//Grandioses Mémoires d’un sablier

Grandioses Mémoires d’un sablier

« C’est une œuvre d’art à part entière. » « Quelle ingéniosité avec les objets. » « Il y a tellement de belles images qui nous ramènent à notre propre vie. » C’est le genre de phrases qu’on pouvait entendre, hier soir, à la sortie de l’avant-première de Mémoires d’un sablier, la coproduction de La Tortue Noire et de la compagnie mexicaine La Luna Morena.

Visuel de Mémoires d’un sablier réalisé par Patrick Simard

Si on connaissait la qualité des productions des artistes de La Tortue Noire, la compagnie saguenéenne atteint de nouveaux sommets avec cette dernière création. On peut aisément relier Mémoires d’un sablier aux toutes premières pièces créées par ces artistes du théâtre d’objet (Le Grand Œuvre, Vie et mort du petit chaperon rouge, Kiwi) il y a plus de dix ans. Le sens des images à la fois fortes et simples, la capacité à évoquer des sujets difficiles de façon ludique demeurent. Mais Mémoires d’un sablier porte ces constantes à une autre échelle en grande partie grâce à une forte présence d’éléments techniques (son, vidéo, lumière). Intégrer ces matières sans alourdir le spectacle, sans dénaturer le théâtre, est un tour de force en soi.

En ce soir de grande première, la complexité de l’œuvre ne s’est pas faite sentir auprès des spectateurs très attentifs, émerveillés du début à la fin. Il est rare qu’autant d’artistes se rassemblent avec une telle cohésion. On le doit au travail acharné, au talent des concepteurs et comédiens mais aussi, sans doute un peu, au hasard. Un hasard que d’aucun qualifierait de magie.

Mémoires d’un sablier n’est pas un récit au sens classique du terme. La représentation ne se veut jamais fidèle à une vraisemblance, à une ressemblance à la réalité. Pourtant, à travers les sept tableaux et les dizaines d’images que propose le spectacle, le fil d’une réflexion sur le temps et le corps humain est facile à suivre, fait écho à l’expérience de chaque spectateur. Décrire ces images reviendrait à les dénaturer, à les dépouiller de leur poésie.

L’impressionnant travail sonore de Guillaume Thibert est exécuté en étroite collaboration avec les trouvailles vidéographiques d’Andrée-Anne Giguère. La finesse des manipulations effectuées par les comédiens se trouve magnifiée lorsque ceux-ci s’affairent à donner vie aux créatures conçues par Kevin Titzer. Partout des bribes de sens puissantes et limpides. Partout l’impression d’une équipe en pleine possession de ses moyens.

Une collaboration fructueuse avec l’UQAC

Mémoires d’un sablier vient conclure quatre années de résidence de La Tortue Noire à l’UQAC. La compagnie professionnelle y avait été invitée par la Chaire de recherche du Canada en Dramaturgie sonore. La création présentée cette semaine doit beaucoup à cette résidence. Sans dénaturer son approche et son style, la compagnie saguenéenne s’est laissé pénétrer par les expérimentations techniques, par une certaine dimension performative. Le savoir-faire des concepteurs, développé notamment au sein de la Chaire de recherche, ainsi que l’expertise technique offerte par les lieux, comptent pour une bonne part du succès de Mémoires d’un sablier. Ce cadre était idéal pour accueillir une production à grand déploiement issue d’une collaboration internationale. Un processus qui a nourri à la fois les artistes des deux compagnies productrices et les étudiant.es fréquentant le pavillon des arts.

De l’absence d’objectivité

Il arrive si souvent qu’une critique culturelle puise dans une certaine complaisance. Chaque superlatif que nous accolons à ces Mémoires d’un sablier est pourtant sincère et ressenti.  Nous avons été très impressionnés par cette œuvre totale et universelle qui pourrait bien positionner La Tortue Noire et La Luna Morena comme des références internationales. On y croit, vraiment! Et on ne saurait vous encourager davantage à découvrir cette oeuvre-là.

Mémoires d’un sablier – jusqu’à samedi – Petit-Théâtre de l’UQAC