//La fuite des Rois mongols

La fuite des Rois mongols

Le comédien et réalisateur Luc Picard revisite l’époque trouble de la Crise d’octobre avec Les Rois mongols, son quatrième long-métrage à l’affiche le 22 septembre.  

Par Stéphane Boivin

Les quatre héros des Rois mongols. Photo: Courtoisie

Adapté du roman Salut mon roi mongol de Nicole Bélanger, l’histoire mise en image par Luc Picard attendait depuis plusieurs années son adaptation cinématographique. Bien qu’interpellé par l’époque et les événements (rappelons que Luc Picard a joué dans Octobre de Pierre Falardeau en 1994, puis interprété Michel Chartrand au petit écran), le réalisateur a été attiré par le point de vue de la jeunesse. Le récit et le film avec lui jettent un regard intime sur l’époque à travers les yeux d’une jeune adolescente.

Les rois mongols n’est pas un film historique qui rendrait compte des événements d’octobre. La dimension politique est bien présente en toile de fond, comme une allégorie des bouleversements vécus par une famille modeste d’Hochelaga-Maisonneuve. Mais c’est avant tout un film sur la révolte, la jeunesse et l’injustice, sur la difficulté de maintenir ses promesses et ses principes dans un monde d’adultes.

Devant la mort imminente de son père cancéreux et la perspective qu’elle et son petit frère soient séparés dans des familles d’accueil, la jeune Manon (excellente Milya Corbeil-Gauvreau) s’inspirera des enlèvements perpétrés par les felquistes afin de déjouer le mauvais sort. En compagnie de son frère Mimi (Anthony Bouchard) et de ses cousins Martin (Henri Picard) et Denis (Alexis Guay), Manon fomente l’enlèvement d’une grand-mère du voisinage. L’improbable groupe emmène l’otage dans un chalet isolé dans l’espoir d’y trouver un certain équilibre, un peu de justice et beaucoup d’amour.  

Le regard de ces jeunes, révoltés par la morosité ambiante, est ce qui a motivé Luc Picard à prendre en main l’histoire largement autobiographique de Nicole Bélanger publiée dans les années 1990. Les jeunes acteurs, dont le fils du réalisateur Henri Picard, ont été choisis avec beaucoup de soin et de recherche. Ça se sent, ça se voit : le quatuor habilement dirigé porte tout le film. À tel point que les acteurs adultes semblent souvent un peu pâles, à peine esquissés, aux côtés des héros juvéniles.   

Il est très stimulant de se retrouver dans un contexte de huis clos comparable à celui mis en scène par Pierre Falardeau dans Octobre, où des ravisseurs et un otage doivent cohabiter et en viennent à se questionner les uns les autres. Un contexte qui se ressemble, parfois même des répliques presque identiques – « Pourquoi vous faites ça? » –, mais qui amènent l’émotion et la réflexion ailleurs.

 

La reconstitution d’époque et un choix de chansons québécoises à peu près contemporaines à l’histoire agacent plus d’une fois tant l’ensemble frôle le convenu. En ce sens, Un musicien parmi tant d’autres d’Harmonium (« On a mis quelqu’un au monde / on devrait peut-être l’écouter ») pousse franchement le bouchon un peu loin. Une direction photo discrète mais efficace aide à surmonter ces quelques maladresses.  

Mais l’authenticité du jeu des jeunes acteurs est irrésistible. Le film est touchant et suscite chez le spectateur une saine réflexion sur la révolte. Il évoque habilement comment la pauvreté systémique et l’absence de recours peuvent pousser des protagonistes dans leurs derniers retranchements. On y voit un écho aux actions des membres du FLQ. C’est ainsi que Les rois mongols peut être lu comme une fable satisfaisante, et ce, à plus d’un niveau.