//Le phénomène Trump vu par Simon Lafrance

Le phénomène Trump vu par Simon Lafrance

Diplômé de l’UQAC et fondateur de STRATEGEUM, Simon Lafrance est l’invité ce soir des Grandes Conférences de l’Association des diplômés. Il y proposera une analyse du phénomène Donald Trump afin d’en tirer quelques leçons de stratégie. Fin stratège ou politicien chanceux? À quoi Trump doit-il son élection inattendue à la présidence américaine? Nous avons posé la question à Simon Lafrance, observateur privilégié de la dernière campagne.

Par Stéphane Boivin

Photo: Roya-Ann Miller / Unsplash.com

Pour Simon Lafrance, Donald Trump est à la fois un stratège efficace et quelqu’un qui a su tirer parti du hasard. Mais l’ascension vers la présidence américaine est si complexe qu’on ne peut attribuer son succès à la simple chance.

« Être président des États-Unis, c’est compliqué, ça représenterait beaucoup de hasards d’affilé. Il a fallu qu’à un moment donné des bons coups soient faits. Du côté du hasard, il y a le timing. Quatre ans plus tôt, il a essayé de se présenter contre Barack Obama. On ne le prenait pas au sérieux, il était resté à deux ou quatre pourcents tout au long de la course. Ce qui en 2012 n’est à peu près rien devient en 2016 quelque chose qu’on avait rarement vu. Entre temps, un élément de contexte a changé.»

Dans ses communications sur les réseaux sociaux, Trump donne l’image d’un être colérique et impulsif. Ce qu’il est. Mais selon Simon Lafrance, cette perception doit être nuancée.

« Il y a énormément de travail derrière sa lecture de l’électorat américain. Il a embauché des firmes qui ont beaucoup travaillé sur la psychanalyse de cet électorat. Les démocrates d’Obama avaient beaucoup travaillé sur l’aspect sociodémographique; les communautés émergentes, là où sont les gens, le vote des femmes, des communautés culturelles. Ça avait fonctionné pour Obama. Chez Trump, ce n’est pas tant un électorat communautaire qu’une manière de penser, surtout d’être en colère contre l’establishment. »

Notre entrevue avec Simon Lafrance

La surprise Trump est donc un mélange de hasard et de stratégie. Même s’il n’est pas à l’origine du contexte lui étant favorable, ni même des lignes idéologiques qu’il met de l’avant, il est le personnage qu’il faut pour brandir ce mouvement. Malgré ces facteurs, Simon Lafrance croit que Trump lui-même est surpris de se retrouver à la Maison Blanche.

De toute évidence, Trump n’écoute pas beaucoup l’opposition ou l’ordre établi. C’est un peu la marque de commerce qu’il a développé à travers les grandes étapes de sa carrière : homme d’affaire, vedette de la télévision puis président.

« Il n’a pas vraiment de raison de changer ça. Pour lui, écouter plus de monde et consulter n’a jamais été sa façon de réussir. À la base, ce n’est pas son réflexe. Dans le contexte de Washington, écouter voudrait dire amollir sa position à ses yeux. Dans l’ADN de sa campagne électorale, ça serait faire le contraire de ce pourquoi il a été élu. »

Cette façon de peu écouter, de ne s’entourer que d’une garde rapprochée, est une ligne délicate. Car on ne peut être compétent dans tous les secteurs d’activité se rattachant à la présidence. Économie, politique internationale, questions sociales, Trump maîtrise-t-il tous ces sujets?

« C’est comme si pour l’instant aucun conseil n’est bon. Alors qu’il ne peut pas être omniscient.

Les réseaux sociaux et la politique

Lors de sa conférence, Simon Lafrance approfondira le rôle stratégique des réseaux sociaux dans le contexte politique. À ses yeux, ces réseaux sont un outil important. Mais ce ne sont pas les réseaux qui font le contenu ou la stratégie.

« Quand on fait de la stratégie politique, il faut voir les réseaux sociaux comme un moyen. Comment on l’utilise à notre fin pour atteindre nos objectifs stratégiques. À ce niveau-là, ce sont des moyens d’une qualité incroyable à des coûts bien moindres que ce qui existait avant. Ces réseaux permettent de rejoindre les gens beaucoup plus directement. C’est une belle machine de promotion. »

Au lieu d’utiliser les réseaux sociaux afin de « pousser » de l’information, Trump a pris le pari, plutôt novateur, de faire émaner l’information des réseaux eux-mêmes. Il a travaillé étroitement avec l’équipe de Facebook afin d’utiliser sa plateforme au maximum de son efficacité. Cette expertise compte sans doute pour beaucoup dans le succès de la campagne républicaine.

Quelle que soit la perception que nous avons du phénomène Trump, Simon Lafrance permettra d’en tirer des leçons de stratégies utiles et inspirantes.

Simon Lafrance – Trump, des affaires à la politique : leçons de stratégie
25 octobre 18h30 – P0-5000