//À la Corniche, pas besoin de réfléchir

À la Corniche, pas besoin de réfléchir

Présente dans le paysage culturel saguenéen depuis 40 ans, la Galerie La Corniche propose ces jours-ci une exposition tournée vers l’avenir et remplie d’humour. Don’t think, it’s alright, rassemblée par le commissaire Kevin Titzer, présente jusqu’au 25 mars le travail de plusieurs artistes de provenances et de générations différentes. Bien nommée, l’exposition est accessible et surtout très amusante. Inutile de se casser la tête à La Corniche!

Jésus = Slash. L’oeuvre November rain est un bon exemple de l’humour de l’artiste James Kerr. Photo: La Corniche


Dessin traditionnel, collage, réalité augmentée, sculpture…  Établi au Saguenay depuis six ans, l’artiste américain Kevin Titzer s’est laissé guider par ses coups de cœur pour monter l’exposition. Lui et Chantale Hudon, propriétaire de La Corniche, ont développé une certaine complicité depuis l’arrivée de Titzer dans nos contrées. Une collaboration qui ravi madame Hudon.

« On discutait, la galerie a quand même 40 ans et je ne savais pas vers où on se dirigeait. Je me sentais très éloignée de ce qui est nouveau, je n’avais plus la clientèle des jeunes. C’est un questionnement que j’ai fait avec Kevin. Il est revenu en me proposant une exposition dont il serait le commissaire. »

Chantale Hudon présente les artistes sélectionnés par Kevin Titzer

Du crayon au GIF

La trouvaille la plus marquante de l’exposition est sans doute le corpus présenté par l’artiste montréalais James Kerr (alias Scorpio Dagger). Par le collage numérique, Kerr détourne des œuvres picturales issues de la Renaissance pour les implanter dans la culture contemporaine. Un esprit sacrilège qui n’est pas sans rappeler celui de Monthy Python et des collages de Terry Gilliam.

Flute party, par James Kerr. Photo: La Corniche

En utilisant la réalité augmentée grâce à l’application Ar.book, les œuvres s’animent et composent des scénettes humoristiques. Venue directement de la culture du web et du GIF animé, la pratique de Kerr jouit d’une excellente diffusion sur la scène internationale. C’est une chance de pouvoir admirer et s’amuser avec autant de ses œuvres à Chicoutimi.

Dont think, it’s alright comprend également du dessin plus traditionnel. L’Américain Douglas Miller compose des images d’une grande finesse, tendues entre la perfection et l’inachevé, alors que l’artiste saguenéenne Maude Cournoyer présente de troublants portraits d’enfance. Cette dernière est un véritable coup de cœur pour la galeriste, qui compte bien la garder dans son écurie.

L’une des oeuvres de Maude Cournoyer. Photo: La Corniche

On peut aussi découvrir le travail de sérigraphie de l’américain Aaron Tanner, certaines œuvres fascinantes de Titzer ou encore des petites sculptures magnifiques signées Michel Fedak, un habitué de La Corniche. Enfin, deux portraits signés Arthur Villeneuve se joignent à l’étonnant ensemble. Ces deux œuvres sont bien loin de l’esthétique que l’on connaît du fameux peintre chicoutimien.

Le marché de l’art en évolution

Chantale Hudon a pu constater plusieurs changements dans le milieu de l’art visuel. Méprisée il n’y a pas si longtemps par une certaine intelligentsia pour qui la vente était une sacrilège, une impardonnable compromission, La Corniche abrite maintenant des artistes qui ont envie que des acheteurs puissent s’approprier leur travail.

« La nouvelle génération d’artistes est beaucoup plus ouverte, plus encline à dire « Je veux que les gens prennent mes œuvres, les consomment, les voient, les possèdent aussi ». Ça c’est nouveau. C’est très intéressant, parce que ce phénomène de ne pas vouloir vendre était assez particulier au Québec. »

Par ailleurs, le web a ouvert de belles perspectives à la galerie qui voit maintenant son marché s’étendre au-delà de la région.

« Il y a une clientèle qui vieillit, qui n’achète plus d’art ou de musique. Tout a changé. Il y a une abondance d’offre avec le web et la possibilité de visiter des galeries ou des musées à distance. La clientèle n’est plus fidèle comme elle était autrefois. Ça a ouvert un marché extraordinaire à la galerie parce que nous pouvons vendre des tableaux à Montréal, à Québec, à Toronto et ailleurs. On survit mieux maintenant qu’il y a une dizaine d’années. »

Dont think, it’s alright à la Galerie La Corniche, jusqu’au 25 mars.