//Rectorat: Poids et mesures

Rectorat: Poids et mesures

Le processus de sélection de la prochaine rectrice de l’UQAC s’est dénoué hier en faveur de Nicole Bouchard. CEUC s’est penché sur les détails de ce processus. Nous avons découvert que malgré des apparences démocratiques, la sélection d’un recteur est une affaire assez opaque qui comprend son lot d’inégalités.

Par Stéphane Boivin

Nicole Bouchard l’emporte sur Étienne Hébert Photo de gauche: Courtoisie Photo de droite: Jeannot Lévesque.

Le règlement général 11 de l’Université du Québec régit la procédure. Au début du processus, un comité de sélection est formé. Il est composé du président du Conseil d’administration de l’université concernée et de deux personnes désignées par ce même conseil. Deux autres personnes, désignées par l’Assemblée des gouverneurs, complètent le comité. Le secrétaire général du réseau agit à titre de secrétaire du comité.

Laval Boulianne, président du Conseil d’administration de l’UQAC, d’office président du Comité de sélection, annonçait sa démission le 6 juin dernier. On peut penser que monsieur Boulianne ait annoncé son départ une fois la mission du comité remplie. Rappelons que Laval Boulianne, un proche du recteur sortant Martin Gauthier, s’était attiré la grogne du syndicat des professeurs, qui remettait en question sa partialité et critiquait sa gestion jugée opaque.

Le poids des voix

L’article 6 du règlement 11 indique quels groupes doivent être consultés par le comité de sélection. Cet article désigne plusieurs groupes qui doivent être consultés à titre individuel, donc sur le mode « une personne / un vote ». Il s’agit des professeurs et chargés de cours, du personnel cadre, des personnes exerçant une fonction de direction d’enseignement et de recherche ainsi que les personnes siégeant au Conseil d’administration de l’UQAC ainsi qu’à la Commission des études, de la recherche et de la création.

Toujours selon l’article 6, le Comité de sélection peut, à sa discrétion, consulter les représentants d’associations et des différents syndicats présents dans l’institution. Ces groupes, dont fait partie MAGE-UQAC, n’obtiennent globalement qu’une seule voix.

Ainsi, la communauté étudiante de l’université ne compte que pour une poignée de voix, soit celle de la présidente de l’Association et celle de ses exécutants siégeant à la Commission des études, de la recherche et de la création. La consultation de cette communauté est par ailleurs facultative.

On peut s’étonner de cette représentativité limitée de la communauté étudiante dans le processus alors qu’il s’agit du groupe le plus nombreux sur le campus (plus de 6500 membres). Cette communauté se trouve pourtant au cœur de la mission de l’institution. En comparaison, les professeurs et chargés de cours comptent pour plus de 600 voix dans la consultation. Nos recherches ne nous ont pas permis de comprendre les sources et les raisons de ce déséquilibre.

Le poids des votes

Au-delà du traitement inégal des différents groupes consultés dans le processus, un autre aspect du règlement 11 soulève des questions. Si les résultats de la consultation sont colligés, analysés et rapportés par le Comité de sélection, les votes recueillis ne sont pas décisionnels pour autant. Le comité en tient compte dans un rapport auprès de l’Assemblée des gouverneurs, mais il conserve une certaine autonomie dans la décision en s’appuyant sur plusieurs critères énoncés par le règlement.

Cette proposition du comité est donc mise entre les mains de l’Assemblée des gouverneurs. Celle-ci est formée par une trentaine de personnes, pour la plupart attachées au réseau UQ : recteurs et directeurs, professeurs, étudiants (au nombre de deux) ainsi que des personnes issues de la société civile. L’article 13 nous apprend alors que « L’Assemblée des gouverneurs, tout en tenant compte des travaux du comité de sélection, n’est pas liée à la recommandation du comité et peut, exceptionnellement, porter son choix sur une autre candidature. » Ainsi, tout le processus peut être renversé à cette étape, sans égard à la consultation effectuée dans l’institution.

Suite à son passage à l’Assemblée des gouverneurs, la décision est ensuite soumise au Conseil des ministres à Québec, qui doit l’avaliser à son tour et procéder à la nomination de la candidature retenue.

Difficulté à recruter au rectorat

Plusieurs institutions d’enseignement supérieur ont connu ces derniers mois, ou traversent présentement, un processus semblable à celui qui s’achève à l’UQAC. Comme ce fut le cas ici au début de février, il arrive que le processus de sélection doive être recommencé lorsqu’aucun candidat n’est jugé apte à remplir la fonction de recteur.

Ces dernières années, les candidatures ne se sont pas bousculées auprès des institutions d’enseignement supérieur publiques du Québec. La conjoncture économique difficile pour les universités, qui doivent elles aussi éponger une politique d’austérité, y compte sûrement pour quelque chose.

Le salaire d’un recteur du réseau UQ peut sembler gigantesque aux yeux de la communauté étudiante. Pour l’année scolaire 2014-2015, dans les universités du réseau public, les salaires jouaient entre 165 000$ (UQAT) et 197 000$ (UQAM), alors qu’à l’UQAC la rémunération du recteur s’élevait alors à 191 225$.

Toutefois, lorsque l’on compare ces salaires de recteurs à la moyenne des institutions à charte au Québec ou ailleurs, on comprend que les postes dans le réseau UQ ne soient pas les plus courus. À titre indicatif, l’Université Concordia, comparable à l’UQAM, rémunère son recteur à la hauteur de 439 385$. Au Canada, c’est l’Université de Calgary qui remporte la palme avec un salaire de 557 000$. Chez nos voisins américains, la moyenne est de 428 000$.

Ces chiffres ont forcément un impact sur la décision de plusieurs avant de se lancer dans une course au rectorat au sein du réseau public québécois. Quoi qu’on en pense…

Source : Chiffres révélés par La Presse : Réseau de l’Université du Québec : les recteurs « nettement sous-payés », 29 avril 2016