//Camille Perry reconstruit un passé perdu

Camille Perry reconstruit un passé perdu

L’artiste Camille Perry propose une exposition solo à la galerie du campus. Reconstruire la maison brûlée, une œuvre sur la mémoire et la dépossession, sera à l’affiche de la Galerie l’Oeuvre de l’Autre du 15 au 23 mars.

Il s’agit de l’exposition de fin de maîtrise en art, profil enseignement et transmission, de l’artiste originaire de la Gaspésie. Reconstruire la maison brûlée a comme point de départ un événement traumatisant dans l’histoire familiale de Camille Perry : l’expropriation de la maison de ses grands-parents lors de la création du Parc National de Forillon en 1970. Plus de 225 familles avaient alors dû céder leur terrain pour l’établissement d’un premier parc fédéral sur le territoire québécois. Plusieurs, dont la famille de Camille Perry, avaient été contraints d’incendier leur demeure en l’échange d’un dédommagement mineur.

Camille Perry n’était pas de ce monde, en 1970, pour témoigner des événements. Ce n’est que tardivement qu’elle a réalisé ce qui s’était passé à l’époque.

« Quand j’étais petite j’en entendais parler mais ce n’était pas un sujet commun. Dans mon travail, je côtoie des membres des Premières Nations. C’est la parole d’un aîné qui m’a fait travailler sur Forillon. Quand il me parlait de son attachement au territoire, je ne comprenais pas. Quelque chose s’est révélé en moi. C’était Forillon, cette histoire-là qui était dans mon background familial. C’est tellement venu me chercher. On appartient au territoire nous aussi. »

Notre entrevue intégrale avec Camille Perry

La maison brûlée

De nature installative, l’exposition est le fruit d’un travail de collaboration de plus de deux années avec, notamment, les membres de sa famille. Reconstruire la maison brûlée comprendra également une dimension « performative » alors que l’artiste produira devant public, pendant la durée de l’exposition, une œuvre qui s’ajoutera au corpus.

Dans cette exposition, l’artiste ne cherche pas à reproduire de façon fidèle cette maison qu’elle a connue à travers de rares photographies. En travaillant sur la mémoire, la perte et l’appartenance, Camille Perry avoue avoir été inspirée par l’image de la maison brûlée. L’exposition évoquera donc cette structure carbonisée. La broderie, un savoir-faire hérité de sa grand-mère, a également été explorée par l’artiste. Ces motifs proviennent  des souvenirs de ses proches et de la thématique générale de l’exposition.

Forillon avant le parc, 1969. Photo: Claude Robillard / Flickr

Une certaine dimension politique se dégage de ce thème. Camille Perry ne cache pas avoir ressenti de la colère en découvrant cette histoire d’expropriation. Si l’opposition à Forillon n’a pu empêcher la destruction de plusieurs villages gaspésiens, cette mobilisation a toutefois empêché d’autres drames du même ordre. En cela, l’artiste voit une dimension positive. Elle souligne par ailleurs l’excellente collaboration du Parc National de Forillon. En 2010, 40 ans après les faits, les expropriations ont été commémorées par le biais d’une exposition. Camille Perry a également pu parcourir la terre de son grand-père.

« Ma famille était surprise que je veuille travailler là-dessus au départ. Mais très rapidement ils ont embarqué. Mon père a pris et trouvé des photos pour moi, ils ont accepté plusieurs entrevues. Pour eux c’est une façon de parler de leur vécu. Pour mes grands-parents, c’est aussi une façon de faire un lègue de cette parole-là, qui a été perdue en un sens. C’est une démarche de collaboration avec ma famille, avec des collègues artistes, mais également avec l’administration du parc. Moi ce que j’aime, c’est se rallier autour d’un projet. J’espère que tout le monde y a trouvé son compte! »

Évoquer le collectif sous un angle éminemment personnel est un terreau fertile et important pour l’art actuel. L’exposition de Camille Perry, dans laquelle se croisent la culture, l’histoire et le territoire, promet d’être d’une grande pertinence.

À voir du 15 au 23 mars à la Galerie l’Oeuvre de l’Autre de l’UQAC (Vernissage mercredi le 15 mars à 17h)