//La disparition de Richard Taylor d’Arnaud Cathrine

La disparition de Richard Taylor d’Arnaud Cathrine

Pour ma dernière chronique littéraire, j’ai choisi de traiter d’un livre que j’ai lu à plusieurs reprises, toujours avec le même plaisir et le même intérêt. Il s’agit de La disparition de Richard Taylor d’Arnaud Cathrine.

Par Jessica Lavoie

Photo: Pablo Garcia Saldana/Unsplash

«Ma petite sœur, voilà de longs mois que je voyage de ville en ville, il ne me restera bientôt plus un sou, et je ne croise que le désert. Car on ne voit de l’extérieur que ce que notre âme veut bien y projeter : alors c’est le néant que je traverse de jour en jour, toujours le néant. […] Mes mains traversent tout. Je ne sens plus rien. Que l’absence au creux de ma carcasse.» (Arnaud Cathrine, La disparition de Richard Taylor, Paris, Gallimard, 2008, (coll. « Folio »), p. 139)

Né en 1973 en France, Arnaud Cathrine est principalement connu pour ses talents d’écrivain : il est l’auteur d’une vingtaine de livres de littérature générale et de littérature jeunesse. Il est aussi adepte de « lectures musicales », c’est pourquoi il offre des représentations de Frère animal, un roman co-chanté et co-écrit avec Florent Marchet. Dans les dernières années, il a en plus adapté au cinéma ses deux romans La Route de Midland (sorti en 2004 sous le titre Le Passager) et Je ne retrouve personne (sorti en 2015 sous le titre Neuf jours en hiver). Pas exactement l’amour, Nos vies romancées, La disparition de Richard Taylor et Le journal intime de Benjamin Lorca comptent parmi ses œuvres les plus connues.

Publié en 2008, La disparition de Richard Taylor raconte l’histoire de Richard, un homme de trente ans, qui quitte son emploi, son appartement, son épouse et sa fille âgée de quelques mois dans l’espoir de trouver sa véritable identité. Le protagoniste apparaît presque toujours en creux dans ce roman polyphonique composé de dix voix de femmes témoignant, chacune à leur façon, d’un épisode différent de la vie de Richard, et deux lettres de celui-ci adressées à sa sœur. Les narratrices sont, entre autres, l’épouse, la mère, une collègue de travail, une voisine et la dramaturge Sarah Kayne. Au fil des différents témoignages se dessine l’image d’un homme complètement égaré et souffrant.

«Une fois le masque tombé, on admet que le coquillage sonne creux et qu’on n’y entend pas la mer mais le vide le plus absolu.» (Ibid., p. 136)

«Il paraît que tout corps étranger finit par être expulsé à la surface de l’épiderme. […] C’est moi le corps étranger. J’ai été expulsé de ma vie.» (Ibid., p. 139)

Le personnage de Richard Taylor représente l’individu qui a fait tout ce que la société attendait de lui (études, mariage, famille) sans que cela le mène au bonheur.

«Pour gagner, il faut perdre, dit-on. J’ai choisi de tout perdre et je crains de n’avoir rien gagné. Je fais sans doute partie de ces gens que l’on doit se résoudre à classer dans la catégorie «malentendu», je veux dire : de ces êtres que l’on invente et idéalise, sans doute parce qu’ils souffrent d’un cruel défaut de personnalité et accueillent, comme une pâte à modeler, les fantasmes de tout un chacun.» (Ibid., p. 136)

La quête identitaire de Richard est en quelque sorte celle de tout être humain. Le roman d’Arnaud Cathrine raconte ces moments de remise en question, d’égarement, de vide, de détour, de choix et de peur que chaque individu traverse dans le flot de la vie. La disparition de Richard Taylor rend compte du chemin qu’il est nécessaire de parcourir pour accéder à son identité. Un chemin parfois long, sombre et sinueux, mais toujours parsemé d’espoir.