//Une bien belle Noce

Une bien belle Noce

On est nombreux à avoir passé une bien belle journée samedi à la première édition de La Noce sur la zone portuaire de Chicoutimi. Une atmosphère décontractée a caractérisé ce happening musical et artistique où il « fallait être cave en osti pour ne pas se pointer » selon son directeur artistique Philippe Brach.

Par Stéphane Boivin

Une journée d’entraide: Klô Pelgag sur les épaules de Serge Brideau des Hôtesses d’Hilaire, La Noce, 8 juillet 2017. Photo: CEUC / Stéphane Boivin

13h30

Crémés contre le soleil qui, lui le cave, ne se pointera pas avant la fin du jour, on arrive sur le site au son du Gros groupe. Le jazz mâtine de funk et de fusion de cet all-star saguenéen fait des merveilles en ce début d’après-midi. L’ambiance champêtre qui dominera la journée est déjà installée. La foule est encore modeste mais variée. Il y a beaucoup de familles, ça viraille entre les kiosques.

On croise les Clowns noirs qui nous préviennent que la Brigade Anti-Culture (BAC) rôde. On ne la verra cependant pas de la journée. C’est le genre de moment où même les terroristes n’oseraient pas casser l’ambiance.

Le Gros Groupe prend une pause et on nous signale que Mordicus va casser la glace de la grande scène. « Il est tôt pour le rock’n’roll ! » constate Maxime Desrosiers avec lucidité. Dans ce grand espace, la foule semble encore clairsemée. Mais tout ça n’empêche pas le quatuor saguenéen d’offrir une performance tout sourires.

Il est assez tard pour une bonne bière. Mais oupelaille, la bonne bière est chère et la pas bonne aussi. Il faudra s’y résigner et voir ça du bon côté : ce ne sera pas une noce de saoulons mais de hippies.

15h

Il y a tellement de beau monde, c’est comme un conventum du Potin. Parle parle jase jase, on est en train de rater VioleTT Pi et même le Gros Groupe qui accompagne Philippe Brach sur la petite scène.

Pas de temps morts dans cette noce-là, ça fait changement. On reprend le rythme avec Gazoline. Les petits gars enchaînent impeccablement les hymnes punk-rock, comme si de rien n’était. Le chanteur est sexé, il domine la grande scène. Ça commence à crier en avant.

Xavier de Gazoline a possédé la grande scène. Photo: CEUC / Stéphane Boivin
17h

Est-il déjà l’heure de Martel solo en formule duo? Le temps redevient un concept assez abstrait, et ce n’est pas à cause de la bière cheap. C’est juste parce que c’est le fun.

Improbable mais vrai : dépensant sans compter poumons, sueur et pression sanguine, Joël Martel fait lever le party autour de la petite scène. Quelque part entre Technotronic et Normand L’Amour, ses raps amusants et irresistibles, ses beats efficaces rehaussés par la guitare de TJ Boca mettent tout le monde vraiment de bonne humeur. Mini Martel aussi, lui qui n’hésite pas à prendre la scène pour accompagner son père avec une décontraction toute familiale.

Le public a du fun quand Joël Martel a du fun. Photo: CEUC / Stéphane Boivin

Vite, on entend au loin les premières notes des Hôtesses d’Hilaire, qui se préparent à offrir une solide prestation, malgré le kimono affriolant de leur chanteur hirsute Serge Brideau. Les arrangements ambitieux et complexes de leur dernier album Touche-moi pas là se déploient étonnamment bien sur scène. Le groupe se permet quelques envolées instrumentales façon psychédélique. Brideau rend magnifiquement ses rants de protestation, amuse avec sa désinvolture. Tout le monde chante joyeusement le slogan Fais faillite. Regarde-moi et Super chiac baby sont hallucinantes. C’est trop court, on en aurait pris plus, comme pour toutes les prestations de la journée.

Le soleil se pointe in extremis pour Klô Pelgag. Photo: CEUC / Stéphane Boivin
18h30

La poutine est bonne mais on découvrira plus tard que sa combinaison avec la Bud tablette est redoutable. La foule commence à changer. C’est la crowd de Philippe Brach et de Klô Pelgag qui arrive. Plus jeune et tout aussi de bonne humeur.

Le célébrant douteux Mike et sa cousine organiste ont commencé à enchaîner les mariages clé-en-mains sous les tilleuls. La petite chapelle en plein air donne envie d’y traîner. Mais on ne saurait rater l’arrivée sur scène de Philippe Brach, celui à qui l’ont doit la couleur de cette journée qui s’ensoleille d’elle-même.

Le voilà qui sautille tout le tour de la scène illuminée de sa tunique pakistanaise, un peu mystique devant son groupe qui médite à merveille. La communion s’intensifie à chaque chanson. Klô Pelgag habillée en civile vient faire un tour pour un duo dos à dos. Quelle voix elle a. On a hâte. Brach quitte la scène en gambadant, tellement léger, sur un rock jouissif.

Les prestations sur la petite scène deviennent un peu étranges. Le projet Chantier du CEM ne s’insère pas aussi bien dans l’ambiance que le Gros Groupe. L’opéra-pop de Soucy joue dans une talle qui nous éloigne un peu de la bonne franquette.

Klô Pelgag. Photo: CEUC / Stéphane Boivin

Mais Klô arrive avec sa pizza sur le dos. C’est de plus en plus compact en avant, et ça connaît les paroles. La mystérieuse et fascinante jeune femme prends quelques chansons pour se délier. Chacun de ses petits gestes est magnifié par un public qui l’adore et veut lui faire un colleux. Son groupe omnipotent se charge de faire vivre ses chansons sophistiquées. La qualité de la voix et du jeu de miss Pelgag sont magnifiquement mis en valeur par cette (trop) courte prestation. Elle se termine sur les épaules de Serge Brideau pour une interprétation de Les ferrofluides-fleurs qui aurait pu durer 20 minutes que tout le monde aurait été content, sauf le chanteur des Hôtesses.

21h30

On relax un peu en attendant les Goules devant la psychotronique Famille Bédard. Le soleil s’est sauvé derrière la croix de Sainte-Ânne. C’est parfait pour les vieux punks qui se préparent à faire résonner leur mécanique jusqu’au foyer de vieux.

Vraiment, on a eu une bin belle noce. On salue Ambiances Ambigües pour ce beau programme. On divorce à Noël, question de se remarier l’année prochaine?