//La parole aux femmes noires (?)

La parole aux femmes noires (?)

Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs (MHN), l’Association des Africains du Saguenay-Lac-Saint-Jean (AASL) lance cette semaine la programmation régionale de l’événement. Projections, prises de paroles et remises de prix sont au menu d’une édition dont le thème sera  Femmes noires et leadership social.

Viola Desmond. Photo: Courtoisie

Afin d’établir ce thème autour d’une personnalité marquante de l’histoire des noir.es, la militante canadienne Viola Desmond est mise à l’honneur. En 1946, Desmond a refusé de se soumettre à la ségrégation en vigueur dans la province de Nouvelle-Écosse, précédent de presque dix ans le mouvement des Droits civiques aux États-Unis. Viola Desmond sera ainsi honorée en étant la deuxième femme seulement (après la Reine Élisabeth II) à être représentée sur un billet de banque canadien. Il s’agira des billets de 10$ qui seront mis en circulation en 2018.

Programmation

L’AASL propose ainsi, le 22 février, la projection d’un film biographique à propos de Viola Desmond, Une longue route vers la justice.  Cette projection aura lieu à l’auditorium de l’UQAC à 14h.

Le lendemain 23 février, l’AASL organise la journée Buzz. Il s’agit d’une activité visant à impliquer, pour quelques heures, une personne issue d’une minorité visible dans des entreprises de la région. Cette journée vise à valoriser la diversité ethnoculturelle au sein du monde du travail. L’intégration professionnelle des immigrant.es est, selon Mezimes Christian, président de l’AASL, le principal défi de la communauté qu’il représente.

« Le sujet qui nous préoccupe fondamentalement, qui nous aide à mieux vivre ensemble, c’est celui du travail. Il faut éduquer mais il faut davantage créer le cadre de la rencontre. Et le cadre qui est valorisant pour tous c’est le travail, l’emploi, qui est une problématique réelle. Là, il faut lever les hypocrisies, lever les barrières à l’emploi, comme la reconnaissance de l’expérience d’un immigrant. »

Enfin, la soirée du 24 février sera dédiée à la parole des femmes noires alors qu’une table ronde, de l’animation culturelle et la distribution des prix de l’AASL sont prévus.

L’envers de la médaille

Les intervenants de l’AASL ont été invités à se prononcer sur les effets de l’attentat de Québec dans leur vie quotidienne. Paradoxalement, monsieur Christian estime que malgré l’horreur suscité par les événements, ceux-ci ont révélé une vague de solidarité. Les québécois auraient selon lui démontré clairement leur volonté de tendre vers le vivre ensemble. Sa collègue Aude Koumba affirme quant à elle que le regard porté sur elle et sur sa communauté n’a pas changé suite aux événements.

« Dans mon quotidien, ce que j’ai remarqué, c’est que les personnes sont plus gênées d’aborder le sujet, c’est devenu encore plus sensible de prononcer certains mots, d’aborder certains sujets. Bien sûr nous aussi on voit sur les réseaux sociaux comment les personnes réagissent plus violemment. Mais dans le quotidien, pour moi c’est resté le status quo. Il faut des fois aider les personnes à se détendre quand les mots sortent, quand le sujet arrive. »

La parole aux femmes?

L’édition régionale du Mois de l’histoire des Noirs mettra donc les femmes à l’honneur, ce dont on ne peut que se réjouir. On pourra les entendre lors de la soirée du 24 février. On l’espère à tout le moins, puisque lors du point de presse du lancement de la programmation, bien peu de temps de parole a été laissé à la seule femme noire présente, Aude Koumba, secrétaire de l’AASL. Même lorsque la question de l’égalité entre les sexes a été évoquée, celle-ci n’a pas été questionnée directement. Ses collègues masculins ont pour leur part pu déployer leur parole à loisir.

On peut également percevoir cette ironie dans la formulation de la thématique du MHN, Femmes noires et leadership social. Est-ce que ce leadership n’est que social? Pourquoi le limiter à cette sphère? Si, comme souhaité, les femmes noires pourront s’exprimer dans le cadre de l’événement, il y a fort à parier qu’elles démontreront leur leadership dans l’ensemble des sphères d’activité.

À propos de l’Association des Africains du Saguenay-Lac-Saint-Jean

Mezimes Christian estime les membres de son organisation à une centaine de personnes de différentes confessions. La communauté africaine réelle est bien supérieure. L’arrivée de nouveaux et nouvelles africain.es, notamment comme étudiant.es à l’UQAC, augmenterait de façon  exponentielle. Monsieur Christian souhaite que l’association ait prochainement pignon sur rue afin de d’être plus présente dans la communauté et plus facilement accessible.

Visitez la page Facebook de l’AASL pour découvrir les détails de la programmation. 

L’AASL au Cercle de presse du Saguenay, 15 février 2017