griffonnier 116