Coup de cœur littéraire : Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo

Cette semaine, je vous suggère un livre de Victor Hugo qui suscite une profonde réflexion sur les deux sujets universels que sont la vie et la mort. Il s’agit du roman Le Dernier Jour d’un condamné. Dans un style simple, le roman, qui compte moins de quatre-vingt pages, nous place en face de la mort, dans ce qu’elle a de plus menaçant, tout en nous exposant la richesse de la vie.

Par Jessica Lavoie 

Photo: Greyson Joralemon/unsplash.com

« Les mots manquent aux émotions. » (Victor Hugo, Le Dernier Jour d’un condamné, Paris, J’ai lu, 2012, p. 77)

Victor Hugo, romancier, dramaturge, poète et dessinateur de renom à qui l’on doit les romans Les Misérables et Notre-Dame-de-Paris et la pièce de théâtre Hernani, a vingt-sept ans lorsqu’il publie, en 1829, Le Dernier Jour d’un condamné.  Le roman se veut un plaidoyer contre la peine de mort. Écrit sous la forme d’un journal, le texte raconte les six dernières semaines, et particulièrement les dernières heures, d’un homme condamné à la guillotine. De son procès aux quelques minutes précédant son exécution, le protagoniste livre sa vision des choses et des événements. Ce personnage qui demeure anonyme (on ignore son crime et sa situation) permet à Victor Hugo d’illustrer la souffrance humaine dans sa simplicité et son universalité. Avant d’être un coupable ou un meurtrier, l’individu est avant tout un homme et c’est cet homme que l’auteur défend. Ce dernier évoque la souffrance psychologique, la terreur et l’anxiété occasionnées par la condamnation à mort, et questionne ainsi l’humanité d’une telle pratique.

« Ils disent que ce n’est rien, qu’on ne souffre pas, que c’est une fin douce, que la mort de cette façon est bien simplifiée. Eh! qu’est-ce donc que cette agonie de six semaines et ce râle de tout un jour? Qu’est-ce que les angoisses de cette journée irréparable, qui s’écoule si lentement et si vite? Qu’est-ce que cette échelle de tortures qui aboutit à l’échafaud? Apparemment ce n’est pas la souffrir. Ne sont-ce pas les mêmes convulsions, que le sang s’épuise goutte à goutte, ou que l’intelligence s’éteigne pensée à pensée? » (Ibid., p.64)

« Se sont-ils jamais seulement arrêtés à cette idée poignante que dans l’homme qu’ils retranchent il y a une intelligence; une intelligence qui avait compté sur la vie, une âme qui ne s’est point disposée pour la mort? Non. » (Ibid., p. 18)

Ce compte à rebours des jours précédant l’exécution du condamné amène ce celui-ci à prendre conscience des plus grandes beautés de la vie, qui lui sont désormais interdites.

« Quoi! le soleil, le printemps, les champs pleins de fleurs, les oiseaux qui s’éveillent le matin, les nuages, les arbres, la nature, la liberté, la vie, tout cela n’est plus à moi! » (Ibid., p. 18)

Les souvenirs émouvants du personnage exposent la profonde vulnérabilité et la plus sincère beauté de l’existence. Le roman apparaît alors comme un jeu de forces contraires, un mélange de vie et de mort. Il trace le portrait lumineux de la vie sur celui sombre de la mort. Aux pires sentiments humains telles la peur et la haine, il oppose les plus majestueux : l’amour, la reconnaissance et l’espoir. Bien que la mort l’emporte, c’est l’espoir, symbole de vie, qui accompagne le protagoniste jusqu’à son dernier souffle.

Le Dernier Jour d’un condamné porte le lecteur à réfléchir à la mort et à la fragilité de l’existence, mais également à la légitimité des pratiques d’exécution. Si la guillotine est une pratique de moins en moins courante, en revanche la peine de mort est, à ce jour, toujours pratiquée dans vingt-trois pays. En 2016, c’est un minimum de 1 032 personnes qui ont été exécutées par décapitation, pendaison, peloton d’exécution ou injection létale, comme on peut le lire sur le site d’Amnistie internationale. Bien qu’écrit en 1829, le roman de Victor Hugo est donc toujours d’actualité. Il ne fait alors aucun doute qu’il est à classer parmi les plus grandes œuvres littéraires, caractérisées, pour la plupart, par leur caractère intemporel.

Vous pouvez lire le roman dans son intégralité gratuitement sur le site de l’Académie de Rouen.

Vous pouvez également regarder le film Le Dernier Jour d’un condamné réalisé en 2002 par Michel Andrieu. D’une durée de trente minutes, le film, dont tous les dialogues sont tirés du roman de Victor Hugo, vous permettra d’apprécier l’œuvre de ce grand écrivain humaniste.

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