//Votez Bougon : Les critiques vont haïr ça

Votez Bougon : Les critiques vont haïr ça

La série télé les Bougon (c’est aussi ça la vie), avec ses cinquante épisodes, est devenue culte depuis sa finale en 2006. La sympathique famille est de retour dix ans plus tard, cette fois au grand écran, où elle prendra l’affiche ce vendredi. S’attaquant sans vergogne au monde politique, on peut dire que Votez Bougon tombe à point. Nous en avons discuté avec l’auteur François Avard.

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La famille Bougon est à nouveau réunie. Photo: Courtoisie

Plusieurs embûches ont ralenti ce passage du petit au grand écran. Le projet était déjà dans l’air à la fin de la série télé et plusieurs versions du scénario ont été produites. Mais à travers une laborieuse tentative d’adaptation du concept pour la France et la carrière scénique de son coscénariste Jean-François Mercier, Avard délaissait la famille Bougon. Même les comédiens, tous volontaires, n’y croyaient plus. C’est Louis Morissette qui, ayant eu vent du scénario, a été l’étincelle requise pour finalement mener le film à bon port.

Notre entrevue exclusive avec François Avard

La critique haït ça

Le film raconte l’ascension inattendue et soudaine du patriarche Bougon dans les sphères politiques, où il lance son PEN (Parti de l’écœurement national) qui remporte un succès instantané. Difficile de ne pas voir, dans le discours anti-élites de Paul Bougon,  un parallèle avec les Trump, les Le Pen ou les Rambo Gauthier de ce monde. Visionnaires, François Avard et consorts?

« Si on avait une boule de cristal, on ne serait pas là, on aurait les numéros de la 6/49 et ce serait « take the money and run »! Les Bougon s’inspirent de la réalité, de ce qui existe, comme l’écoeurement du monde, comme la corruption. Il ne fallait pas être un grand devin pour imaginer que quelqu’un comme Paul Bougon se dise « Tabarouette, le monde est tellement écoeuré qu’ils pourraient voter pour moi ». Bernard « Rambo » Gauthier est en plein dans l’air du temps, tout comme le film. C’est dans l’air du temps d’être dégoûté de nos élus et de ne plus y croire du tout. »

Suite aux visionnements de presse, les critiques se questionnent sur la vulgarité des propos et sur la finalité du film : dénoncer le cynisme à l’égard de la politique, ou le nourrir? Pour François Avard, le film « aigre-doux » fait un peu les deux.

« C’est la vie qui est vulgaire. Ceux qui vont nous reprocher de cultiver le cynisme sont en plein ceux qu’on dénonce. Ils profitent en ce moment du système. C’est tout dans leur intérêt de nous juger cyniques. Idéalement ils souhaiteraient que les choses ne changent pas parce qu’ils en tirent profit. Ce sont eux qui cultivent le cynisme par leurs gestes, leur impunité qui ne cesse pas. »

L’auteur espère avoir créé un film qui s’adresse à la fois à la tête, au cœur et au ventre. À l’image de la série télé, les personnages sont réjouissants, amusants, mais l’univers dans lequel ils évoluent est plutôt déprimant. Votez Bougon joue donc sur une mince ligne, en équilibre entre la satyre grossière et le miroir amplifiant le réel. Derrière tout ce bruit, on sent une véritable indignation dans les propos de François Avard.

« On mérite les politiciens pour qui l’on vote. On a voté Philippe Couillard, même après la Commission Charbonneau, on a élu les libéraux provinciaux. On s’est bien moqués des américains qui ont élu Donald Trump mais nous autres ça fait quinze ans qu’on élit les libéraux. On n’est pas bin bin mieux. On a les politiciens qu’on mérite. »

L’auteur n’exclue pas un retour de la série à la télévision. Mais pour le moment, à vous de juger si Votez Bougon procède d’une véritable critique, au-delà de la caricature cynique. Ou encore si l’univers de la famille culte de la télé méritait cette transposition au cinéma.

Votez Bougon, en salle dès le vendredi 16 décembre.