//Être une femme sur les sites de rencontre

Être une femme sur les sites de rencontre

La technologie fait partie de nos vies. Connaissez-vous beaucoup de gens qui n’ont pas accès à un téléphone cellulaire ? Je ne suis pas capable de vous en nommer une seule – du moins, dans mon entourage. Puisqu’on évolue avec la technologie, il n’est pas surprenant qu’elle nous serve également à entrer en contact avec des personnes qui nous intéressent, que ce soit pour de l’amitié ou de la séduction. En avril 2016, j’ai décidé de tenter une petite expérience pour savoir ce à quoi ressemblait le quotidien d’une femme sur les sites de rencontre.

Par Ioana Brassard

Photo: Unsplash.com

L’expérience

Ça fait un an et demi que je suis en couple. Je n’ai jamais eu recours aux sites et aux applications de rencontre. Je me demande à quoi ça ressemble. Avec la permission de mon chum de l’époque, je deviens Félicia, 25 ans, étudiante au certificat en journalisme de l’Université de Montréal. Mes photos seront utilisées pour ne pas usurper d’identité. Je resterai trois mois sur le site de rencontre choisi en me laissant aborder.

Dès la première semaine, je reçois plus de cinquante messages. La plupart sont inoffensifs et sont de simples salutations, mais elles arrivent si vite que je ne peux répondre à tout le monde dans un délai auquel on s’attend normalement à recevoir une réponse. C’est au cours de la semaine suivante que les choses commencent à se gâter pour Félicia : comme elle n’a pas le temps de répondre à tous les messages qu’elle a reçus, certains hommes lui réécrivent pour lui reprocher de ne pas avoir répondu. Certains vont même jusqu’à l’insulter, parce qu’elle a supposément le devoir d’entretenir une conversation avec eux.  Puis, elle reçoit plusieurs messages à caractère sexuel, sans avoir d’abord consenti à ce jeu. Elle reçoit beaucoup de « dickpics » également, toujours sans que l’envoyeur ait pris le temps de lui demander s’il pouvait lui envoyer ce genre de photos. Je ressens un gros sentiment de dégoût. Plus les mois passent, plus les messages font peur. On offre même à mon personnage 2000 dollars « faits facilement » pour payer ses frais de scolarité.  Quelques personnes demeurent quand même cordiales et ont de bonnes intentions envers Félicia. Malgré cela, j’ai mis fin à l’expérience après trois mois et je me suis mise à réellement comprendre mes amies lorsqu’elles disaient qu’elles préféraient éviter les sites de rencontre. Or, je suis convaincue que ce n’est pas une majorité d’hommes qui ont ces comportements, mais le genre de messages que mon personnage a reçus est certainement ce qui rend les femmes plus craintives et moins enclines à répondre.

Je suis aujourd’hui séparée, mais je n’ai pas l’intention de m’inscrire sur l’un de ces sites. Il n’y a aucun mal à vouloir entrer en contact avec quelqu’un, mais disons qu’il y a des manières plus sympathiques de le faire. Je doute que les hommes qui envoient des photos non désirées de leur organe ou qui demandent délibérément du sexe à une étrangère puissent s’attendre à recevoir une réponse. Bien qu’il soit décevant de passer du temps à briser la glace, si la personne ne répond pas, insister n’amènera pas plus de réponses.

Il est important de rappeler que le phénomène du sexisme en ligne ne se produit pas que sur les sites de rencontre, et il serait important de trouver un moyen afin que cela cesse.

Bref, il n’y a pas que des prédateurs sur les sites de rencontre, mais il est important de reconnaître leur existence ainsi que le problème qu’ils posent quant au respect que méritent les femmes. Pour la nouvelle année, je souhaite à tous – aux femmes, aux personnes non binaires et aux trans – que l’on trouve des solutions pour faire cesser ces comportements déplacés, et ce, pour qu’ils et elles puissent trouver l’âme sœur sans devoir se sentir comme un morceau de viande.