//Haïkus de prison : une liberté créative

Haïkus de prison : une liberté créative

Malgré les flammes qui ont ravagé ses locaux en janvier derniers, emportant ainsi la totalité de son matériel, le Théâtre À Bout Portant renaît de ses cendres avec la pièce Haïkus de prison, présentée jusqu’au 5 novembre au Centre des arts et de la culture de Chicoutimi.

Par Jessica Normandin

Bruno Paradis et Vicky Côté font vivre un univers carcéral. Photo: Alexandre Girard

Adaptée du recueil de poésie du même nom écrit par Lutz Bassman, la pièce Haïkus de prison raconte l’histoire d’un gardien devant surveiller une prisonnière affectée à la laverie. Tout au long de la présentation, la laverie devient le décor de multiples histoires et les vêtements se transformeront en personnages.

Mise en scène par Vicky Côté, qui parvient à se tailler une place sur scène malgré la présence oppressante de Bruno Paradis, cette création nous fait vibrer par sa poésie et par l’ambiance qu’elle crée.

Un théâtre centré sur le geste

Comme elles nous y ont habitués, les productions du Théâtre À Bout Portant mettent de l’avant la gestuelle plutôt que le texte. Ainsi, ce ne sont pas les mouvements qui sont au service des mots, mais plutôt le contraire. Les deux comédiens restent silencieux, à l’exception de quelques grognements venant du gardien.

Les rapports entre les deux personnages sont tendus ; l’un, par sa présence, dérange l’autre. La prisonnière subit l’autorité du gardien et certaines situations, malgré le côté parfois abstrait de la mise en scène, mènent au malaise. Même si on ne sait pas toujours clairement ce qui se passe, nous ressentons une ambiance malsaine qui nous indique de quoi il en retourne.

Souvent, des extraits du recueil de Bassman sont récités en voix off, tandis que sur la scène, les acteurs utilisent des objets de la laverie pour recréer les histoires d’évasion racontées par les poèmes. On peine parfois a bien entendre les mots qui étaient prononcés. Toutefois, c’est grâce à ce petit bémol que l’on s’aperçoit de la force des mouvements. On comprend ce qui se passe sans même avoir à écouter l’intégralité du texte. On saisit certains mots à l’occasion et les gestes nous permettent aisément de comprendre le reste.

Par ailleurs, l’utilisation des objets est ingénieuse, pertinente et arrive à nous surprendre par son caractère inusité. On se dit constamment que nous n’aurions jamais pensé que tel élément puisse servir de cette façon, comme ce moment où une simple pièce de tissu, une planche de bois, ainsi qu’une planche à laver sont utilisées pour reproduire un train en marche.

Le jeu des comédiens, quant à lui, est sublime. Alors qu’il n’est pas facile de convaincre le public avec un jeu purement physique, Vicky Côté et Bruno Paradis parviennent à réaliser cette prouesse d’une main de maître.

De l’émerveillement malgré l’horreur

De par son ambiance, le tout nouveau-né du théâtre à bout portant nous enveloppe d’un voile sombre. Pourtant, malgré toute l’horreur qui se dégage des images fortes qui sont suggérées, nous trouvons parfois le moyen d’être émerveillés par une mise en scène qui nous laisse bouche bée. Notamment en ce qui a attrait à l’utilisation de la lumière, très bien exploitée dans cette production. Ou encore lorsque certaines idées sont si bien pensées qu’elles nous arrachent un sourire en coin, malgré la lourdeur du propos qu’elles dégagent.

« On avait plusieurs choses d’amassées pour faire des laboratoires : du matériel, des objets. Quand en janvier tout ça a brûlé, il a fallu recommencer. Retrouver d’autres objets, d’autres décors sur lesquelles on avait commencé à travailler. C’est sûr que ça perturbe le cours de la création qui était en chemin. »

Un retour en force

Ce n’est pas l’incendie du 14 janvier dernier qui aura eu raison de la volonté du Théâtre à bout portant. Alors que la production de Haïku de prison était déjà entamée depuis octobre 2016, l’équipe a dû repartir de zéro :

« On avait plusieurs choses d’amassées pour faire des laboratoires : du matériel, des objets. Quand en janvier tout ça a brûlé, il a fallu recommencer. Retrouver d’autres objets, d’autres décors sur lesquelles on avait commencé à travailler. C’est sûr que ça perturbe le cours de la création qui était en chemin. » Confie Vicky Côté, directrice générale du Théâtre à bout portant.

Occupant une grande partie de leur année, c’est grâce à des levées de fond visant à récupérer du nouveau matériel, mais aussi à la solidarité de l’équipe que le projet a pu être maintenu. « C’est vraiment avec l’énergie, l’aide de tous que ça été possible », maintient la directrice.

Si vous désirez plonger au cœur de cet univers oppressant aux images percutantes, la pièce Haïkus de prison sera présentée du 25 octobre au 5 novembre à la Salle Murdock du centre des arts de Chicoutimi. Plus précisément, les représentations se feront du mercredi au samedi à 20h et le dimanche à 14h.

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