//Des marionnettes qui font sourire et grandir

Des marionnettes qui font sourire et grandir

L’École Nationale d’Apprentissage par la Marionnette (ÉNAM) est un organisme à but non lucratif qui offre un programme alternatif d’intégration sociale destiné aux adultes vivant avec diverses difficultés en santé mentale.

Par Jessica Lavoie

Marionnettes de l’ÉNAM. Photo: Jessica Lavoie/CEUC

Fondé en 1990 à Chicoutimi, l’ÉNAM résulte d’un partenariat unique avec Emploi Québec et le Centre de formation générale des adultes des Rives-du-Saguenay. Chaque année, c’est plus d’une trentaine de personnes, âgées entre 25 et 65 ans, qui prennent part à ce projet créatif. Le programme de l’ÉNAM, « Des marionnettes pour tous », permet d’accompagner chaque participant.e. dans son développement par le biais de l’art de la marionnette.

Des marionnettes qui font sourire et grandir 
De septembre à juin, les adultes inscrits à l’ÉNAM travaillent à l’élaboration d’un spectacle de marionnettes composé de deux ou trois sketchs. Plusieurs étapes sont nécessaires avant d’arriver aux représentations qui ont lieu en juin. Il y a la sélection des thèmes, l’écriture du scénario, l’élaboration des personnages, la fabrication des décors et des marionnettes, le choix de la musique et de l’éclairage, les répétitions, etc.

Le jeudi 15 juin dernier, la cohorte 2016-2017 était fière de présenter au grand public, composé principalement de parents, d’amis, du personnel enseignant et d’élèves d’autres écoles, leurs trois créations intitulées : La folie du psy, La légende du diable et Le gardien du temps. Les 32 artistes qui ont participé à ce projet ont été chaleureusement applaudis pour les histoires bien ficelées, les personnages drôles et loufoques et les dialogues originaux qu’ils ont présentés, mais aussi pour leur courage, leur détermination et leur énergie.

En plus de développer l’autonomie et diverses compétences, le programme d’apprentissage par la marionnette permet aux participant.es. d’apprendre à canaliser leurs émotions, comme l’explique Denise Voyer, agente de développement de l’ÉNAM :

« L’un des apprentissages que les participants font aussi, c’est la gestion des émotions. Le théâtre et l’art de la marionnette les amènent à apprendre à gérer les émotions comme le stress et la frustration […] puisqu’ils font face à ces émotions tout au long du processus. »

Au fil de leurs apprentissages, les adultes sont suivis de manière individuelle par une travailleuse sociale pour discuter de leurs émotions et de leurs préoccupations. Ils peuvent aussi bénéficier de l’aide d’une enseignante en adaptation scolaire et d’une ergothérapeute au cours de leur cheminement.

Marionnettes de l’ÉNAM. Photo: Jessica Lavoie/CEUC

L’art comme thérapie
Parmi les approches de l’ÉNAM, on compte également l’art-thérapeutique. La thérapie par les arts utilise les formes d’expression artistique comme les arts plastiques, le théâtre ou la musique pour permettre aux individus d’exprimer de manière spontanée les émotions dont ils arriveraient difficilement à rendre compte verbalement. Éléonore Vidal, enseignante en arts et art-thérapeute à l’ÉNAM et à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, soutient que « les arts plastiques sont des amorces intéressantes pour des processus créatifs et introspectifs. Ce sont des moyens alternatifs qui favorisent l’expression de soi, le dialogue, les échanges ».

Outre les cours d’art-thérapeutique et ceux portant sur l’art de la marionnette, les personnes inscrites à l’ÉNAM participent aussi à diverses activités comme la cuisine commune, des ateliers de culture générale et la chorale. D’ailleurs, un spectacle de la chorale Les Énamoureux du chant était aussi offert gratuitement au grand public en juin.

Briser l’isolement
L’ÉNAM s’évertue, depuis 27 ans, à offrir une formation alternative aux individus qui éprouvent des difficultés en santé mentale dans le but premier de briser l’isolement dont ces personnes sont souvent victimes.

« Les personnes psychotiques sont souvent isolées. […] Ici, ils vont faire des liens au-delà des préjugés. Ils développent un réseau d’amis et une vie sociale, » mentionne Denise Voyer.

En plus de créer des liens entre les participant.e.s, le programme de l’ÉNAM permet à chacune et chacun de prendre connaissance de ses forces, d’améliorer son estime de soi et de retrouver un équilibre dans sa vie, comme l’illustrent les différents témoignages sur le site Internet de l’organisme.