//Coup de cœur littéraire : Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy

Coup de cœur littéraire : Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy

Avec l’été qui arrive à grand pas, il devient difficile de résister à l’envie de dévorer un bon livre! Je vous suggère donc, dans cet article, l’un de mes romans coups de cœur. Il s’agit de Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy.

Par Jessica Lavoie 

Photo: Aga Putra/unsplash.com

Auteure d’Alexandre Chenevert et de La détresse et l’enchantement, deux des plus belles œuvres de la littérature québécoise, Gabrielle Roy est originaire du Manitoba, mais s’installe à Montréal en 1939. La publication de Bonheur d’occasion en 1945 marque le début de sa prestigieuse carrière littéraire. Le roman connaît un immense succès au Québec, en France et aux États-Unis, et il remporte le prix Femina et le Prix du Gouverneur général en 1947.

« [Florentine] jouait maintenant avec la carte, se donnant des airs de réfléchir. Jean ne voyait que le haut de sa figure et, ressortant sur le carton blanc, ses ongles où le vernis se fendillait et se détachait par plaques. Au petit doigt, il n’y avait presque plus de laque, et cet ongle nu, blanc, à côté d’un doigt teinté de carmin, le fascinait. Il ne pouvait en détacher son regard. Et si longtemps, si longtemps par la suite, il devait, en pensant à Florentine, revoir cet ongle blanc, cet ongle du petit doigt, toujours il devait se rappeler ce petit ongle mis à nu, marqué de rainures et de taches blanches… un ongle d’anémique. » (Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion, Ottawa, Stanké, 1977, p. 82)

Si  Bonheur d’occasion obtient un si grand succès c’est sans doute grâce à la sensibilité dont il rend compte, sensibilité propre à l’auteure. Dans ce roman, Gabrielle Roy raconte le quotidien des habitants du quartier ouvrier de Saint-Henri à Montréal. Dans cette fresque sociale marquée par la Seconde Guerre mondiale se dessine avec un réalisme impressionnant les rues, les appartements et les différents milieux ouvriers du quartier montréalais. L’auteure décrit avec une simplicité bouleversante les misères, mais aussi les joies de ces individus qui, au fond d’eux-mêmes, ne cherchent que le bonheur. Parmi ceux-ci, il y a la modeste famille Lacasse qui compte principalement Florentine, jeune femme qui espère trouver dans l’amour la solution à ses souffrances, Rosa-Anna, la mère de Florentine, qui se dévoue entièrement à ses huit enfants, et Azarius, le père de famille, qui croit que le bonheur est ailleurs, loin de cette vie qui est la sienne.

Dans ce portrait du peuple que fait Gabrielle Roy, on voit apparaître la misère des ouvriers, la maigreur de leur corps, l’usure de leurs vêtements et la noirceur de leur logis, mais on est aussi témoin de leur amour de la vie, de leur générosité, de leur courage et de leur humanité.

Un livre à lire pour la beauté fulgurante des images et la sensibilité des mots.

« Au fond du magasin, Rose-Anna s’était arrêtée au comptoir des jouets. Elle examinait une petite flute de métal qu’elle remit vivement à sa place lorsqu’une vendeuse s’approcha. Et Florentine  sut qu’entre le désir du petit Daniel et cette flûte brillante il n’y aurait jamais que la bonne intention combattue de sa mère. […] Elle s’efforça de sourire à sa mère qui, là-bas, avait l’air de lui demander conseil du regard : ‘‘Achèterai-je la flûte brillante, la flûte mince et jolie, ou les bas, le pain, les vêtements ? Qu’est-ce qui est le plus important ? Une flûte comme un éclat de soleil entre les mains d’un petit enfant malade, une flûte joyeuse, qui exhalera des sons de bonheur, ou bien, sur la table la nourriture de tous les jours ? […]’’ Florentine parvint encore à sourire lorsque Rose-Anna, se décidant enfin à quitter le magasin, lui adressa de la main un petit signe d’adieu, mais elle aurait déchiré en elle à ce moment, si elle avait pu, comme un déchire une étoffe, toutes ses intentions impuissantes. » (ibid., p. 125)

Coup de cœur littéraire est la première d’une série de chroniques qui paraîtront chaque semaine cet été! Dans chacune de ces chroniques, je présenterai une œuvre littéraire qui m’a charmée par sa beauté, sa profondeur, sa sensibilité ou encore son originalité. Bref, tout pour vous donner envie de lire!