//En fait-on assez pour l’intégration des étudiants internationaux?

En fait-on assez pour l’intégration des étudiants internationaux?

Saviez-vous que l’UQAC accueille cette année plus de 1200 étudiants internationaux? Bien qu’à une certaine époque, le taux d’inscription était beaucoup moins élevé, la communauté internationale prend une place beaucoup plus importante au sein de l’université aujourd’hui. Cela nous emmène à nous questionner quant aux services qui leur sont offerts. L’université fournit-elle le nécessaire afin de favoriser l’intégration de ces nouveaux arrivants?

Par Jessica Normandin

Photo: William Stitt / Unsplash.com

Grâce à la collaboration de deux étudiantes membres de l’Association des étudiants internationaux de l’UQAC (AEI UQAC), Imene Benkalaï et Léa Schmit, de la directrice des Services aux étudiants Gina Gagnon ainsi que du Groupe de recherche et d’intervention régionales (GRIR), nous avons pu être éclairés sur les diverses réalités auxquelles sont confrontés les étudiants internationaux.

Des services souvent ignorés

Il existe maintes ressources destinées à aider les étudiants internationaux. Qu’il s’agisse d’activités favorisant leur intégration, d’aide quant à l’apprentissage de la langue française ou de services pouvant les aiguiller dans différentes sphères de leur quotidien, plusieurs moyens sont mis en œuvre afin que les nouveaux arrivants apprécient leur séjour ici.

Toutefois, un problème de taille subsiste depuis longtemps : les étudiants ignorent souvent que ces ressources sont à leur disposition. D’autant plus que plusieurs d’entre eux ne savent tout simplement pas où aller pour avoir accès aux informations les concernant. D’ailleurs, un rapport fait par le MAGE-UQAC en 2008 estimait déjà que plus de la moitié des étudiants internationaux ne connaissaient pas l’activité sur l’adaptation culturelle. Les autres activités connaissaient cependant un taux d’ignorance beaucoup moins élevé, bien qu’existant.

Selon l’AEI UQAC, ce problème est toujours d’actualité à l’UQAC.

« Le problème, c’est que ces informations se retrouvent souvent dans des courriels administratifs de l’université. Par conséquent, les étudiants passent souvent à côté de tout ça, parce que ce genre de courriel ne les intéresse pas. Qu’il s’agisse d’étudiants québécois ou internationaux, peu d’entre eux prendront l’habitude d’ouvrir ce genre de message », souligne Imene Benkalaï.

Il ne s’agit toutefois pas de la seule variable qui entre en jeu. On précise également qu’il s’avère difficile pour un nouvel arrivant de s’orienter lors de ses premières semaines ici. Certains peuvent se promener pendant des heures avant de trouver ce qu’ils recherchent. De plus, quérir de l’information n’est pas aisé puisqu’ils ne savent pas à qui s’adresser et les réponses fournies peuvent être difficiles à saisir pour quelqu’un qui ne maîtrise pas le français.

Des facteurs causant la démotivation et l’isolement

Il est difficile de déterminer les raisons pour lesquelles un étudiant est amené à s’isoler. « Ceux qui s’isolent ne viennent malheureusement pas nous voir », dit Imene Benkalaï.

La langue est évidemment un élément qui constitue une barrière de taille pour une partie des étudiants internationaux. Devoir utiliser la langue française au quotidien alors que l’on est en plein apprentissage relève d’une véritable gymnastique. Hélas, plusieurs en seront complexés  et s’empêcheront d’interagir avec des Québécois pour cette raison. Cette barrière linguistique peut aussi avoir des conséquences sur le rendement scolaire. L’étudiant n’osera pas forcément poser des questions au professeur lorsqu’il n’aura pas saisi la matière et la communication lors de travaux d’équipe ne sera pas des plus aisée. Certains étudiants seront même mis de côté par leurs pairs, ceux-ci étant effrayés à l’idée de voir leur moyenne baisser s’ils font équipe avec un étudiant qui éprouve des difficultés avec la langue.

Le froid se trouve également être un facteur de démotivation chez les étudiants internationaux. Bien qu’ils sachent qu’ils devront affronter un hiver glacial en venant ici, peu d’entre eux y sont réellement préparés. « Il y a une différence entre le savoir et le vivre », affirme Imene Benkalaï. Plusieurs viennent de pays où il fait plutôt chaud, ce qui, par conséquent, les amène ici sans vêtements adaptés à l’hiver québécois. Heureusement, une distribution de vêtements d’hiver se fait au sein de l’université. Malgré tout, le froid aura raison de certains étudiants, qui abandonneront leur voyage pour retourner chez eux, où la température est plus clémente.

Par ailleurs, la méconnaissance du pays fait de la communauté internationale une cible idéale pour les arnaqueurs. Loyers exorbitants, contrats douteux, difficile de définir le bon du mauvais lorsque nous ne savons pas comment une société fonctionne. De plus, une session leur coûtera beaucoup plus cher que celle d’un étudiant québécois. Certains, plus chanceux, auront droit à une bourse, mais d’autres devront tout payer eux-mêmes, pouvant ainsi les amener à développer une insécurité financière.

À propos d’insécurité causée par l’ignorance, nous pouvons également parler des hôpitaux. Lors d’une conférence sur les réalités des étudiants internationaux organisée par le GRIR, Corine Lormel, une étudiante originaire de la Guadeloupe, nous confiait les difficultés qui pouvaient être rencontrées lorsqu’un étudiant étranger devait se rendre à l’hôpital. « Dans mon pays, je savais où je devais aller. Avec qui je devais prendre rendez-vous pour tel problème de santé. Quand j’ai dû régler un problème de santé ici, je ne savais pas à qui je devais me référer. »

Jumelage

Le bureau de l’international a déjà offert un programme de jumelage pour les étudiants internationaux. Malheureusement, peu de Québécois s’inscrivent en tant que parrains ou marraines pour ce genre d’activité. Des solutions alternatives ont été tentées pour parer ce problème, comme aller chercher des étudiants des CÉGEPS. Imene Benkalaï, qui avait été jumelé à deux cégépiens, nous confie avoir gardé un mauvais souvenir de ce programme.  Hélas, ces derniers n’étaient avec qu’elle que dans le but de faire un travail scolaire  : « Notre rencontre s’est résumée à un interrogatoire sur moi après lequel ils m’ont simplement dit qu’ils n’avaient plus besoin de moi et que je pouvais partir. »

Évidemment, ce ne sont pas tous les étudiants internationaux qui affirment avoir vécu une mauvaise expérience avec ce programme.

Le rôle de l’université

Lors du Festival des cultures, organisé par les Services aux étudiants, le professeur Jacques Cherblanc a soulevé des questionnements quant au rôle que devrait occuper l’université dans l’intégration des nouveaux arrivants. Devrait-elle se contenter d’agir sur le plan académique ou devrait-elle également aider les étudiants dans leur intégration sociale?

Léa Schmit s’exprime à ce sujet :

« Je ne crois pas que l’on peut tout mettre sur les épaules de l’université. Il faudrait davantage sensibiliser les profs quant aux réalités que vivent les étudiants internationaux. Les outiller afin qu’ils puissent venir en aide aux étudiants qui ont tendance à s’isoler dans leur cours. »

Lors d’une entrevue avec Gina Gagnon, celle-ci affirme que l’un ne va pas sans l’autre : « Nous avons un rôle à jouer dans la réussite académique. L’intégration fait partie de cette réussite. Quelqu’un qui n’est pas intégré et qui est triste n’a pas les conditions de réussite. Cela peut beaucoup affecter son rendement scolaire. » Avec les années, l’intégration des étudiants internationaux semble aller mieux qu’à une certaine époque, notamment grâce au taux d’inscription qui a largement augmenté : « À l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’étudiants internationaux. Plusieurs arrivaient ici seuls. Maintenant, c’est plus rare qu’un étudiant soit le seul de son pays à venir ici. De ce fait, ils peuvent être entre eux et se sentir moins seuls », explique Imene Benkalaï.