//Représentation nationale, afin de sortir de l’impasse

Représentation nationale, afin de sortir de l’impasse

Le texte qui suit est une lettre ouverte qui nous est parvenue le 14 janvier dernier. La lettre est signée par 21 signataires provenant de plusieurs universités au Québec. Nous la publions dans sa version intégrale.

Photo: Edwin Andrade / Unsplash.com

Nous sommes des étudiantes et étudiants venant de divers milieux à travers tout le Québec. Si nous prenons la plume pour ces quelques lignes, c’est que nous croyons que la représentation nationale du mouvement étudiant peine à sortir de l’impasse. Tandis que l’Union étudiante du Québec (UEQ) et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ne dépassent pas le discours corporatiste traditionnel et démobilisateur, l’urgence d’un renouveau s’impose, sans quoi l’avenir du mouvement étudiant est incertain.

Ce nouveau souffle, nous croyons qu’il passe en partie par l’Association pour la voix étudiante au Québec (AVEQ). En effet, même si elle existe seulement depuis deux ans, l’AVEQ nous semble être l’organisation la plus à même de relever les défis qu’impose la représentation nationale et de construire un discours libéré du corporatisme ambiant. Nous la croyons capable de coaliser à la fois les associations des régions et des grands centres, les anglophones et les francophones, et surtout une majorité des forces progressistes du mouvement étudiant. Néanmoins, l’AVEQ reste une organisation encore inconnue chez une bonne partie de la population étudiante. C’est pourquoi nous, militants et militantes, ressentons le besoin de présenter un bilan quant à ses réalisations des derniers mois et nos réflexions sur l’avenir de l’organisation.

L’AVEQ, un an de réalisations

2017 était une année test pour l’AVEQ. En effet, il s’agissait de sa première année de fonctionnement à pleine capacité. Maintenant qu’elle dispose de bureaux, d’une permanence, d’une équipe exécutive complète – composée à majorité de femmes – et de 45 000 étudiantes et étudiants membres provenant d’un peu partout au Québec, il importait à l’organisation de devenir le projet féministe, progressiste et environnementaliste auquel elle aspirait. Et nous croyons que jusqu’à présent, le bilan s’avère positif.

Oui, nous croyons que l’AVEQ a su faire ses preuves en tant que porte-étendard progressiste et inclusif des revendications étudiantes. En effet, dans les derniers mois, l’organisation s’est notamment impliquée dans les luttes pour contrer les violences sexuelles sur les campus, pour un salaire minimum à 15$/h, pour le désinvestissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec des énergies fossiles, pour l’accessibilité aux études et pour une rémunération des stages. Tout au long de ces campagnes, l’AVEQ a travaillée avec différents organismes et associations étudiantes et ce sans tomber dans le piège de la récupération politique et en respectant la souveraineté locale de ces organisations.

D’un point de vue plus régionaliste, l’AVEQ offre une excellente opportunité de représentation. En effet, avec la récente élection de Perrine Argilès à la coordination générale de l’AVEQ, les régions sont plus que jamais présentes au sein de l’exécutif de l’organisation, portant à trois sur six le nombre d’exécutants et exécutantes provenant de l’extérieur des grands centres que sont Montréal ou Québec. Une telle représentation régionale dans un exécutif national est rare au sein des associations nationales traditionnelles et, à notre sens, vient souligner les racines régionalistes de l’organisation.

De plus, la présence d’un bureau local de l’AVEQ à Chicoutimi, en plus du bureau central à Montréal, mérite d’être soulignée car il s’agit là d’une première dans le mouvement étudiant. En gros, l’AVEQ s’engage à ouvrir un bureau régional lorsque suffisamment de personnes au sein de l’exécutif proviennent de la région concernée, en vue d’encourager une représentation équitable de l’ensemble des communautés étudiantes sur le territoire.

Et pour la suite?

La situation nationale au sein du mouvement étudiant est loin d’être fixée. En effet, près de la majorité de la population étudiante est pour le moment orpheline de représentation nationale. C’est pourquoi nous enjoignons les étudiantes et étudiants de McGill, de l’UQAM, de Trois-Rivières, de Sherbrooke, de Québec et de l’Outaouais à se joindre à nous afin de consolider la construction d’une alternative progressiste, régionaliste et inclusive pour le mouvement étudiant. L’AVEQ encourage la participation des associations générales, mais aussi locales dans ses instances. Elle sait que la démocratie étudiante se joue sur tous les niveaux. C’est pourquoi nous souhaitons inclure le plus d’étudiants et d’étudiantes possible dans nos mobilisations, et ce, en respect des initiatives locales.

Dans le même esprit, nous appelons l’AVEQ et les associations étudiantes collégiales à travers le Québec à entamer un dialogue avec nous afin de construire un front commun. La représentation nationale au collégial est, dans l’heure, anémique, et nous croyons que le renouvellement du mouvement étudiant et de la démocratie étudiante passe par une coalition de tout horizon. Les défis sont nombreux et nos ressources limitées et c’est pourquoi il importe de travailler ensemble pour la condition étudiante.

Un bref historique depuis 2012

Depuis 2012, le mouvement étudiant a connu d’importantes mutations sur la scène nationale, ayant entraînées une vague de désaffiliations à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) de 2013 à 2015, déclenchée par le départ de Rimouski (AGECAR), de Chicoutimi (MAGE-UQAC) et de l’Association des étudiantes et étudiants de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM (ADEESE-UQAM). Quelques temps plus tard, la FEUQ a été dissoute et des négociations ont été entamées entre les associations étudiantes afin de fonder une nouvelle initiative à même de représenter la population étudiante.

Mais rapidement, un schisme est apparu quant à la marche à suivre : d’un côté, les associations plus attachées au modèle traditionnel présent à la FEUQ (ce qui deviendra l’UEQ) et de l’autre, ceux cherchant à fonder une organisation plus progressiste et à saveur plus régionaliste (ce qui deviendra l’AVEQ). Loin de nous l’idée de porter un jugement de valeur sur l’UEQ, néanmoins, nous remarquons que ce sont les associations qui étaient alors les plus critiques de la FEUQ (ADEESE-UQAM, AGECAR, Trois-Rivières – AGEUQTR – et MAGE-UQAC) qui ont quitté les premières la table de ce qui allait devenir l’UEQ au printemps 2015. Quelques semaines plus tard, Concordia et McGill se joignaient à elles et c’est ainsi que les fondations de l’AVEQ ont été jetées.

Signataires :
  1. Imène Benkalaï, au doctorat en informatique et mathématique, Université du Québec à Chicoutimi.
  2. Renaud Bisson-Dion, au baccalauréat développement social, Université du Québec à Rimouski.
  3. Marie-Pier Boivin, au doctorat en recherche et intervention en psychologie organisationnelle, Université de Sherbrooke.
  4. Samuel Bolduc, au baccalauréat en histoire, Université du Québec à Chicoutimi.
  5. Anas Boulikshane, au baccalauréat en affaires publiques et communautaires et finances, Université Concordia.
  6. Mikaela Clark-Gardner, au baccalauréat en enseignement des arts, Université Concordia.
  7. Dominic Dion, à la maîtrise en géographie, Université Laval.
  8. Rowan Gaudet, au baccalauréat en histoire, Université Concordia.
  9. Adrien Guibert-Barthez, au baccalauréat en enseignement secondaire, Université du Québec à Chicoutimi.
  10. Keven Kaiser, à la maîtrise en philosophie, Université de Montréal
  11. Vincent Laforest, à la maîtrise en développement durable, Université d’Ottawa.
  12. Marion Miller, au baccalauréat en enseignement des arts, Université Concordia.
  13. Geneviève Nadeau-Boni, au baccalauréat en géographie humaine, Université Concordia.
  14. Audrey Paquet, à la maîtrise en philosophie, Université de Montréal.
  15. Médérick Potvin, à la maîtrise en éducation, Université du Québec à Chicoutimi.
  16. Keven Rousseau, à la maîtrise en gestion de l’environnement, Université de Sherbrooke.
  17. Ali Sherra, au baccalauréat en science-politique, Université Concordia.
  18. Benjamin Sweeney, au baccalauréat en science-politique, Université du Québec à Montréal.
  19. Alice Tremblay, à la maîtrise en linguistique, Université du Québec à Chicoutimi.
  20. Aouatif Zebiri, au baccalauréat en science politique, Université Concordia.
  21. Zoe Zeitouni, au baccalauréat en affaires publiques et communautaires et finances, Université Concordia.