//10 ans de compassion pour Clowns thérapeutiques saguenay

10 ans de compassion pour Clowns thérapeutiques saguenay

L’organisme communautaire Clowns thérapeutiques Saguenay (CTS) célèbre ses dix ans. Dix années d’une approche bien particulière au sein du système de santé. Fondé en 2007 par les comédiennes professionnelles Moïra Scheffer-Pineault et Josée Gagnon, l’organisme ne compte plus les interventions qui ont fait une différence dans la vie de personnes malades ou en fin de vie et de leur entourage. En compagnie de Josée Gagnon, nous avons tenté de dresser un bilan de cette première décennie d’existence.

Madame Paquadôs (la comédienne Mélanie Potvin) à l’oeuvre. Photo: Vicky Boutin

La perception des clowns thérapeutiques a bien changé depuis les débuts de CTS. D’abord perçus comme de simples animateurs, les membres de l’’organisme ont dû composer avec certains préjugés ainsi qu’avec une résistance au sein des établissements de santé. Il peut être difficile d’imaginer comment un personnage de clown peut trouver sa place dans des moments difficiles et dramatiques comme la maladie d’un enfant ou la mort d’une personne âgée. Et pourtant…

« Le clown est notre personnage, mais faire rire les gens n’est pas notre préoccupation première. C’est d’essayer d’explorer toutes les émotions, tout ce que les gens ont à exprimer. Ils vivent de la colère, des deuils, beaucoup de tristesse. Ce n’est pas en allant leur faire une joke qu’on aura la prétention de leur faire du bien. Notre mandat, c’est de travailler sur l’estime de soi des personnes hospitalisées. »

Spécialistes de rien

Les personnes hospitalisées ont souvent bien peu de contrôle sur leur environnement. Par exemple, on entre et on sort de leur chambre sans les consulter. On impose des règles, des spécialistes de tout gèrent les choses de façon rationnelle alors que la situation est, pour les patient.es, des plus dramatique et émotive.

« Le clown est le mal aimé de la société. C’est pour ça qu’il est intéressant. Les gens peuvent se défouler dessus,  ne se méfient pas de ce personnage-là, lui font confiance tout de suite. On est toujours les plus abrutis de l’hôpital finalement! Nous on arrive et on n’est spécialistes de rien. Et ça, ça fait énormément de bien aux gens qui sont malades, parce qu’eux non plus ne le sont pas. »

Les interventions prennent plusieurs formes. Pour la clientèle en bas âge, les personnages de docteurs clowns sont mis de l’avant avec beaucoup de succès. En ce qui concerne les personnes âgées, CTS propose une approche novatrice à travers des costumes d’époque inspirés des années 1940-50. Cette façon de faire est propre à susciter la réminiscence et les souvenirs. Dans tous les cas, CTS effectue des visites en demandant l’autorisation de le faire auprès des malades eux-mêmes ou de leurs proches. La chanson, l’humour ou simplement un peu de chaleur humaine sont des vecteurs inestimables dans les interventions.

Notre entrevue avec Josée Gagnon, alias Docteur Lily-Fleur De Peau

Ainsi, l’approche de ces spécialistes de rien, si ce n’est que de l’émotion, a parfois largement dépassé le contexte hospitalier. L’équipe d’une dizaine de comédiens professionnels a développé des liens intimes avec des patient.es et même les familles.

Une partie de l’équipe de CTS. Photo: Kréa2

Ceux qui douteraient encore de l’efficacité de l’approche de CTS peuvent visiter la page Facebook de l’organisme. On y trouve des dizaines d’anecdotes finement rédigées qui donnent un aperçu de la nature et de l’importance de leur travail.

« On est maintenant plus qu’acceptés. On est utilisés, on est un outil dans le milieu hospitalier. On est un service qui pousse pour l’humanisation des soins et des milieux de vie que sont les CHSLD. On a plus qu’une reconnaissance, on a une complicité avec le personnel. »

L’organisme prend également soin de ses intervenants. Si ceux-ci vivent des moments d’une grande poésie, ils épongent aussi des émotions très difficiles. Un soutien psychologique est offert aux comédien.nes qui peuvent ventiler et donner un sens à des situations qui paraissent souvent injustes.

« Les professionnels ont été entraînés à éteindre les émotions. Mais ce n’est pas la bonne voie, c’est impossible. Plus on va pouvoir exprimer ces émotions contradictoires qui arrivent dans ces moments-là, plus on pourra perdurer dans ce milieu où l’on voit des gens mourir. On ne peut pas proscrire le côté émotif de l’humain. Si on essaie de mettre les émotions dans un tiroir et de ne pas les laisser sortir, un moment vient où les genoux plient et les gens ne peuvent plus faire ce travail-là. »

Diagnostic : On continue

Cette reconnaissance se manifeste, entre autre, par l’invitation qu’a reçu CTS de donner une conférence lors du congrès annuel du réseau des soins palliatifs du Québec afin de faire connaître leur approche et leur expertise.

Par ailleurs, l’organisme lance sa campagne de financement intitulée Diagnostic 2017. Dans ce concept original, des personnalités publiques sont placées en situation de handicap pour une journée entière et n’en sont libérées qu’après avoir atteint leur cible de collecte. L’activité remporte chaque année un franc succès. Aucun don n’est trop modeste. On peut participer à la campagne en visitant le site de l’organisme, où une plateforme sécurisée est offerte.

Un spectacle au bénéfice de l’organisme sera également donné cette fin de semaine par le célèbre clown Atchoum, à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. C’est dimanche le 19 février à 13h30 et tous les profits iront à Clowns thérapeutiques Saguenay. Enfin, le 29 mars à la salle Le Calypso, les humoristes Laurent Paquin et Simon Delisle viendront « foutre le bordel » dans une soirée bénéfice qui promet, à l’image des clowns, d’être des plus déjantées.

Dans un contexte où la population est vieillissante, où les services sociaux sont malmenés par des restructurations et des coupures et où il importe plus que jamais d’humaniser les soins, la pertinence d’un organisme tel que Clowns thérapeutiques Saguenay ne peut que grandir encore davantage.