//Ça sent la coupe: Blues des séries

Ça sent la coupe: Blues des séries

Ça sent la coupe, comédie romantique mettant en vedette Louis-José Houde sur fond de sainte flanelle, prend l’affiche ce vendredi dans les salles québécoises.

Louis-José Houde interprète Max. Photo: Véronique Boncompagni / Films Séville

Ceux qui s’attendent à voir Louis-José Houde faire le pitre seront déçus, ou réjouis, c’est selon. Malgré la bande-annonce un peu trompeuse, Ça sent la coupe est un film sentimental beaucoup plus qu’une comédie. On y trouve plusieurs ingrédients de ce qu’on appelle un « film de filles » : tribulations matrimoniales, éloge de l’amitié et rédemption sont au rendez-vous. Cependant, le film a une dimension masculine manifeste, soutenue par les protagonistes et par l’omniprésence du hockey comme trame de fond. Ce qui a fait dire au chroniqueur de La Presse Marc Casivi que le film est « assez fort pour elle mais conçu pour lui ». Une expression bien trouvée qui traduit efficacement l’esprit du film. Cette dualité en fait un excellent candidat pour une sortie de couple pendant la relâche.

Adapté du roman du même nom de Matthieu Simard (qui en signe également le scénario), Ça sent la coupe est réalisé par Patrice Sauvé (La vie la vie, Grande Ourse, Cheech). Le film raconte l’histoire de Max (Louis-José Houde), un mi-trentenaire en pleine remise en question. Ingénieur de formation, Max voit sa vie prendre un tournant imprévu lorsque ses parents perdent la vie dans un accident de voiture. Il hérite de la boutique de son père, spécialisée dans les objets de collection de hockey. Il l’opère sans conviction, comme si sa vie était mise entre parenthèse. Cette absence de passion, ce deuil qui se prolonge ont bientôt raison de sa relation avec Julie (Émilie Bibeau). Max s’éloigne de ses amis, avec qui il a l’habitude de regarder religieusement les matchs du Canadien, et sombre dans la morosité. Le sort de la boutique de son père sera intimement lié au parcours de Max et à sa façon de surmonter le deuil de ses parents.

Julianne Côté et Louis-José Houde. Photo: Véronique Boncompagni / Films Séville

Si le scénario est à plusieurs moments cousu de fil blanc, Ça sent la coupe fini par toucher le spectateur. La réalisation est sobre mais élégante. Le jeu de Houde, plutôt subtil et volontairement éteint, réussi à convaincre. Le comédien parvient à évoquer une génération de québécois un peu perdus, qui attendent passivement que quelque chose donne un sens à leur vie. Les personnages qui l’entourent sont aussi crédibles et fournissent une certaine épaisseur à une histoire qui pourrait s’avérer sirupeuse. Signalons l’excellente performance de Julianne Côté (Ram-Dam, Tu dors Nicole) qui, dans le rôle de la jeune sœur de Max, offre le personnage le plus sincère du film. Et ce malgré bien peu de scènes où elle peut déployer son jeu.

Ça sent la coupe. Photo Véronique Boncompagni / Films Séville

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Ça sent la coupe n’est pas un film de hockey. Le sport, et surtout le CH, servent de liant. Les matchs de la saison 2009-2010, où le Canadien a surpris en allant loin dans les séries grâce à Yaroslav Halak, rythment l’action, marquent le passage du temps. Le sport est à la fois un prétexte et un miroir des relations qui traversent le récit. L’idée de construire l’histoire autour de cette saison mémorable est excellente. Elle permet au spectateur d’établir des parallèles avec ses propres souvenirs, son propre parcours.

Ça sent la coupe n’est pas un chef-d’œuvre, mais c’est un film honnête et touchant qui possède cette qualité rare : il s’adresse avec succès à un très large spectre de spectateurs et de spectatrices. À voir dès aujourd’hui dans toutes les salles à travers le Québec.