Les nombreux visages derrière la pauvreté

Mardi le 9 mai en avant-midi s’est tenu le point de presse de la Table de lutte contre la pauvreté de Chicoutimi (TLP), un regroupement d’une vingtaine d’organismes qui travaillent conjointement pour contrer la pauvreté et l’exclusion sociale à Chicoutimi et ses environs. Lors de cette occasion, la TLP a lancé sa nouvelle campagne de sensibilisation sous le thème : «La pauvreté, on ne la choisit pas, on la subit».

Par Jessica Lavoie 

Image de la campagne de sensibilisation à la pauvreté de la Table de lutte contre la pauvreté de Chicoutimi

Annie Jean-Lavoie et Georgette (Géo) Pelletier, les co-porte-paroles de la campagne, ont insisté sur l’importance et l’urgence de déconstruire les préjugées entourant la pauvreté. C’est en brisant les jugements portés envers les personnes qui ont accès à l’aide sociale ou qui vivent une situation précaire que celles-ci pourront cesser d’être victime d’exclusion sociale, comme le mentionne Annie Jean-Lavoie : «Pour nous, une façon de rétablir la dignité, c’est de déconstruire les préjugés.»

Quatre personnes étaient aussi présentes pour raconter leur expérience personnelle de la pauvreté. Vicky, travailleuse sociale à la suite d’un retour aux études au cégep, a abordé le fait que la situation financière ne s’améliore pas forcément après avoir fait des études : «Aujourd’hui, maintenant, je sors de mes études, après trois ans d’études, je me trouve un emploi. Je suis payé 11.25$ de l’heure. […] Pis je fais deux jours par semaine.» Mère monoparentale, Vicky a affirmé que ce salaire n’est pas suffisant pour vivre de manière décente : «C’est difficile […] de faire des sorties ou voir les gens qu’on aime, [n]ous on n’est pas capable de vivre autant bien qu’eux autres, parce que nous on l’a pas l’argent.» Plus loin, elle ajoute :  «J’ai le sentiment d’être un boulet parce qu’eux autres ils veulent payer pour moi.» Vicky a aussi soutenu que la précarité financière a des répercussions psychologiques et familiales : «Les comptes s’accumulent, […] ça te cause de l’anxiété. […] Tu fais subir du stress à ton enfant aussi.»

Vicky, Patrice et Jean-Marc témoignent de leur expérience de la pauvreté

 Jean-Marc, qui vit avec une phobie sociale depuis son jeune âge, a lui aussi confié avoir le sentiment d’être «à l’écart du reste du monde». Diplômé d’une technique en documentation et d’un certificat en archivistique, Jean-Marc s’est décrit comme étant «très mal  adapté» à notre société qui «repose beaucoup sur les communications». Après avoir travaillé quelques années dans ce domaine, sa phobie s’est aggravée en raison de la pression sociale qu’il sentait peser sur lui, ce qui l’a conduit à vivre sur l’aide sociale, qu’il qualifie d’«aide de derniers recours».

Jean-Marc a également soulevé le fait que les préjugés entretenus envers la pauvreté deviennent de véritables limites pour les personnes qui reçoivent des prestations de l’aide sociale : «Quand on voit tous les préjugés du monde, on est […] gêné de ça, ça me fait rester chez moi encore plus […]. Donc, c’est un peu une situation qui vient encore renforcer mon repli sur moi.» Il ajoute : «Tu te sens tout le temps rabaissé avec ça aussi.»

Annie Jean-Lavoie et Géo Pelletier parlent de la campagne

Afin de sensibiliser la société aux enjeux de la pauvreté, la TLP, grâce à son partenariat avec Panorama Média, a mis en place une campagne d’affichage partout dans l’arrondissement de Chicoutimi. Également, dans les prochains jours, treize préjugés déconstruits circuleront sur les réseaux sociaux afin de rappeler que «personne n’est à l’abri de la pauvreté», comme le précise Annie Jean-Lavoie.

Géo Pelletier a d’ailleurs tenu à rappeler que la pauvreté possède de nombreux visages : «La pauvreté c’est pas juste l’aide sociale, c’est travailler au salaire minimum, c’est être étudiant, c’est avoir une grande famille avec un salaire modeste, c’est vivre isolé, c’est… c’est multiple.»

Page Facebook de la Table de lutte contre la pauvreté

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