//Premier bilan positif pour le Festival des cultures

Premier bilan positif pour le Festival des cultures

Le premier Festival des cultures à l’UQAC s’est tenu du 20 au 23 novembre 2017. L’université aura été, tout au long de la semaine, le terrain de diverses activités favorisant le partage entre les cultures. À l’invitation des Services aux étudiants, les étudiants internationaux, autochtones, mais aussi québécois étaient conviés à participer à ces échanges.

Par Jessica Normandin

Atelier de confection de capteurs de rêves. Photo: Denis Blackburn
Les cultures autochtones sous les projecteurs

Ceux et celles qui désiraient en apprendre plus sur les réalités que vivent les autochtones ont pu le faire pendant le festival, notamment grâce à l’atelier des couvertures offert par le Centre d’amitié autochtone du Saguenay. C’était l’occasion de se plonger au cœur de cette histoire parfois sombre.

Les organisateurs de l’atelier ont tenté d’illustrer, par le biais de couvertures posées au sol, la dépossession des territoires autochtones suite à l’arrivée des premiers colons. À la fin de l’activité, les participants, un à un, étaient appelés à partager leur ressenti par rapport à ce qu’ils venaient de voir. Plusieurs se sont dits touchés, parfois émus jusqu’aux larmes,  par l’histoire qui leur avait été racontée.

Les témoignages venant des diverses voix autochtones présentes à l’activité étaient plutôt percutants. Malgré les épreuves vécues par les Premières nations, tous s’entendaient pour dire qu’ils étaient fiers d’être autochtones. Ils ont également souligné l’importance de sensibiliser la population par rapport à ce lourd passé et aux cicatrices qu’il laisse encore aujourd’hui.

De plus, une critique quant au système d’éducation a été relevée. Selon plusieurs autochtones et québécois, les écoles primaires et secondaires ne se penchent pas assez sur ce pan de l’histoire.  « J’ai lu les manuels scolaires de mon fils, et je me suis rendu compte qu’ils étaient complètement à côté de la réalité » avouait l’une des participantes.

Un second atelier, le 4 à 7 «MAMU» a également été offert par le Centre des Premières Nations Nikanite. Lors de cette rencontre, les participants ont bricolé des capteurs de rêves. Une activité qui aura attiré les familles.

Le rôle de l’UQAC dans l’intégration

Lors d’une table ronde animée par le chargé de cours Christian Bélanger, plusieurs questions quant à l’intégration des étudiants internationaux ont été soulevées par les professeurs Khadiyatoulah Fall et Jacques Cherblanc  accompagnés de la doctorante Fatou Marone Diouf.  Selon eux, certaines améliorations seraient à combler afin de bonifier l’intégration des nouveaux arrivants.

« L’intégration est un cadre qui nous permet d’atteindre nos objectifs » Souligne M. Fall. Cependant, la langue peut constituer une véritable barrière au bon fonctionnement de ce processus. M. Fall soutient que l’intégration linguistique est d’une grande importance pour les étudiants étrangers. Il faut être en mesure de bien cibler les différentes difficultés de chacun afin de faciliter leur apprentissage du français. Cette barrière est d’autant plus évidente grâce au témoignage de Mme Diouf. Pour un étudiant international en apprentissage du français, avoir accès à de l’information est plutôt ardu. Il sera difficile pour lui de comprendre ce qu’on lui dit et dans bien des cas, il ne fera que semblant d’en comprendre le sens.

Cherblanc, quant à lui, s’est penché d’avantage sur l’intégration sociale et religieuse. L’université devrait-elle se concentrer uniquement sur la réussite académique ou devrait-elle également encourager une intégration sociale?

La religion étant un sujet délicat et clivant, il est difficile d’en parler sans créer d’émoi. Pourtant, M. Cherblanc se questionne sur le rôle de la religion dans l’intégration et comment nous pourrions la prendre en considération. « Lors d’une opposition à l’altérité, on a besoin de retrouver ce qui nous identifie » dit-il.

De plus, il s’est exprimé quant à la suppression d’un local de vie spirituelle, qui permettait autrefois aux étudiants étrangers de pratiquer leur religion. « L’UQAC devrait-il encourager les étudiants désirant pratiquer leur religion en leur fournissant, par exemple, un local? »

Peu de québécois présents

Bien que le festival ait été ouvert à tous, on a pu constater que l’absence de québécois s’est fait ressentir lors de certaines activités. Notamment lors d’un échange éclair avec les étudiants de l’école de langue. Prenant la forme d’un speed dating, les organisateurs espéraient que les étudiants de l’école de langue puissent discuter avec des francophones. Cependant, seulement cinq francophones, dont deux étaient québécois, ont répondu à l’appel. Finalement, les étudiants de l’école de langue ont surtout échangé entre eux, ce qui n’était pas le but visé au départ.

Par ailleurs, lorsque nous avons questionné les étudiants à ce sujet, certains nous ont semblé être un peu déçus par ce manque puisque de façon générale, très peu d’activités leur permettent de faire une réelle immersion avec des francophones. « Je suis une personne plutôt timide, donc je ne sors pas lorsque je ne suis pas à l’Université » confie l’une d’elle.

De plus, l’immersion est d’autant plus difficile par le fait que les francophones s’adressent souvent à eux en anglais, que ce soit par courtoisie ou par désir d’améliorer leurs compétences dans cette langue. « Quand je parle à des québécois, au restaurant ou au magasin, il me répondent souvent en anglais. Je dois leur dire que j’aimerais qu’ils parlent français. Je me demande alors si c’est parce que mon français est trop mauvais qu’ils font cela. » Dit une autre.

Malgré tout, l’ambiance était conviviale et les étudiants de l’école de langue semblaient heureux de partager leur culture dans notre langue.

Une première édition satisfaisante

Léa Schmit, l’une des organisatrices du Festival, se dit très fière du déroulement de la semaine.  « C’est vraiment intéressant de voir que des gens sont prêt à s’impliquer dans ce projet-là. » Souligne-t-elle.

Bien que toutes les activités semblent avoir été appréciées des participants, Léa Schmit remarque que les ateliers ayant attiré le plus de gens sont ceux qui ont été faits en soirée.  Elle confie également que l’atelier des couvertures a été, selon elle, l’un des moments les plus forts de la semaine. Elle explique ensuite que ce dernier a permis aux étudiants autochtones et internationaux de créer un lien : « Même si ils ne connaissent pas l’histoire du Canada, ils sont aptes à comprendre pourquoi il y a autant d’émotions là-dessus ».

Globalement satisfaite du festival, Léa Schmit ne retient qu’un seul bémol : l’absence des québécois.

«  La plus grosse difficulté, c’est de mobiliser les étudiants québécois. Autant que ce soit pour un festival des cultures que pour la vie dans l’université. Ils ont déjà une vie à côté. Les étudiants internationaux doivent recréer un nouveau réseau, alors que les québécois ont déjà leur réseau à entretenir. Ils ont aussi une famille. »

Pour les organisateurs, cette première édition était avant tout l’occasion de lancer l’idée d’un festival des cultures à l’UQAC :

« Notre but était de lancer une étincelle. De proposer quelque chose sans forcément avoir des résultats. On sait qu’on lance un projet un peu nouveau. On essaie d’emmener quelque chose dans l’université, donc on savait que ce ne serait pas tout le monde qui s’impliquerait du jour au lendemain. Je pense qu’on a fait ce qu’on voulait. » Explique-t-elle.

Bien que rien ne soit certifié pour le moment, une deuxième édition de l’évènement pourrait être envisageable dans les années à venir.