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Rapport ESSIMU: Dire et prévenir les violences sexuelles

Le 16 janvier dernier a été rendu public le rapport de l’Enquête Santé, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU). Étendant sa recherche au-delà de la seule population étudiante pour inclure l’ensemble des communautés universitaires, l’enquête confirme la prolifération de violences sexuelles au sein des institutions d’enseignement supérieur. Professeure de psychologie et chercheure à l’UQAC, Jacinthe Dion a participé à la réalisation de cette étude. Elle nous présente les grandes lignes de l’enquête.

Origines d’ESSIMU

En 2013, des activités d’initiation dégradantes tenues à l’UQAM ont été dénoncées sur la place publique. Suite à ces événements, une soixantaine d’enseignant.es ont réclamé de la part de cette institution une politique d’encadrement concernant les initiations. Les représentations en ce sens ont mené au démarrage de la recherche ESSIMU. Celle-ci a dépassé le cadre de l’UQAM pour s’étendre à six universités québécoises, dont l’UQAC. L’étude s’est mise en branle, soutenue à la fois par le Réseau québécois en études féministes (RÉQEF), le Service aux collectivités de l’UQAM et par le Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS). Plus de 9000 répondant.es ont pris part à la collecte des données en ligne, dans l’ensemble des six universités participantes.

Notre entrevue avec Jacinthe Dion

Le Rapport ESSIMU

L’étude distingue trois catégories de violences sexuelles en milieu universitaire (VSMU), soit le harcèlement sexuel, les comportements sexuels non désirés ainsi que la coercition sexuelle. Plus du tiers des répondant.es ont rapporté avoir été victimes d’au moins une situation comprise dans ces trois catégories dans le cadre universitaire. Le pourcentage de victimes ayant subi plus d’une de ces situations est encore plus élevé, à raison de 41%.

En plus de ces chiffres alarmants, ESSIMU révèle que les VSMU sont plus fréquentes au sein de certaines minorités. Les femmes, les minorités sexuelles et de genre, les étudiant.es internationaux ainsi que les personnes souffrant d’handicaps seraient plus souvent la cible de ces gestes. Plus du tiers des violences sexuelles en milieu universitaire ne sont jamais déclarées et même parmi les victimes, certains préjugés persistent. Jacinthe Dion précise ces faits :

« Cette non-dénonciation, on la retrouve aussi dans la population en général. Les gens ont peur de ce qui va arriver, ne connaissent pas les services, craignent pour la confidentialité. On connait certains cas où ça s’est mal passé lorsque les victimes ont porté plainte. Je pense que les victimes ont envie d’oublier, de ne pas en parler pour ne pas empirer les choses. »

Enfin, l’enquête souligne que les victimes doivent souvent assumer de graves conséquences sur leur parcours universitaire, allant jusqu’à l’abandon d’un programme ou d’une institution, alors que les conséquences sont parfois minimes pour les agresseurs.

Toutes ces données sont corroborées par des témoignages, dont certains sont publiés dans le rapport, et font écho à l’actualité récente. L’enquête se conclut sur une quinzaine de recommandations concernant la prévention. Mais pour Jacinthe Dion, le message le plus important est la tolérance zéro.

« Je pense que c’est important que dans chaque université il y ait des politiques institutionnelles, mais aussi des actions concrètes pour que les gens sachent qu’ils peuvent recevoir de l’aide et qu’à l’université il y a une tolérance zéro.  Il faut valoriser ça dans la culture universitaire. »

Participation de l’UQAC

Selon madame Dion, autour de 500 personnes associées à l’UQAC ont répondu à la collecte de données. Cette phase de la recherche était davantage axée sur l’aspect quantitatif afin d’offrir un portrait de la situation au Québec. L’étude ne permet toutefois pas de comparer la qualité des ressources entre les universités participantes.

L’UQAC participera prochainement à la consultation organisée par la ministre de l’Enseignement supérieur Hélène David sur cette problématique majeure. Cette consultation sera tenue dans quatre régions dont le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Selon Adrien Guibert-Barthez, vice-président aux affaires externes au MAGE UQAC, l’association se prépare activement pour cette consultation. Elle a par ailleurs reçu le mandat de ses membres d’effectuer de la sensibilisation, notamment avant les partys universitaires du jeudi. Le rapport ESSIMU identifie effectivement les activités de socialisation comme des situations particulièrement propices aux VSMU. C’est en ce sens que l’association étudiante a instauré un code de conduite qui semble porter fruit, d’après Adrien Guibert-Barthez.

« Le Code des Gentlemen a été instauré il y a quelques années. Il y a une nette différence entre l’avant et l’après. Le nombre de problèmes au BARUQAC a énormément diminué. »

Un milieu propice?

Le rapport ESSIMU n’est qu’un des nombreux indicateurs de l’omniprésence des violences sexuelles au sein des universités. En novembre dernier, l’Alliance de la fonction publique était de passage à l’UQAC pour consulter ses membres et amorcer une réflexion en profondeur sur le sujet. Les événements fortement médiatisés des derniers mois vont également dans le sens des conclusions du rapport. Particulièrement propice aux violences sexuelles, l’université? Jacinthe Dion confirme le phénomène tout en le nuançant.

« Il y a beaucoup de gens et d’interactions sociales dans les universités. Quand les étudiant.es fréquentent les cours, ils et elles sont en contact avec beaucoup d’autres étudiants ou d’enseignants, ou même des employés. Les universités sont des microcosmes. Oui c’est très élevé, mais je pense que dans d’autres milieux on voit également la violence sexuelle. C’est partout malheureusement dans notre société. »

Cliquez ici pour consulter le Rapport ESSIMU

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