//Le coup de grâce ?

Le coup de grâce ?

Nous apprenions, il y a quelques jours, la disparition du Coup de grâce musical de Saint-Prime. L’événement musical se tenait depuis huit ans dans l’épicentre du « son du Lac », le fief de Fred Fortin et de sa bande. Au-delà de la déception suscitée par cette nouvelle, ne doit-on pas y voir une autre manifestation d’une dérive des politiques publiques ? Chronique d’une agonie régionale.

Par Stéphane Boivin

Nous avions, dans le Coup de grâce, un événement qui remplissait sa mission, tout comme ses salles. Une programmation éclectique rassemblant de grands noms d’ici et d’ailleurs venait clore la saison estivale à chaque congé de l’Action de grâce. Le festival se tenait dans un contexte unique qui donnait une teinte particulière à la musique de ses invités. Le public était au rendez-vous, les musiciens voulaient y jouer, la municipalité et ses commerces en récoltaient des retombées non-négligeables. Mais ça n’a vraisemblablement pas suffit pour assurer la viabilité de ce rassemblement automnal.

Dans les médias, le cofondateur de l’événement Pierre Thibault a confirmé que la formule fonctionnait bien, mais que c’est au niveau du financement que le bât blesse. Non seulement le budget était-il serré, voire risqué, mais il fallait également procéder à des améliorations des infrastructures et de la sécurité. Celles-ci étaient inaccessibles à l’organisation. Tout comme les partenariats avec le privé ou les subventions publiques qui auraient pu la maintenir en vie. Même si le milieu primois profitait de l’important achalandage, la municipalité n’a, elle non plus, pas été en mesure de bonifier sa participation, une participation qu’elle avait réduite au fil des ans.

Le coup de grâce de la région ?

Cette histoire en rappelle bien d’autres. Dans un contexte où bon nombre de structures économiques, sociales et communautaires sont démantelées, où les régions peinent à se positionner dans un marché global qui impose des changements majeurs à leurs économies locales, on ne s’étonne pas de voir écoper la culture. On la considère comme du gras dans lequel on peut couper. Mais on ne s’émeut pas davantage de voir agoniser le secteur communautaire, se multiplier les contrats de courte durée et la sous-traitance… enfin de voir fondre au soleil la qualité de vie globale des citoyens.

Parallèlement à ce retrait de l’état, comme pour y pallier, on valorise de plus en plus le discours de l’entrepreneuriat et de la philanthropie. Ce qui revient à mettre le volant dans les mains de l’entreprise privée. On peut être pour ou contre cette logique néo-libérale. Mais il faut s’attendre à ce que cette logique nous confronte bien souvent à de désolantes insuffisances.

Comme la disparition, une à une, d’initiatives extrêmement positives pour la communauté telles que le Coup de grâce. Des événements, des organismes, des services qui remplissent pourtant leur mission, portés à bout de bras pendant des années par des gens qui ont choisi de participer à la vitalité du territoire.

On ne peut nier que ces phénomènes soient intimement reliés aux choix politiques des dernières années. C’est ainsi que des philosophies, des mesures, des décrets passés le plus souvent sous le radar des médias, donc des citoyens, s’immiscent dans la vie quotidienne et réduisent la qualité de vie et les perspectives d’une population.

Une bouchée à la fois.