//Magali Baribeau-Marchand prête vie à ce qui existe

Magali Baribeau-Marchand prête vie à ce qui existe

Avec l’exposition Ce qui existe, présentée au Centre des arts et de la culture de Chicoutimi jusqu’au 5 octobre, l’artiste saguenéenne Magali Baribeau-Marchand réconcilie la beauté avec le désuet.

Par Stéphane Boivin

Détail de l’exposition Ce qui existe. Photo: Stéphane Boivin / CEUC

À peine revenue de Baie-Saint-Paul, où elle à oeuvré tout le mois d’août en compagnie de sa fidèle collaboratrice Sara Letourneau, Magali Baribeau-Marchand enchaîne avec une exposition solo à Chicoutimi. Dans la salle, une foule de petits objets du quotidien, aussi banaux que des enveloppes ou de vieilles photos de famille, cohabitent dans une fausse anarchie.

L’artiste formée à l’UQAC s’affaire depuis plusieurs années à prêter un sens à ces choses qui ne servent plus. En cultiver la beauté propre, les organiser en un tout cohérent pour amener le spectateur à prêter attention aux choses oubliées; telle est la démarche de Magali Baribeau-Marchand.

« Je pars d’objets qui sont un peu obsolètes, inutiles, même qui sont devenus des rebus. Je les réactive, je les mets en scène, je les fais ré-exister. Ce sont des trouvailles dont je fais quelque chose de magnifié. »

Des centaines d’avions de papier miniatures, taillés dans de vieilles enveloppes, coexistent avec une photo privée trouvée il y a des années dans une brocante. La photo et le souvenir qu’elle contient flottent sur un voile comme la lessive une journée d’été. Les motifs imprimés à l’intérieur d’enveloppes deviennent des imageries esthétiques, rappelant que même l’objet le plus utilitaire est fait à partir de décisions, de choix de son concepteur. Dans ce travail de recyclage et de réorganisation, l’artiste met en abîme sa propre pratique.

Détail de l’Exposition Ce qui existe. Photo: Stéphane Boivin / CEUC

« Quelque chose dans la collection continue à avoir son effet de surprise et d’émerveillement. Ce sont des objets qui sous-tendent une sorte de récit, et c’est pour ça que je les choisis. Les objets du quotidien, les références communes parlent à beaucoup de gens. »

Parmi les objets composant l’exposition, certains suivent Magali Baribeau-Marchand depuis des années. D’autres se sont ajoutés au corpus quelques jours seulement avant l’ouverture de Ce qui existe.

« Je suis à l’écoute de ce qu’un objet peut amener, de sa relation aux autres objets et à l’espace. Tout est déposé, rien n’est fixé vraiment. L’exposition pourrait changer de bord demain. Ce qui m’intéresse c’est de créer un parcours où je peux jouer avec la matière et avec l’espace. Je fonctionne aussi comme ça en atelier : tout bouge à tous les jours. »

Par sa simplicité et sa sincérité, le travail de Magali Baribeau-Marchand connaît une belle diffusion et touche les spectateurs. C’est le cas également des projets qu’elle mène avec Sara Létourneau. Les deux saguenéennes ont d’ailleurs remporté le prix du public lors du Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul en août. Elles y ont notamment poursuivi leur travail de courtepointes composées de fleurs artificielles balayées par le vent dans les cimetières. Le travail coloré qui en résulte porte la mémoire des disparus, transforme le deuil. Le tandem a également créé des boîtes à musique dont l’air était composé à partir des prénoms de personnes décédées. Loin d’être morbide, cette approche a valu aux artistes beaucoup de sympathie de la part  des visiteurs du symposium. Ceux-ci pouvaient inscrire le nom d’une personne chère disparue et quelques instants plus tard découvrir une mélodie qui leur était propre.

« Ça donnait lieu à beaucoup d’émotions. C’était un beau rituel qui faisait souvent sourire, ou qui parfois amenait des émotions plus intenses. On a vécu quelque chose de particulier avec les visiteurs. »

Cohérentes dans la démarche sans jamais se répéter, les oeuvres de Magali Baribeau-Marchand valent vraiment un détour du côté du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi, d’ici au 5 octobre.