//LASEVE : Un million pour une chance de battre le cancer

LASEVE : Un million pour une chance de battre le cancer

Le Laboratoire LASEVE de l’Université du Québec à Chicoutimi est au centre d’un important partenariat pour la lutte contre le cancer. C’est ce qu’a annoncé l’institution jeudi dernier, en présence de la rectrice Nicole Bouchard et des partenaires du projet OncoSilicaSphères.

Par Stéphane Boivin

Photo: Chuttersnap / Unsplash.com

Le laboratoire LASEVE développe depuis de nombreuses années des technologies en oncologie à partir d’éléments de la forêt boréale, notamment à partir de l’if d’Amérique. Le projet annoncé le 7 décembre représente un investissement de plus d’un million de dollars. Son objectif est de développer des traitements pharmacologiques moins agressifs et dommageables que les traitements actuels, notamment pour les patients atteints du cancer du poumon.

Le projet est né en 2014 à partir d’une innovation développée par la compagnie SiliCycle, basée à Québec. Spécialisée dans la purification de médicaments, l’entreprise reconnue sur la scène internationale a développé la technologie in silica, dont résulte un matériau à base de silice organiquement modifié. Des sphères microscopiques sont développées selon des configurations précises, afin de séquestrer un actif pharmaceutique et d’en contrôler davantage le déploiement dans l’organisme.  On pourrait ainsi limiter certains effets secondaires.

L’expérimentation de ces sphères de silice organiquement modifiées sera pilotée au laboratoire LASEVE par les chercheurs Jean Legault, André Pichette et Lionel Ripoll. Cette approche novatrice sera donc explorée pendant les trois prochaines années à l’UQAC. Elle rassemblera une importante équipe de plus de 25 chercheurs, étudiant.es aux cycles supérieurs et professionnel.les de recherche.

Une chance de battre le cancer

François Arcand, chef de l’initiative In silica chez Silicyle, n’annonce pas un nouveau médicament contre le cancer. Il croît plutôt que c’est le germe de quelque chose, une chance qui pourrait un jour aboutir à une victoire sur l’une des plus grandes causes de mortalité au monde.

« En 2028, y’a un nouveau traitement contre le cancer qui sera lancé quelque part dans le monde. La même année, quelqu’un va marquer le but gagnant de la coupe Stanley (…). L’idée que le médicament de 2028 soit le nôtre correspond à peu près à la probabilité que celui qui marque le but en 2028 s’appelle Ti-Jean Simard-Bouchard et qu’il vienne de Saguenay. »

Monsieur Arcand croît que cette probabilité justifie de courir la chance et suffit à intéresser les investisseurs. « Ils vont trouver que c’est correct de penser qu’ils ont une toute petite chance d’aller chercher une valeur presqu’infinie. »

Bailleurs de fonds

C’est en tout cas ce que pensent PRIMA Québec (Pôle de recherche et d’innovation en matériaux avancés) et Mitacs, un organisme fédéral qui encourage le développement de liens entre les chercheurs universitaires et l’industrie. Les deux organismes se joignent à SiliCycle pour financer le projet OncoSilicaSphères. Celui-ci s’est démarqué auprès des bailleurs de fonds en tant qu’exemple de complémentarité entre les partenaires et garant d’un haut potentiel d’innovation.

Pour la rectrice Nicole Bouchard, l’annonce de ce projet est exemplaire de l’arrimage entre la recherche universitaire et son application concrète au sein de l’industrie.

« C’est toujours difficile d’expliquer ce qu’est la recherche partenariale. Souvent on nous dit : « L’université vend-t-elle son âme à l’entreprise privée? N’est-ce pas la fin de la liberté académique? » Ça devient difficile d’y répondre. La recherche partenariale, c’est des gens de différents milieux et des chercheurs qui se mobilisent pour un projet. OncoSilicaSphères est une preuve très concrète de notre performance. À l’UQAC, 37% de notre recherche se déploie en recherche partenariale. Nous sommes une université championne en ce domaine et je suis contente de pouvoir l’affirmer sans gêne. »

La rectrice croit que de tels partenariats permettent aux universités régionales de se démarquer. Elle souligne également les possibilités de formation de personnel qualifié qui sont ouvertes par ce nouveau chantier de recherche à l’UQAC. Le projet annoncé la semaine dernière s’inscrit par ailleurs dans le créneau de la santé qui se développe dans l’institution saguenéenne.

Au-delà des considérations scientifiques et académiques, Nicole Bouchard a commenté le projet du laboratoire LASEVE d’un point de vue plus personnel :

« J’ai pu voir de près toutes les souffrances entourant le cancer ainsi que les limites actuelles des traitements qui sont très difficiles à vivre compte tenu des nombreux effets secondaires. Ce projet est porteur d’un grand rêve, celui d’éradiquer le cancer en améliorant la sécurité, l’efficacité des traitements, tout en limitant les effets secondaires. C’est pourquoi je suis fière que le portfolio de la recherche à l’UQAC s’ouvre dans ce champ hautement compétitif mais si indispensable à la qualité de vie de tant de personnes souffrantes. »